Une voiture électrique neuve à moins de 200 euros par mois, cela aurait pu séduire. Pourtant, à La Réunion, "seule une centaine de véhicules ont été réellement livrées" sur les 50.000 attribués à l'ensemble de la France, indique Philippe-Alexandre Rebboah, président du Syndicat d'importation et du commerce de La Réunion (SICR). Les raisons : des particuliers non-éligibles, des commandes annulées et surtout l'absence d'équipements de recharges et d'adaptation du modèle économique dans le département (Photo www.imazpress.com)
Au total, quatre modèles étaient éligibles : la Peugeot 208, la Renault R5, la Fiat Panda électrique et la Citroën C3 électrique.
S'il n'y a pas plus de commandes, c'est "soit parce que la personne a passé commande, mais au final n'était pas éligible, soit car la vente a été annulée", précise Philippe-Alexandre Rebboah, président du Syndicat d'importation et du commerce de La Réunion (SICR).
- À peine une centaine de voitures en leasing social vendues à La Réunion -
Les critères étant : tout demandeur, majeur et domicilié en France, ayant un revenu fiscal de référence inférieur ou égal à 16.300 euros par part et allant travailler en voiture à plus de 15 km de chez lui, ou faire plus de 8.000 km par an avec sa voiture personnelle dans le cadre de son activité professionnelle.
En 2024, pour la première année de cette aide, 50.000 demandes de dossiers avaient été faites en l'espace de six semaines.
Un dispositif qui avait fait flop à La Réunion, en raison de difficultés dans la mise en place. "Aucune possibilité d'anticipation, procédures administratives non disponibles dans les délais (contrairement à l'Hexagone), aide financière incohérente par rapport aux dispositifs existants…", listait à l'époque Marc-Antoine Bru, président de Électro'Ker – association qui promeut l'électromobilité sur l'île.
- Des concessionnaires auraient refusé des dossiers -
Des voitures livrées et d'autres qui auraient pu l'être, selon un internaute qui a contacté Imaz Press.
Ce dernier – qui a souhaité garder l'anonymat – dénonce une "inégalité d'accès au leasing social". Il indique : "malgré l'ouverture officielle du dispositif sur l'île, les concessionnaires locaux ont refusé de prendre des dossiers en pré-commande". "Les Réunionnais éligibles sont exclus du programme", pestait-il.
Dans un échange qu'a pu consulter Imaz Press, un vendeur lui explique que "les concessionnaires ont choisi une sélection de véhicules où ils perdaient le moins d'argent possible", étant déjà impacté "par "le traitement des batteries et le transport".
Il ajoute : "dans l'Hexagone, une commande est livrée en concession en quelques jours. Ici on peut aller sur 2-3 mois et si l'on promet une livraison à telle date et que le bateau a du retard ou la voiture arrive avec une avarie, elle n'a pas livrable".
Pour le SICR, "il est vrai que des dossiers ont été refusé", mais seulement "car ils ne répondaient pas aux critères pour le leasing social", justifie Philippe-Alexandre Rebboah.
- Le marché de l'électrique en berne à La Réunion -
Après, "nous sommes lucides sur le fait que leasing social ne connait pas un engouement comme dans l'Hexagone", dit Philippe-Alexandre Rebboah. "Ici, les gens vivent dans des logements collectifs où il n'y a pas de raccordement."
"Avoir un véhicule électrique à 140 euros par mois c'est bien, mais sans endroit pour le recharger cela ne sert à rien." Seules 534 bornes publiques sont aujourd’hui en service pour près de 900.000 habitants.
À La Réunion, "le marché électrique recule de 17% sur l’année 2025. C’est très inquiétant", déclare Philippe-Alexandre Rebboah, président du SICR.
Un marché mis à mal "par une déchéance de la consommation et les politiques locales de taxation des véhicules hybrides", ajoute-t-il.
Au 1er mars 2025, La Réunion a décidé de mettre en place un octroi de mer progressif sur les voitures électriques, allant de 0% à 24,5% du prix du véhicule.
De plus, "l'absence de bornes de recharges dans l'habitat collectif, un réseau électrique inadapté lors des pics de consommation" restent des freins, déclarait la sénatrice Audrey Bélim.
"Il faut une vraie réflexion, car même si l'on dit que la révolution verte est en marche, les chiffres parlent d'eux-mêmes", conclut le président du SICR.
Face à la crise que traverse le secteur automobile, l’Union européenne a renoncé à imposer aux constructeurs de véhicules de passer au tout-électrique à partir de 2035, qui était une mesure environnementale phare.
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