PLF 2027 : le Parti socialiste alerte sur les conséquences des coupes budgétaires à La Réunion

  • Publié le 29 juillet 2026 à 17:08
  • Actualisé le 29 juillet 2026 à 18:39
 Ericka Bareigts

À l'approche de l'examen du projet de loi de finances (PLF) 2027, les responsables du Parti socialiste à La Réunion tirent la sonnette d'alarme. Logement, accompagnement des enfants en situation de handicap, insertion des jeunes, emploi ou encore santé : pour Ericka Bareigts, première secrétaire fédérale du PS et maire de Saint-Denis, ainsi que le député Philippe Naillet, les arbitrages budgétaires annoncés menacent des politiques publiques essentielles sur un territoire où les fragilités demeurent importantes. (Photo d'illustration Richard Bouhet/www.imazpress.com)

Pour Ericka Bareigts, les priorités sont celles que lui expriment quotidiennement les habitants. "Lorsque les Réunionnais nous parlent, ils nous parlent de ce qui est fondamental : un toit sur la tête", explique-t-elle. Avec près de 50.000 familles en attente d'un logement, la question du logement reste, selon elle, la première urgence sociale.

La maire de Saint-Denis qualifie le projet de loi de finances annoncé de texte "extrêmement douloureux tel qu'il est annoncé aujourd'hui". Elle rappelle que derrière les chiffres se cachent des situations dramatiques : "Ce combat est concret. Ce sont des familles, des travailleurs qui dorment dans leur voiture."

Au-delà de la bataille engagée autour de la Ligne budgétaire unique (LBU), elle estime que c'est la pérennité du financement du logement social qui est en jeu.

"Comment va-t-on faire si on supprime un dispositif ? Il faudra se battre pour obtenir des financements solides et pérennes afin que les entreprises puissent aussi avoir de la visibilité."

Pour l'élue, le logement dépasse la simple question immobilière.

"Le logement, c'est là où on construit sa famille, où on pose sa peine, où l'on construit aussi des joies. Aujourd'hui, 50 000 personnes sont privées de cette liberté fondamentale, de cette humanité fondamentale."

- Une mobilisation autour des 50 millions d'euros gelés  -

Ericka Bareigts confirme avoir rencontré, à sa demande, la ministre des Outre-mer afin d'évoquer le financement du logement social. "Oui, on sent une ministre engagée", affirme-t-elle, tout en reconnaissant que "Bercy a une place prépondérante dans tout cela".

L'objectif est désormais d'obtenir le dégel des crédits déjà votés dans la loi de finances 2025. "Ces 50 millions d'euros destinés à La Réunion n'ont pas disparu. Ils ont été votés mais Bercy souhaite les geler pour réaliser des économies. Notre combat consiste à dire qu'ils doivent être débloqués afin de permettre les programmations prévues pour le territoire."

Un rendez-vous national est prévu en septembre autour du logement. Si les discussions aboutissent, un accord pourrait être signé entre l'État et les bailleurs sociaux.

La maire insiste sur la nécessité de maintenir la mobilisation. "Il ne faut jamais considérer que c'est gagné. Il faut continuer le combat comme si rien n'était acquis", insiste-t-elle. Selon elle, les programmes de logements sont déjà prêts et leur lancement permettrait également de soutenir l'activité économique.

"Derrière ces opérations, il y a aussi de l'emploi. Les entreprises doivent montrer que si ces projets ne sortent pas, ce sont des emplois qui disparaîtront."

Elle réaffirme enfin la nécessité de donner une visibilité budgétaire de long terme. "On ne peut pas demander de produire davantage de logements et de rénover plus vite avec un dispositif budgétaire qui va disparaître. La crise du logement est structurelle, pas conjoncturelle", affirme l'édile.

Elle plaide également pour une architecture adaptée aux réalités climatiques locales. "Construire aujourd'hui, ce n'est plus construire comme hier. Il faut une vision architecturale tropicale", avance-t-elle.  Et de conclure : "La sixième puissance économique mondiale ne peut pas sacrifier le logement."

- Handicap : "des enfants exclus de la République" -

À quelques jours de la rentrée scolaire, Ericka Bareigts revient également sur les difficultés rencontrées par les familles d'enfants en situation de handicap.

"Ce sont des enfants qui ne sont pas de la République, qui sont exclus de la République parce qu'ils sont porteurs de handicap", regrette-t-elle. 

Elle dénonce des délais particulièrement longs pour obtenir un diagnostic, puis une prise en charge adaptée. "A défaut, ils vont à l'école sans diagnostic, sans accompagnement adapté. Et lorsqu'ils obtiennent enfin un diagnostic, ils ne trouvent pas les professionnels nécessaires", déplore la maire.

Brigitte Adame, élue déléguée à la participation citoyenne, la vie associative,  rappelle que 9.500 enfants nécessitent aujourd'hui un accompagnement spécifique à La Réunion, dont 2.900 auraient besoin d'une place en établissement spécialisé, alors que seuls 1.968 AESH exercent à temps plein.

Elle dénonce la précarité persistante des accompagnants : rémunérations insuffisantes, contrats précaires, affectations complexes, formation trop courte et pénibilité insuffisamment reconnue.

Les élus demandent une augmentation des places spécialisées, le développement des classes ULIS, le recrutement massif d'AESH et la création d'un véritable statut de fonctionnaire, proposition portée par les sénatrices socialistes.

- Préserver les parcours d'insertion -

Autre sujet majeur : l'insertion des jeunes. Pour Audrey Coridon, "il faut porter la voix de la jeunesse, y compris de ceux qui ont disparu des radars".

Elle rappelle que le taux de chômage est passé de près de 30 % à 16 %, mais estime que cette amélioration est le fruit d'un travail collectif mené depuis plusieurs années.

Ericka Bareigts partage ce constat. "La Réunion est une population jeune. C'est une chance. D'autres territoires vieillissent et perdent leur dynamisme", rappelle-t-elle.

Mais elle s'inquiète des réductions de moyens accordés aux structures d'accompagnement. "Les missions locales de La Réunion ont perdu un demi-million d'euros. Nous avons perdu 27 collaborateurs qui accompagnaient les jeunes dans les quartiers", rappelle-t-elle. 

Audrey Coridon souligne qu'un jeune de 15 à 29 ans sur quatre, soit environ 40.000 jeunes, est aujourd'hui sans emploi ni formation.
Elle alerte également sur une baisse cumulée de 22 % des crédits consacrés à l'emploi, à la formation et à l'insertion en deux ans, estimant que les structures de proximité sont aujourd'hui confrontées à une contradiction.

"On demande plus avec moins de moyens. On détruit des parcours", dénonce l'élue. Elle appelle à sanctuariser les financements, reconnaître les spécificités ultramarines dans les décisions nationales et offrir une visibilité pluriannuelle aux acteurs de terrain.

- La rentrée parlementaire approche - 

Le député Philippe Naillet estime que la rentrée parlementaire sera largement dominée par le projet de loi de finances et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale.

Les premiers plafonds budgétaires transmis aux parlementaires l'inquiètent particulièrement. "Le gouvernement annonce une hausse du budget de 0,4 %, mais il faut la comparer à une inflation estimée entre 1,2 % et 1,7 %. En réalité, les moyens diminuent", souligne le député.

Il note également que, hors budget de la Défense, les crédits des autres ministères sont en baisse. "La Défense gagne plus de 6 milliards d'euros. À l'inverse, le ministère du Travail perd 2,8 milliards d'euros, soit une baisse de 9 %."

Selon lui, ces réductions auront des conséquences directes à La Réunion sur les structures de l'insertion par l'activité économique et sur les bénéficiaires de ces dispositifs.

"Nous n'accepterons pas des économies sur tout, surtout lorsqu'elles concernent la santé, la jeunesse, l'éducation, les services publics ou la transition écologique", prévient le député. 

Interrogé sur le récent rapport sénatorial pointant le caractère structurel et systémique des retards de développement des Outre-mer, Philippe Naillet estime que ce document confirme une réalité déjà connue.

"Quatre-vingts ans après la départementalisation, il y a eu des progrès, mais les inégalités demeurent : emploi, santé, insertion, logement", souligne-t-il.

Selon le député, les politiques menées depuis une dizaine d'années aggravent ces difficultés. "Les territoires ultramarins paient les choix fiscaux et budgétaires décidés au niveau national. Nous avons moins de moyens alors que les indicateurs sociaux continuent de se dégrader."

Son objectif reste celui de parvenir enfin à une véritable égalité. "Quatre-vingts ans après la départementalisation, il est temps que la promesse d'égalité formelle devienne une égalité réelle", lance-t-il.

Pour Ericka Bareigts, les choix budgétaires traduisent un véritable choix de société. "Le gouvernement, avec le soutien de la droite et de l'extrême droite, est en train de saboter le travail collectif mené à La Réunion depuis plus de dix ans", dénonce-t-elle. 

Elle rappelle que la baisse du chômage, de près de 30 % à 16 %, est le résultat de la mobilisation des élus, des associations, des entreprises et des familles. "On est en train de saboter tout cela", insiste la maire.

Face aux arbitrages annoncés dans le PLF 2026, les responsables socialistes promettent de poursuivre la mobilisation. 

as/www.imazpress.com/[email protected]

 

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