Cyclisme

Tour de France: un match, un rĂȘve, un maillot

  • PubliĂ© le 22 juillet 2019 Ă  17:09
  • ActualisĂ© le 22 juillet 2019 Ă  19:27
Le Français Thibaut Pinot franchit en vainqueur l'arrivée de la 14e étape du Tour de France, au sommet du Tourmalet, le 20 juillet 2019

Un Tour aussi passionnant qu'indécis: à six jours de l'arrivée, un formidable match se dessine entre Thibaut Pinot, pour une victoire française qui serait historique, et l'équipe Ineos, habituée à gagner, mais c'est un autre Français, Julian Alaphilippe, qui porte le maillot jaune avant les Alpes.

Ce Tour qui défie la logique emballe les spectateurs et les organisateurs. "Ces deux semaines nous ont comblé", avoue son directeur Christian Prudhomme qui dresse un tableau des forces réaliste alors que le peloton a tenté de récupérer lors de la seconde journée de repos, dans la fournaise de Nßmes: "Six coureurs peuvent encore gagner."

Six coureurs ? Les six premiers du classement gĂ©nĂ©ral aprĂšs 2504 kilomĂštres. Signe du rapport de force qui s'est dessinĂ© dans les PyrĂ©nĂ©es, le directeur du Tour commence par Thibaut Pinot (4e Ă  1 min 50 sec): "Il est Ă  niveau constant, on l'a vu distancer tous les autres. Julian Alaphilippe a dĂ©fendu son maillot magnifiquement, Geraint Thomas (2e Ă  1 min 35 sec) a semblĂ© se refaire dans le final du Prat d'Albis." Les autres sont loin d'ĂȘtre hors jeu. Surtout Egan Bernal, le prodige colombien qui semble manquer de fraĂźcheur mais figure dans une position idĂ©ale d'attente (5e Ă  2 min 02 sec), avec l'avantage d'entrer dans une zone de haute altitude Ă  ses mesures. Le NĂ©erlandais Steven Kruijswijk, la pointe de l'Ă©quipe Jumbo la mieux armĂ©e peut-ĂȘtre collectivement en montagne, voire le jeune allemand Emmanuel Buchmann (3e du DauphinĂ©), sont encore dans le coup.

- Risque de surchauffe pour Pinot -

En deux étapes pyrénéennes, le Français a effacé les conséquences de sa seule faute grave du Tour, la bordure sur la route d'Albi. Tout ou presque réussit au Franc-Comtois, puissamment aidé par David Gaudu qui justifie pleinement, à 22 ans seulement, les espérances placées en lui.
Revenu Ă  une poignĂ©e de secondes de ses rivaux directs (Thomas, Kruijswijk), Pinot a les cartes en main et une Ă©quipe Ă  sa dĂ©votion. Dans les trois Ă©tapes de montagne Ă  venir, de jeudi Ă  samedi, il doit prendre l'avantage si la hiĂ©rarchie des PyrĂ©nĂ©es se confirme. Restent les fragilitĂ©s de ce coureur naturel, authentique, emballant, prĂȘt Ă  signer le premier succĂšs français 34 ans aprĂšs Bernard Hinault. Le risque d'un coup de froid ou d'un gros coup de chaleur. Or, les prĂ©visions mĂ©tĂ©o annoncent une tempĂ©rature caniculaire dans les jours Ă  venir. Mais, rappelle-t-on dans l'Ă©quipe Groupama-FDJ, "il faisait 36 degrĂ©s quand Thibaut a gagnĂ© le contre-la-montre des championnats de France en 2016".

- Devoir d'invention pour l'équipe Ineos -

C'est peut-ĂȘtre la grande nouveautĂ© de ce Tour fou, fou, fou. HabituĂ©e Ă  exercer une domination sans partage depuis 2012, hormis l'exception 2014 (chutes et abandon de Froome), l'Ă©quipe la plus puissante du peloton laisse transparaĂźtre d'inattendues faiblesses. A l'exemple des lieutenants habituels (Kwiatkowski, Moscon) disparus bien avant le final des Ă©tapes de montagne. Philippe Mauduit, le directeur sportif de Pinot, relĂšve: "Ils ont fait dĂ©crocher des coureurs trĂšs tĂŽt, ils Ă©taient dans la gestion. Pour moi, s'Ă©conomiser aussi tĂŽt dans le Tour Ă©tait un signe." La formation britannique, la seule Ă  disposer de deux cartes en haut de classement (Thomas, Bernal), bĂ©nĂ©ficie d'un rĂ©el avantage. A elle, sous la contrainte, de sortir de sa tactique habituelle, d'ĂȘtre inventive tactiquement. Ses adversaires continuent de se mĂ©fier. Le souvenir du Giro 2018, l'inattendu renversement de situation rĂ©ussi par Chris Froome, est encore dans les mĂ©moires. "La troisiĂšme semaine va ĂȘtre terrible. Peut-ĂȘtre ont-ils tout misĂ© sur cette troisiĂšme semaine", se demande Philippe Mauduit.

- Danger d'épuisement pour Alaphilippe -

"Ce qui me fait mal, ce sont les deux derniĂšres semaines", a rĂ©sumĂ© dimanche soir le porteur du maillot jaune. S'il est parvenu Ă  contenir son retard dans l'Ă©tape de Foix, son visage marquĂ©, ses traits tirĂ©s par la fatigue, attestent de sa prodigalitĂ© dans les efforts consentis, la gĂ©nĂ©rositĂ© avec laquelle il a honorĂ© son rang vis-Ă -vis du public et des mĂ©dias. Peut-il rĂ©cupĂ©rer d'ici aux Alpes pour la grande Ă©tape de Valloire, jeudi, par Vars, Izoard et Galibier ? Le danger tient Ă  son isolement au sein d'une Ă©quipe Deceuninck bĂątie pour d'autres terrains que la montagne, Ă  la rĂ©pĂ©tition des passages en haute altitude et surtout Ă  son Ă©puisement. "On ne peut pas ĂȘtre partout", convient le numĂ©ro un mondial, auteur d'une saison exceptionnelle. Au moins est-il assurĂ© d'avoir rĂ©ussi son Tour quel que soit le rĂ©sultat final. Pour reprendre l'une de ses phrases fĂ©tiches, "maintenant, c'est du bonus".

© 2019 AFP

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