"Outre-mer, terres d'avenir". C'est le titre du livre avec lequel Marie-Luce Penchard, ancienne ministre chargée de l'Outre-mer, espérait séduire les électeurs lors des législatives en juin 2012, selon les informations du journal Le Canard Enchainé. Mais avec seulement 14% des suffrages, elle a connu une nette défaite dÚs le premier tour face à Victorin Lurel, devenu depuis ministre des Outre-mer. Le Canard Enchaßné révÚle surtout que Marie-Luce Penchard a fait acheter par les services du ministÚre 500 exemplaires de son ouvrage, tiré à 1 500 exemplaires. Selon l'éditeur, Marie-Luce Penchard a en réalité fait commander 1 000 exemplaires par le ministÚre de l'Outre-mer, à 10 euros piÚce, soit une dépense publique de 10 000 euros...Sollicité par Imaz Press Réunion pour savoir si une plainte pour détournement de fonds publics serait déposée, l'actuel ministre des Outre-mer n'a pas répondu.
Juste avant de quitter son fauteuil de ministre de lâOutre-mer, Marie-Luce Penchard a fait acheter par les services du ministĂšre 500 exemplaires - soit le tiers du tirage total - de lâouvrage quâelle venait de publier aux Ă©ditions Jean-Claude Gawsevitch. Câest ce que rĂ©vĂšle Le Canard EnchaĂźnĂ©.
En rĂ©alitĂ©, deux commandes de 500 exemplaires, soit un total de 1 000 exemplaires Ă 10 euros piĂšce, auraient Ă©tĂ© passĂ©es et payĂ©es par le ministĂšre de lâOutre-mer lorsque Marie-Luce Penchard en Ă©tait encore la ministre. Ce qui reprĂ©sente une dĂ©pense publique de 10 000 euros. ContactĂ© par tĂ©lĂ©phone, le service communication de lâĂ©diteur Jean-Claude Gawsewitch confirme dans un premier temps que "la commande par le ministĂšre de l'Outre-mer est de 500 exemplaires". "Mais selon certaines sources, on dit que ce sont 1 000 exemplaires qui ont Ă©tĂ© commandĂ©s", fait-on remarquer Ă l'interlocutrice. "Attendez, je vais vĂ©rifier", rĂ©pond-elle, avant de revenir quelques minutes plus tard confirmant la commande de 1 000 exemplaires par le ministĂšre de l'Outre-mer.
IntitulĂ© "Outre-Mer, terres dâavenir", le livre de Marie-Luce Penchard est un livre dâentretiens conduits par le journaliste de lâAFP Eric Bassi paru en mai 2012. Il Ă©tait destinĂ© Ă appuyer la candidature de la ministre aux Ă©lections lĂ©gislatives en Guadeloupe, oĂč elle a fait pĂąle figure en recueillant uniquement 14% des suffrages, accusant ainsi une dĂ©faite dĂšs le premier tour face Ă Victorin Lurel.
Pourquoi le ministĂšre de lâOutre-mer aurait-il besoin de 1 000 exemplaires de ce livre ? La question reste entiĂšre. Marie-Luce Penchard a pour sa part promis au Canard EnchaĂźnĂ© quâelle avait "renoncĂ© Ă tout droit dâauteur". A quel profit ? On lâignore. SollicitĂ© pour savoir sâil avait lâintention de porter plainte pour dĂ©tournement de fonds publics, Victorin Lurel, actuel ministre des Outre-mer, nâa pas rĂ©pondu Ă nos questions.
Par ailleurs, dans cette affaire, des soucis de paiement ont Ă©tĂ© Ă©galement signalĂ©s. En effet, Eric Bassi, qui est co-auteur du livre "Outre-Mer, terres dâavenir", a attendu 10 mois avant dâĂȘtre rĂ©munĂ©rĂ©. "Au dĂ©part, il nây avait pas de contrat. Marie-Luce Penchard et son cabinet ont fait appel Ă moi pour Ă©crire ce livre. Jâavais de bons rapports avec elle, comme jâen ai avec son prĂ©dĂ©cesseur et avec son successeur. Je lui ai fait confiance", explique le journaliste de lâAFP qui a Ă©tĂ© en charge de lâOutre-mer de 2007 Ă 2011.
Eric Bassi ajoute que le cabinet de Marie-Luce Penchard lui "avait fait la promesse dâun forfait". Un forfait confirmĂ© par lâancienne ministre. Pourtant, alors que le livre paraĂźt en mai 2012, le journaliste ne touchera rien jusquâĂ ce mois de mars 2013. "A lâautomne, je nâavais toujours pas de paiement. Jâai contactĂ© lâĂ©diteur qui mâa dit quâaucune rĂ©munĂ©ration nâĂ©tait prĂ©vue pour moi", indique Eric Bassi. Evoquant ce sujet avec le service communication de lâĂ©diteur Jean-Claude Gawsewitch, l'interlocutrice indique "ne pas savoir qu'il y a eu des soucis" et "ne pas ĂȘtre en mesure de nous rĂ©pondre". "Je ferai part de votre demande Ă mon supĂ©rieur, il est actuellement en rĂ©union", dit-elle. Il ne rappellera pas.
"En dĂ©cembre, je n'avais toujours rien touchĂ©. A lâĂ©poque, jâenvisageais de porter plainte contre lâĂ©diteur. A force de me remuer, de passer des coups de fil, dâenvoyer des messages, jâai fini par avoir Marie-Luce Penchard. Elle mâa dit quâelle rĂšglera lâaffaire elle-mĂȘme en venant Ă Paris au dĂ©but du mois de mars", poursuit le journaliste de l'AFP. Il est ensuite contactĂ© par lâĂ©diteur, mais celui-ci Ă©voque la moitiĂ© de la somme promise. "Le lendemain, il me propose finalement un contrat avec la somme de dĂ©part, mais en tant que rewriter alors que je suis co-auteur", note Eric Bassi. Il touchera finalement un chĂšque du montant prĂ©vu au dĂ©part et en tant que co-auteur, au dĂ©but de ce mois de mars.
"Ăa me paraĂźt incroyable dâavoir Ă©tĂ© payĂ© 10 mois aprĂšs la parution du livre. Câest une drĂŽle de mĂ©thode. Ăa va me servir de leçon pour la prochaine fois. MĂȘme si jâai de bons rapports avec la personne, je signerai dâabord un contrat", dit Eric Bassi. Sur le millier dâexemplaires ayant Ă©tĂ© achetĂ© par le ministĂšre de lâOutre-mer, il indique clairement que "câest du dĂ©tournement de fonds publics". "Je ne sais pas ce que Victorin Lurel va faire mais il pourrait y avoir des suites", conclut Eric Bassi.

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