Saint-Denis : une exposition photographique porte un regard inédit et esthétique sur les lambrequins

  • Publié le 19 septembre 2026 à 10:00
  • Actualisé le 19 septembre 2026 à 12:43
expo lambrequin au CAUE

Une exposition photographique sur les lambrequins, "Dentel Lo Twa", se déroule au CAUE à Saint-Denis à l'occasion des Journées du Patrimoine, les 19 et 20 septembre 2026. L'artiste photographe réunionnaise Anne-Gaëlle Michel veut apporter un regard neuf sur cet héritage culturel en péril pour cause d'uniformisation. (Photos Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

"Les sujets photos viennent toujours d'un heureux hasard". En se retournant sur la genèse de son exposition, Anne-Gaëlle Michel remonte le fil de ses pensées. Avant de faire découvrir ses photos au public au CAUE, dans le cadre des Journées du Patrimoine, elle se souvient que rien n'était prémédité. "Je passais quelques jours dans une vieille case créole, chez des amis à l'Entre-Deux, et j'ai été frappée par la diversité dans les formes de cet objet."

De là, tout s'enchaîne. En se baladant à l'Entre-Deux, elle redécouvre un ornement à la fois familier, mais dont l'originalité, et même l'histoire, sont souvent peu connus. "Ce village est réputé pour ses jolies cases créoles. Il y a des similitudes architecturales évidentes entre elles. Mais, ce qui en fait la singularité, ce qui les distingue, ce sont les détails architecturaux comme les motifs de lambrequins."

L'artiste photographe décide alors de se lancer dans le recueil photographique de ces "dentel lo twa", nom de son exposition, qui sont parfois usées par le temps. Une collecte patrimoniale qui lui a permis à ce jour de rassembler plus de 200 motifs différents dans plusieurs villes de l'île, comme à Hell-Bourg ou à Saint-Paul.

- Les lambrequins, une partie intégrante du patrimoine de La Réunion -

Un travail qui lui permet de réaliser que cet élément décoratif, en métal ou en bois, fait partie intégrante du patrimoine réunionnais. "Certains types de lambrequins sont en train de tomber dans l'oubli alors même que ce motif est véhiculé comme un signe identitaire fort localement, qu'on retrouve dessiné sur de nombreux objets comme des tasses ou des sets de table."

Mais en y regardant de plus près, une forme quasi-unique semble s'être imposée localement. Reléguant dans l'oubli, les motifs traditionnels qui existaient dan tan lontan sur le territoire. "Aujourd'hui, il y a une uniformisation du lambrequin qui est proposée aux Réunionnais à cause du passage de l'artisanat à l'industrie. La diversité est oubliée alors qu'elle a du sens sur le plan symbolique, par rapport au côté religieux ou culturel."

D'où l'intérêt de sauvegarder, par la photographie, ces formes anciennes. Les sauvegarder, mais aussi les explorer, et, même, réhabiliter leur place dans la culture de La Réunion. Car en menant son travail artistique, Anne-Gaëlle Michel s'est aussi rendue compte des lacunes existant sur cet ornement. "Est-ce qu'il y a déjà eu une exposition consacrée à ça localement ? Est-ce qu'on s'est interrogé sur le rôle du lambrequin sur un plan social, sur ce qu'il représente historiquement ?"``

- Se réapproprier ce patrimoine vernaculaire trop peu connu -

Des questions auxquelles elle a choisi de répondre par la voie artistique. "Je tente d'apporter un côté esthétique à la décrépitude de certains lambrequins. Je tire une sonnette d'alarme, de manière poétique, sur leur mise en péril."

Car la photographe ne se contente pas de documenter une partie de l'histoire de La Réunion. Elle interpelle aussi les visiteurs de l'exposition à se réapproprier ce patrimoine vernaculaire. Un héritage culturel qui risque bientôt de disparaître dans une forme d'indifférence collective.

Un héritage qui, par ailleurs, dépasse les limites de l'île. Le lambrequin est en effet présent dans plusieurs territoires de l'océan Indien et on peut également en trouver dans des pays comme la Thaïlande. Chaque contrée ayant développé des formes spécifiques, liées à une identité locale, de ces ornements de toit. Une manière de se réapproprier, en quelque sorte, cette dentel lo twa, venue originellement de l'Hexagone, mais qui a, depuis, presque disparu là-bas.

- Sensibiliser le public local à ce trésor architectural qui se meurt -

L'artiste réunionnaise cherche à présent à mieux faire connaître son travail photographique et à propager cet élément de la culture réunionnaise. "J'ai démarché des centres d'art à Paris et à Arles et les retours sont très positifs."

À terme, elle envisage également de sortir une publication sur le sujet. "J'ai envie de porter à la connaissance du public ce type de détail qui raconte une partie de l'histoire de la diversité culturelle réunionnaise."

Le lambrequin est un objet qui fait partie du quotidien de tous les Réunionnais, mais ils sont encore peu éclairés sur toutes ses facettes. Avec son approche originale du patrimoine, et son œil d'artiste, Anne-Gaëlle Michel peut contribuer à sensibiliser le public local à ce trésor architectural qui se meurt.

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