Selon une Ă©tude menĂ©e par les chercheurs des universitĂ©s amĂ©ricaines de Berkeley et Princeton, un lien pourrait ĂȘtre Ă©tabli entre de fortes chaleurs et l'augmentation des violences, viols ou agressions. Un constat qui inquiĂšte les auteurs dans la perspective du rĂ©chauffement climatique, mais qui ne fait pas forcĂ©ment l'unanimitĂ© et laisse "perplexe" GeneviĂšve Payet, prĂ©sidente de l'Antenne rĂ©unionnaise de l'institut de victimologie (ARIV).
2013, 2012, 2009, 1991 : les derniĂšres vagues de violences urbaines Ă La RĂ©union ont toutes eu lieu en fĂ©vrier ou en mars, deux des mois les plus chauds de lâannĂ©e sur lâĂźle. Est-ce une coĂŻncidence ? Pour chacun de ces Ă©vĂ©nements, on retrouve Ă lâorigine des causes Ă©conomiques et sociales - interdiction de TĂ©lĂ© Freedom en 1991, lutte contre la vie chĂšre en 2009 et 2012, revendications sur les contrats aidĂ©s en 2013 -, mais les fortes chaleurs pourraient-elles jouer un rĂŽle dâaccĂ©lĂ©rateur des violences sociales ?
Câest ce que tend Ă prouver cette rĂ©cente Ă©tude amĂ©ricaine. Pour aboutir Ă la conclusion d'un lien entre tempĂ©ratures plus Ă©levĂ©es et augmentation des violences, les scientifiques se sont appuyĂ©s sur une soixantaine d'Ă©tudes posant la mĂȘme question dans les disciplines les plus diverses, comme l'archĂ©ologie, la climatologie, les sciences politiques ou l'Ă©conomie.
"Les preuves amassĂ©es montrent que les ĂȘtres humains sur le globe se montrent peu capables de faire face Ă l'exposition Ă des tempĂ©ratures plus chaudes", relĂšve Marshall Burke, coauteur de ces travaux. La chaleur pourrait ainsi avoir des effets physiologiques et entraĂźner des rĂ©actions violentes. "Des conflits violents peuvent se manifester pour toute une sĂ©rie de raisons, dont la survenue est plus frĂ©quente quand le climat se dĂ©tĂ©riore", rĂ©sume Solomon Hsiang, un des autres auteurs de cette Ă©tude, dont les rĂ©sultats pourraient bien faire polĂ©mique.
"Pour le moins, les rĂ©sultats de cette Ă©tude laissent trĂšs perplexes", estime ainsi GeneviĂšve Payet, prĂ©sidente de lâAntenne rĂ©unionnaise de lâinstitut de victimologie (ARIV). "De mon point de vue, cette assertion pose plus de questions quâelle prĂ©tendrait en rĂ©soudre", ajoute-t-elle.
Elle sâexplique : "A la lecture des rĂ©sultats de cette Ă©tude, on aurait tendance Ă penser que ce ne seraient pas tant les fortes chaleurs qui favoriseraient la violence, mais plus exactement les variations et les excĂšs de chaleur qui seraient difficiles Ă supporter (...). Car sinon, on serait amenĂ© Ă dire des absurditĂ©s du style : ceux qui vivent dans les pays chauds sont plus sujets Ă des accĂšs de violences, avec tout le risque de dĂ©rives que de tels effets dâannonce entraĂźnent Ă partir dâune lecture gĂ©opolitique, sachant quâun grand nombre de pays pauvres souffrent de la chaleur et de la sĂ©cheresse, et sont plus exposĂ©s aux retombĂ©es du rĂ©chauffement climatique."
Pour la prĂ©sidente de lâARIV, les rĂ©sultats des chercheurs amĂ©ricains sont donc loin dâĂȘtre probants. "Cette soi-disant nature sauvage qui serait en nous (responsable dâagressions, de meurtres, de viols et de violences domestiques) ne se rĂ©veille pas par des effets de tempĂ©rature extĂ©rieure, mais bien par des fragilitĂ©s internes rĂ©activĂ©es au contact de nos semblables dans des contextes prĂ©cis", souligne-t-elle, ajoutant : "Ces fragilitĂ©s sont certes beaucoup plus nombreuses et douloureuses dans certains cas, lorsque les conditions de vie se sont avĂ©rĂ©es rudes. Mais le plus souvent, des blessures et des manques sont Ă lâorigine de ces atteintes Ă notre existence."
Et GeneviÚve Payet de conclure : "Soyons réalistes : les hommes sont bien plus que la nature la cause des violences que nous subissons !"
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