Rencontre avec Djae Ahamada Chanfi, vice-président de l'assemblée nationale

"Aux Comores, nous ne sommes pas des intégristes"

  • PubliĂ© le 15 octobre 2014 Ă  05:00
Comores

Djae Ahamada Chanfi est député et vice-président de l'assemblée nationale des Comores. Ce mardi 14 octobre 2014, il était à La Réunion dans le cadre de la signature d'une convention de coopération entre le conseil général et les trois ßles autonomes que sont Anjouan, la Grande Comore et Moheli. L'occasion de revenir notamment sur l'avertissement lancé par le Quai d'Orsay recommandant "la plus grande vigilance" aux ressortissants français depuis l'intervention militaire en Irak, une décision pas trÚs bien accueillie du cÎté comorien. "Nous sommes un pays trÚs paisible et c'est malheureux de la part d'un pays ami", confie Djae Ahamada Chanfi. "Aux Comores, nous ne sommes pas des intégristes et aucun islam radical n'est pratiqué", assure-t-il.

Comment avez-vous pris la dĂ©cision du ministĂšres des Affaires Ă©trangĂšres français de placer les Comores dans la liste des pays "Ă  risque" suite Ă  l’intervention militaire contre l’Etat islamique ?

"Je ne peux que regretter ce positionnement car nous sommes un pays trĂšs paisible, oĂč l’on peut se promener de 18 heures Ă  6 heures du matin sans aucune crainte. Si vous ĂȘtes Ă  Moroni, vous voyez des femmes qui sont voilĂ©es, des femmes qui portent des mini-jupes... Moi-mĂȘme je suis un fervent croyant, je fais les cinq priĂšres et je suis toujours en costume, mĂȘme Ă  la mosquĂ©e. Donc placer les Comores dans cette position, je ne peux que le regretter. C’est malheureux pour de la part d’un pays ami."

Considérez-vous cela comme de la stigmatisation car les Comores sont un pays musulman ?

"Aux Comores, nous ne sommes pas des intĂ©gristes. Nous sommes des musulmans modĂ©rĂ©s. J’ose espĂ©rer que l’opinion internationale ne va pas prendre ça en considĂ©ration. Parce que s’il y a eu un Fazul (un des chefs prĂ©sumĂ©s d’Al-Qaida en Afrique de l’Est tuĂ© en 2011, ndlr), tous les Comoriens ne sont pas des Fazul. D’ailleurs les attentats qu’il commettait, il ne les commettait pas aux Comores, ni au nom des Comoriens ou de l’État comorien. Rien ne peut prouver que les gouvernements successifs seraient commanditaires de tels actes barbares."

"L'islam, c'est la paix"

Il n’y a donc pas d’islam radical aux Comores ?

"Non, aucun islam radical n’est pratiquĂ© aux Comores. Nous avons des mosquĂ©es Ă  Moroni, comme en Arabie saoudite, comme au Qatar, comme en France et comme partout dans le monde, mais il n’y a aucune radicalisation de l’islam Ă  Moroni. Donc je peux que regretter la position de la France." 

Quelle est la position des autoritĂ©s comoriennes par rapport Ă  l’Etat islamique ?

"On a condamnĂ© ces actes et Ă  chaque moment oĂč il a fallu combattre le terrorisme avec toute l’énergie que cela sous-entend, les Comores ont toujours Ă©tĂ© prĂ©sentes. Le terrorisme n’a rien Ă  voir avec la religion musulmane. L’islam, comme son nom l’indique, c’est la paix, la solidaritĂ© et l’entraide. VoilĂ  la foi musulmane. Et si quelqu’un s’en sert pour Ă©craser et anĂ©antir des hommes et des femmes, ce n’est pas l’islam, c’est de la haine. Et ça n’a rien Ă  voir avec ce qui se passe aux Comores."

"Le seul danger, c'Ă©tait les coups d'État"

Y a-t-il malgrĂ© tout davantage de risques pour les ressortissants français depuis l’intervention militaire en Irak contre l’Etat islamique ?

"Aujourd’hui la France dit qu’il ne faut pas aller aux Comores, alors que cela n’a rien Ă  voir avec ce qui se passe en Syrie, rien Ă  voir avec ce qui se passe en Irak, parce que nous sommes des sunnites. L’islam pratiquĂ© aux Comores est l’islam sunnite, de rite chafĂ©ite. Et la loi condamne toute pratique musulmane allant au-delĂ  du rite chafĂ©ite, avec emprisonnement. Le danger c’était les coups d’Etat, et on a rompu avec ça. Parmi les vingt coups d’Etat ayant eu lieu aux Comores, un seul a Ă©tĂ© diligentĂ© par un Comorien, Azali (le colonel Azali Assoumani en 1999, ndlr). Tous les autres ont Ă©tĂ© diligentĂ©s par Bob DĂ©nard, qui Ă©tait français et non comorien..."

Qu’en est-il des relations franco-comoriennes sur la question de la souverainetĂ© de Mayotte ?

"Nous possĂ©dons trois cents ans d’histoire commune, de partage. Je pense que nous n’avons pas intĂ©rĂȘt Ă  nous chamailler. Il doit y avoir un dialogue serein, honnĂȘte pour s’asseoir Ă  la mĂȘme table et dire ce que nous faisons de nos Ăźles. On peut se demander pourquoi la France s’intĂ©resse Ă  une seule Ăźle lĂ  oĂč il y en a quatre ? Il y a des enjeux, mais on peut les partager. Je sais que le centre d’écoutes se trouve Ă  Mayotte, je sais que les grands pĂ©troliers moyen-orientaux transitent par Mayotte, je sais qu’il y a des enjeux gĂ©ostratĂ©giques, militaires..."

"Mayotte, c’est pire que Lampedusa !"

Il y a aussi des enjeux migratoires...

"On ne fait qu’installer une bombe à retardement dans cette porte de l’Afrique qui s’appelle Mayotte. Parce que les Burundais, les Zaïrois, les Malgaches, les Comoriens... tout le monde afflue vers cette üle ! Mayotte, c’est pire que Lampedusa !"

Selon vous, Mayotte est-elle forcĂ©ment destinĂ©e Ă  revenir un jour ou l’autre dans le giron des Comores ?

"Oui, c’est automatique. Pour les sujets d’ordres sociaux, l’Etat français seul ne peut pas apporter de solutions. Quand on prend le niveau d’enseignement sur les quatre Ăźles, Mayotte est au plus bas de l’échelle. Les enseignants, les mĂ©decins... ce sont tous des Grands Comoriens, des Anjouanais ou des Moheliens. Je ne dis pas que les Mahorais ne sont pas instruits, mais le systĂšme Ă©ducatif menĂ© par l’Etat français Ă  Mayotte n’est pas adĂ©quat Ă  l’état du terrain. J’en suis certain, la solution n’est pas du cĂŽtĂ© du gouvernement français. Elle est du cĂŽtĂ© du gouvernement et du peuple comoriens, en concertation avec la France."

www.ipreunion.com

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1 Commentaires
daazibao
daazibao
11 ans

Qu'on leur rende leur caillou... ça fera de bonnes économies pour notre pays en crise...