Après le Royaume-Uni, l’île Maurice a défendu, mardi 20 janvier, l’accord conclu en mai 2025 avec Londres sur la restitution de sa souveraineté sur l’archipel des Chagos, siège d’une base militaire américaine. "La souveraineté de la République de Maurice sur l’archipel des Chagos est déjà reconnue sans ambiguïté par le droit international et ne devrait plus être sujette à débat", a affirmé le ministre de la justice de Maurice, Gavin Glover, dans un communiqué. Le président américain fustige lui cet accord.
Dans la matinée, Londres avait défendu sa décision de restituer à l’île Maurice l’archipel des Chagos, siège d’une base militaire américaine, après que Donald Trump l’a qualifiée de "grande stupidité", dans une nouvelle attaque verbale contre l’un de ses plus proches alliés.
Cette critique, faite alors que l’administration Trump avait précédemment approuvé la décision britannique, intervient au moment où le président républicain menace de rallumer une guerre commerciale avec l’Europe en raison de l’opposition européenne à sa volonté de prendre possession du Groenland, territoire autonome danois.
"Le fait que le Royaume-Uni abandonne une terre extrêmement importante est un acte de GRANDE STUPIDITÉ, et s’ajoute à une très longue liste de raisons de sécurité nationale pour lesquelles le Groenland doit être acquis", a affirmé Donald Trump sur son réseau Truth Social. "De façon stupéfiante, notre "brillant" allié de l’OTAN, le Royaume-Uni, envisage actuellement de céder l’île de Diego Garcia, site d’une base militaire américaine vitale, à Maurice, et de le faire SANS AUCUNE RAISON", a-t-il également écrit.
- Maurice et Londres défendent leur sur les Chagos -
Londres a immédiatement défendu sa décision.
Un porte-parole de Downing Street a affirmé dans une déclaration transmise à l'AFP que l'accord "garantit le fonctionnement de la base conjointe américano-britannique de Diego Garcia pour des générations, grâce à des dispositions solides visant à préserver ses capacités uniques et à empêcher toute intrusion de nos adversaires".
Il rappelle par ailleurs que l'accord "a été publiquement salué par les Etats-Unis, l'Australie et tous les autres alliés du groupe des Five Eyes (Canada, Nouvelle-Zelande), ainsi que par des partenaires internationaux clés, dont l'Inde, le Japon et la Corée du Sud".
L'accord de restitution des Chagos a été signé par Londres en mai 2025. Selon ce texte, le Royaume-Uni restitue les Chagos à Maurice mais conserve un bail de 99 ans sur l'île principale, Diego Garcia, afin de maintenir une base militaire américano-britannique dans cette région stratégique.
Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio avait salué à l'époque sur X un accord qui "assure une exploitation à long terme, stable, et efficace" de la base de Diego Garcia "essentielle pour la sécurité régionale et mondiale".
Le gouvernement mauricien, par l’entremise de son Attorney General, a réagi aux critiques formulées par le président américain, Donald Trump. "Nous prenons note avec satisfaction des premières déclarations du gouvernement britannique confirmant que cet accord est conforme au droit international et réaffirmant sa volonté de le ratifier", relaye Défi Média.
Selon l’Attorney General, les propos de Donald Trump peuvent "susciter certaines interrogations", d’autant plus que le traité conclu entre le Royaume-Uni et la République de Maurice avait été qualifié d’accord historique par les États-Unis eux-mêmes.
- Le PLR dénonce Trump et sa volonté de maintenir l’ordre colonial -
De son côté, le PLR, dénonce Trump et sa volonté de maintenir l’ordre colonial et impérialiste dans l’océan Indien.
"En niant les droits souverains de Maurice sur l’archipel des Chagos, Donald Trump foule ouvertement aux pieds le droit international, les décisions de la Cour internationale de Justice et les résolutions des Nations unies. Il réaffirme une logique coloniale archaïque selon laquelle les grandes puissances s’arrogent le droit de découper le monde et de militariser des territoires au nom de leurs seuls intérêts stratégiques", poursuit le PLR.
"L’expulsion du peuple chagossien de sa terre, pour permettre l’installation d’une base militaire américaine, a été un crime colonial. Elle s’inscrit dans une longue histoire de violences impérialistes dans l’océan Indien : esclavage, engagisme, déportations. Les Chagos ne sont pas une anomalie : ils sont le symbole vivant de la continuité coloniale sous couvert de domination militaire."
"Les peuples de l’océan Indien – à Maurice, aux Comores, à Madagascar, aux Seychelles et à La Réunion – partagent une histoire commune et une même exigence de justice. La question des Chagos concerne l’ensemble de la région : elle pose celle de la militarisation de nos espaces", indique le communiqué.
Le PLR "rejette en bloc cette vision impérialiste et appelle à une mobilisation régionale des peuples et des forces progressistes de l’océan Indien".
Lire aussi - Enfin, les Chagossiens pourront retourner sur leur terre natale !
- Donald Trump soutenu par les conservateurs britanniques -
Au Royaume-Uni, où l’accord sur les Chagos avait été très critiqué par l’opposition, certains se réjouissent des déclarations du président américain. "Dieu merci, Trump s’oppose à l’abandon des îles Chagos", a réagi le chef du parti anti-immigration Nigel Farage sur X.
Thank goodness Trump has vetoed the surrender of the Chagos islands.
— Nigel Farage MP (@Nigel_Farage) January 20, 2026
"Le président Trump a dit ce que nous répétons depuis toujours : la capitulation sur les Chagos pour 35 milliards de livres proposée par le Labour est un mauvais accord pour le Royaume-Uni et pour notre sécurité nationale", a également affirmé la porte-parole du parti conservateur sur les questions diplomatiques, Priti Patel.
Londres a conservé le contrôle des îles Chagos lorsque Maurice a obtenu son indépendance du Royaume-Uni en 1968. Environ 2.000 habitants de l’archipel ont été expulsés dans les années suivantes, notamment de Diego Garcia, où est installée la base militaire.
En 2019, l’Assemblée générale de l’ONU avait demandé au Royaume-Uni de rétrocéder sous six mois à l’île Maurice l’archipel des Chagos, après une décision dans le même sens de la Cour internationale de justice.
"Le traité a été signé avec le gouvernement mauricien. Nous ne pouvons pas revenir en arrière", et le Parlement britannique, où le texte est actuellement examiné, "ne peut pas annuler [sa] signature", a réagi le secrétaire d’Etat aux relations intergouvernementales, Darren Jones, sur Times Radio.
www.imazpress.com avec AFP/[email protected]
