Le député du Gard, Yoann Gillet, porte-parole du Rassemblement national (RN), est en visite parlementaire à La Réunion depuis le mercredi 29 juillet 2026. Également directeur adjoint de la campagne présidentielle de Marine Le Pen, le parlementaire a voulu être "en immersion" à Saint-Denis avec des policiers de la brigade anti-criminalité territoriale (BAC T). Harnaché d'un gilet pare-balles et visiblement tout content, le député d'extrême droite a assisté "pendant 5 h", dit-il, à des contrôles et à des interpellations. L'affaire n'aurait pas grand intérêt – sans l'emballement qui semble avoir présidé à cette visite du côté de Yoann Gillet. Dans un clip digne d'une bande-annonce d'un film de série Z, son équipe l'a filmé aux côtés des membres de la Bac T à visage découvert. Pourtant, il est d’usage à La Réunion, comme dans les autres territoires, de préserver l’anonymat des forces de l'ordre issues d’unités sensibles de la police et de la gendarmerie. Pire, si les personnes contrôlées ont été floutées, une plaque d'immatriculation d'un véhicule contrôlé est visible. La vidéo a été publiée par l'acteur principal lui-même – Yoann Gillet en l'occurrence, sur tous ses réseaux sociaux. (Photo d'illustration : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)
Qu’un ou une élu.e vienne sur notre île en mission parlementaire, cela est plutôt courant. Que cette personne visite des services, aussi. Sur son site internet, il explique être rapporteur pour avis de la commission des lois sur le projet de loi de finances 2027 (PLF) relatif à l’Outre-mer. Il travaille à la rédaction d’un rapport qu’il présentera à la rentrée.
"Celui-ci comportera une partie consacrée à l’analyse du budget de l’État dédié à l’Outre-mer et une autre portant sur la situation économique, sociale, sécuritaire et migratoire de La Réunion" peut-on lire dans la communication autour du député.
Autre casquette, pour son parti cette fois, mener un travail sur "l’Outre-mer entamé en 2022 à la demande de Marine Le Pen, qui a fait de lui le référent RN sur de nombreux sujets ultramarins." Yoann Gillet est également directeur de campagne adjoint du RN.
Ce qui est inhabituel, pour un député, c’est d’afficher à visage découvert, et donc de mettre en danger les forces de l’ordre. Regardez.
Yoann Gillet a aussi publié sur ses réseaux une vidéo visible ici
- Préserver l’anonymat des agents des unités sensibles à La Réunion -
Sur le terrain, les rappels de la préfecture ainsi que de la hiérarchie de la police et de la gendarmerie ont été constants.
Aux journalistes, on demande de façon régulière, et légitime, de ne pas montrer le visage de ces hommes et femmes, de la Bac, du Raid (Recherche, Assistance, Intervention, Dissuasion – police nationale) et du GIGN (groupement d'intervention de la gendarmerie nationale) afin de préserver leur sécurité.
Aux parlementaires de La Réunion, la même demande est faite.
Il ne faut absolument jamais diffuser des images sur lesquelles ces membres des forces de l'ordre sont reconnaissables, identifiables.
La presse locale applique scrupuleusement cette règle, sans la remettre en question.
Les parlementaires de La Réunion aussi, lorsqu'ils médiatisent leurs interventions.
S’il n’est pas interdit, légalement, de filmer les forces de l’ordre, il est d’usage de préserver l’anonymat des agents issus des unités sensibles. Cela afin d'éviter leur mise en danger.
- Le changement de régle a-t-il été autorisé par la préfecture et la hiérarchie de la police à La Réunion ? -
Pourquoi cette même règle, ne s’est-elle pas appliquée au député d'extrême droite Yoann Gillet qui s'est joyeusement mis en scène, avec des allures de Martin à la BAC, avec des policiers parfaitement reconnaissables ?
Est-ce une volonté de la hiérarchie de la police nationale ou une erreur de communication de l'élu extrémiste ?
Est-il maintenant autorisé, de dévoiler l’identité des agents des unités sensibles, ou s'agit-il d'une exception ?
Enfin, quel est le but de ce changement de paradigme, pour une mise en scène, en images, d'un élu extrémiste porte-parole d'un parti en campagne présidentielle pour Marine Le Pen, candidate malgré sa condamnation pour détournement de fonds publics ?
La réponse à ces questions sera du plus grand intérêt.
Surtout en cette période de campagne où l’État a un double devoir : protéger ses agents et être totalement impartial en matière de respect des règles et usages à appliquer à tous, y compris aux parlementaires, quelle que soit leur étiquette politique.
La rédaction d'Imaz Press / [email protected]

