Alors que La Réunion est entrée dans la saison cyclonique, la Fondation pour le logement déplore l'abandon des personnes "mal-logées" par l'État. Cyclones, inondations, érosion côtière, fortes chaleurs, feux de forêts… Elle estime que les mesures prises ne sont pas à la hauteur de l'ampleur des effets du changement climatique. Dans l'île, 92% de la population est exposée aux risques climatiques, plus de 150.000 personnes sont mal-logées et 30% des habitants n'ont pas d'assurance logement (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)
La Fondation pour le logement dénonce l'insuffisance du 3ème Plan national d'Adaptation au Changement climatique (PNACC3) du gouvernement.
Selon Matthieu Hoarau, directeur de la Fondation pour le logement à La Réunion, "les Outre-mer "ne sont pas suffisamment prises en compte". "Il y a des inégalités face aux sinistres, un manque de moyens mobilisés sur le territoire, notamment pour les plus précaires", pointe-t-il du doigt.
Selon le directeur de la Fondation pour le logement, face à ces risques climatiques, "les plus démunis ne pourront pas adapter leurs biens ou les perdront et ne pourront pas se reloger décemment".
- Un système assurentiel à revoir au bénéfice des plus précaires -
En plus des éléments naturels qui changent avec le réchauffement climatique, La Réunion a une double peine, "le système assurentiel", explique Matthieu Hoarau. "Dans l'île, il ne permet pas de couvrir l'ensemble des besoins de la population, ce qui accentue la précarité et le mal-logement", dit-il.
Il le rappelle, plus d'un an après Garance, certaines ménages - pourtant assurés - sont toujours sinistrés. D'autres, non assurés, "ne rentrent pas dans les cases administratives de ces dispositifs assurentiels", dit Matthieu Hoarau.
Selon Matthieu Hoarau, il "faut que les assureurs puissent proposer des offres abordables aux plus précaires".
Pour James Huet, président du Comité des assureurs de La Réunion, "l’offre d’assurance est abordable à tout budget et les assureurs savent s’adapter".
Il précise : "il n’y a pas de package particulier. La présence de plusieurs acteurs sur le marché réunionnais avec cette concurrence commerciale donne au secteur une capacité de répondre à l’ensemble des besoins assurantiels de l’ile".
Toutefois, le Comité des assureurs de La Réunion le reconnait "il est certain que la fréquence des évènements climatiques fragilise la gestion du fonds CAT/NAT (catastrophes naturelles) sous la responsabilité du réassureur public, la Caisse centrale de réassurance (CCR). Et par conséquent, entraînera une hausse tarifaire".
À La Réunion, 70 % des habitations sont assurées multirisque habitation contre 97% dans l'Hexagone.
Lire aussi - Garance laisse de (nombreux) sinistrés sans solution de relogement
- 166.000 personnes exposées au risque climatique à La Réunion -
La Réunion est exposée à de nombreux risques climatiques : cyclones, vent, érosion, submersion, séisme… 166.000 personnes sont concernées.
Selon les derniers chiffres de l'Insee, près de 100.000 habitants vivent dans des zones exposées au risque inondation, 56.000 personnes sont quant à eux concernés par les mouvements de terrain et l'érosion des versants.
Sur le littoral, c'est près de 7.000 habitants qui font face au risque submersion marine et environ 3.000 habitants au recul du trait de côte, un phénomène appelé à s'aggraver dû au changement climatique.
Pour l'identification des zones susceptibles d'être inondées lors d'évènements exceptionnels, "la Direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DEAL) réalise des enveloppes approchées des inondations potentielles (EAIP)", explique la préfecture de La Réunion.
Parmi ces personnes, certaines vivent dans des conditions indignes. Dans l'île, 150.000 personnes ne sont pas ou mal-logées. Plus de 2.500 personnes sont sans domicile (+39 % en 7 ans).
En 2024, a minima, 17 personnes sans-abris sont mortes dans les rues de l'île dans une indifférence presque générale. "À chaque épisode cyclonique, les solutions ne sont déployées qu’en phase ORSEC, sans anticipation suffisante", estime la Fondation du logement. "Et surtout, dès la levée de l’alerte, les dispositifs s’arrêtent."
Lire aussi - À La Réunion, au moins 17 personnes sans-abris sont décédées dans les rues en 2025
- La Fondation pour le logement attaque le gouvernement pour inaction -
La Fondation pour le logement a donc décidé, par le biais d'une démarche juridique, d'attaquer l'État afin de l'obliger à renforcer ses obligations.
"Il s’agit d’un mémoire d’environ 80 pages déposé au Conseil d'État, expliquant que la France est dans l’illégalité en ne menant pas des politiques d’adaptation des logements et qu’elle met en danger la population, et particulièrement les personnes mal-logées et sans-abri", indique Maider Olivier, chargée de plaidoyer climat - logement à la Fondation.
Une démarche qui s'associe à un recours déjà initié en 2025 par une dizaine de "sinistrés climatiques" et d’associations, avec le soutien des ONG Notre Affaire à Tous, Greenpeace France et Oxfam France.
Tous les rapports concordent dans les années à venir - et déjà là avec les cyclones Garance ou Chido, la canicule ou les incendies dans l'Hexagone - la situation deviendra rapidement insoutenable si nos politiques ne s'adaptent pas aux réalités climatiques.
L’adaptation au dérèglement climatique ne peut plus se limiter à un simple ajustement. "Si l'on veut prévenir le risque face au changement climatique, il y a des enjeux à améliorer", dit Matthieu Hoarau. Notamment "le besoin de restructurer la chaine des acteurs, agir avec des cofinancements entre l'État, les collectivités locales, les fonds privées".
Cela nécessite une transformation profonde de la politique du logement qui prenne en compte les injustices sociales, territoriales et le droit au logement.
ma.m/www.imazpress.com/[email protected]
