Ils Ă©taient dix, partis fin 2013 en Syrie, terre de jihad: deux sont morts sur place et un autre, Foued Mohamed-Aggad, s'est fait sauter au Bataclan le 13 novembre. Les sept autres, arrĂȘtĂ©s en France aprĂšs leur retour Ă Strasbourg en 2014, ont Ă©tĂ© renvoyĂ©s en procĂšs par des juges antiterroristes.
AgĂ©s de 24 Ă 26 ans, ils devront comparaĂźtre devant le tribunal correctionnel de Paris pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, a prĂ©cisĂ© Ă l'AFP une source judiciaire. La date du procĂšs, oĂč un frĂšre de Foued Mohamed-Aggad, Karim, sera jugĂ©, n'est pas fixĂ©e. Les juges reprochent aux sept suspects d'ĂȘtre partis en Syrie pour faire le jihad, d'avoir intĂ©grĂ© les rangs de l' Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), ancĂȘtre de l'EI et d'y avoir reçu un entraĂźnement militaire.
En dĂ©cembre 2013, par petits groupes, les dix prenaient le chemin de la Syrie, en passant par l'Allemagne et la Turquie. AprĂšs avoir franchi la frontiĂšre syrienne, deux frĂšres avaient Ă©tĂ© rapidement tuĂ©s. Sept autres Ă©taient revenus en France, les premiers dĂšs fĂ©vrier 2014. Ils avaient Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s en mai 2014.
"Aucune preuve n'est rapportée qu'ils avaient des projets terroristes en France", plaide l'un des avocats de la défense, Me Eric Plouvier. L'avocat s'inquiÚte du "contexte nouveau" dans lequel les prévenus seront jugés, aprÚs les attentats de janvier et de novembre.
Devant les enquĂȘteurs, ils ont justifiĂ© leur pĂ©riple pour des raisons humanitaires et expliquĂ© leur retour par la volontĂ© d'Ă©chapper Ă des "fous sanguinaires", selon l'un d'eux. Cette version n'a pas convaincu le parquet puis les juges antiterroristes, qui ont rendu leur ordonnance le 15 janvier. Leur contact pour partir, Mourad FarĂšs, Ă©tait Ă l'Ă©poque l'un des principaux recruteurs de jihadistes français, via les rĂ©seaux sociaux.
"Tous ceux qui avaient l'intention de partir avaient l'intention de faire le jihad armĂ© (...) Si c'Ă©tait pour faire de l'humanitaire (...) il fallait voir les associations qui se consacrent Ă l'humanitaire", avait-il lui-mĂȘme dĂ©clarĂ© aux enquĂȘteurs aprĂšs son arrestation, Ă son retour de Syrie en 2014, selon une source proche du dossier.
D'aprĂšs leur rĂ©cit, une fois arrivĂ©s sur place, ils auraient Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©s dans les rangs de l'EIIL sans avoir le choix. Vivant dans une relative libertĂ©, ils se seraient limitĂ©s Ă participer Ă des entraĂźnements militaires. Dans l'ordinateur et tĂ©lĂ©phone de l'un des suspects, les enquĂȘteurs ont retrouvĂ© une photo le montrant Ă bord d'un pick-up Ă©quipĂ© d'armes lourdes et des images de cadavres, selon une source proche du dossier. Karim Mohamed-Aggad avait choisi de rentrer, mais il avait Ă©chouĂ© Ă convaincre son frĂšre Foued de suivre le mĂȘme chemin.
Le portrait qui se dessine alors est celui d'un homme plus jeune que les autres, mais de plus en plus dĂ©terminĂ©. Dans les messages interceptĂ©s par les enquĂȘteurs, il laissera notamment cette phrase prĂ©monitoire Ă une amie, dĂ©but mars 2014: "si je rentre en France, c'est pas pour aller en prison. C'est pour tout exploser, alors me tenter (sic) pas trop Ă rentrer". Dix-huit mois plus tard, sa mĂšre apprenait la mort de son fils par un SMS envoyĂ© de Syrie. Avec deux autres jihadistes français passĂ©s par la Syrie, Foued Mohamed-Aggad composait le trio d'assaillants qui ont tuĂ© 90 personnes au Bataclan.
Entre ceux déjà sur place, ceux qui sont revenus et ceux qui ont manifesté des velléités de s'y rendre, quelque 1.800 Français sont aujourd'hui impliqués dans des filiÚres jihadistes en Irak et en Syrie, a annoncé en début de semaine le procureur de la République de Paris François Molins.
Lors du premier procÚs emblématique d'une filiÚre d'acheminement de combattants vers la Syrie, le tribunal a prononcé des peines de six à 15 ans de prison, la plus lourde ayant été infligée en son absence à une figure du jihadisme resté sur zone, Salim Benghalem.
AFP
