L’Assemblée adopte à l’unanimité une proposition de loi de réparation pour les "enfants de la Creuse"

  • Publié le 29 janvier 2026 à 06:14
Creuse , Enfants de la Creuse

L’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité, ce mercredi 28 janvier 2026 au soir, une proposition de loi visant à reconnaître et à réparer les préjudices subis par les mineurs réunionnais déplacés de force dans l’Hexagone entre 1962 et 1984. Le texte prévoit la création d’une commission pour la mémoire, l’institution d’une journée nationale d’hommage et une allocation forfaitaire pour les victimes. Entre 1962 et 1984, 2.015 mineurs ont été déplacés de La Réunion vers 83 départements hexagonaux, principalement ruraux (Photo : sly/www.imazpress.com)

C’est sous le regard de plusieurs dizaines de ces Réunionnais déracinés, aujourd’hui adultes, que la députée de La Réunion Karine Lebon, du groupe GDR (communistes et ultramarins), a défendu, les larmes aux yeux, sa proposition de loi dans l’hémicycle.

"Nous n’avons pas le pouvoir de leur rendre leur enfance (…) mais celui d’affronter l’histoire", a lancé la députée.

- Une commission pour la mémoire, une journée d’hommage et une allocation forfaitaire pour les enfants de la Creuse - 

Le texte prévoit la création d’une commission pour la mémoire, l’institution d’une journée nationale d’hommage le 18 février et l’ouverture d’un droit à réparation sous forme d’allocation forfaitaire.

"Le choix d’ouvrir un droit à réparation n’est pas une consolation mais une reconnaissance nationale", a affirmé Karine Lebon. "Réparer ne signifie pas tourner la page, mais rendre ce qui peut l’être."

"On leur disait : votre enfant reviendra vous voir tous les ans et il reviendra avocat, médecin, pilote. Évidemment, il n’en était pas question", a rappelé Karine Lebon lors de la conférence de presse de son groupe parlementaire, mardi.

"Arrachés à leur famille et à leur île", ces enfants ont été confrontés à un "choc culturel, linguistique et climatique", résume le rapport de la commission des affaires sociales, qui ajoute que beaucoup ont subi des maltraitances et des humiliations, certains ayant aussi connu un changement d’état-civil et ignorant encore leur vrai nom.

Entre 1962 et 1984, 2.015 mineurs ont été déplacés de La Réunion vers 83 départements hexagonaux, principalement ruraux. Cette politique décidée par l’Etat visait officiellement à répondre au doublement de la population réunionnaise en trente ans et à repeupler des zones rurales.

- L'émotion des enfants de la Creuse - 

En tribunes à l'Assemblée nationale, Marie-Germaine Périgogne a grandi sous une autre identité. Arrachée à l’âge de 3 ans à sa famille et à son île pour l’Hexagone. Passée de pouponnière en famille d’accueil, avant d’être adoptée à 7 ans par une famille creusoise "qui l’aime mais lui cache sa véritable identité", elle ne découvrira qu’à l’adolescence, en fouillant des papiers, son véritable nom. Son état-civil avait été modifié.

"Nous sommes tellement émus aujourd’hui. On s’est déplacés de La Réunion et de toute la France hexagonale, car on voulait entendre ce oui, qui va enfin nous apaiser", a réagi auprès de l’Agence France-Presse Marie-Germaine Périgogne, présidente de la Fédération des enfants déracinés des départements et régions d’outre-mer, après le vote.

"Nous avons besoin de trouver ce chemin de la résilience", a-t-elle plaidé, ajoutant que "la prochaine étape" se joue désormais au Sénat, où elle espère une inscription rapide de la proposition de loi.

Le texte rebaptise ces victimes "mineurs de La Réunion transplantés" plutôt qu’"enfants de la Creuse", ce département ayant accueilli le plus grand contingent mais n’étant pas à l’origine de cette politique.

En 2014, l’Assemblée nationale avait adopté une résolution mémorielle reconnaissant la responsabilité de l’Etat. En 2017, Emmanuel Macron avait qualifié cette politique de "faute" ayant "aggravé la détresse" des enfants.

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www.imazpress.com avec AFP/[email protected]

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