Loi plein emploi et RSA : un an après, une réforme plus progressive que punitive à La Réunion

  • Publié le 23 janvier 2026 à 10:33
  • Actualisé le 23 janvier 2026 à 13:53
village emploi au port

Obligation d’activités, inscription automatique à France Travail, sanctions redoutées… Lors de son adoption, la réforme du Revenu de solidarité active (RSA) avait suscité de vives inquiétudes à La Réunion. Un an après son entrée en vigueur, les acteurs locaux dressent un premier point d’étape, loin des scénarios les plus alarmistes (Photo : sly/www.imazpress.com)

Lors des débats parlementaires en 2023, la loi pour le plein emploi avait provoqué une levée de boucliers à La Réunion. Les députés Jean-Hugues Ratenon et Philippe Naillet dénonçaient une réforme jugée "inadaptée aux réalités ultramarine", dans un territoire marqué par un chômage structurel élevé et une pauvreté massive. 

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"En Outre-mer, votre mesure stricte risque d’aggraver la misère sociale", alertait Jean-Hugues Ratenon à l’Assemblée nationale, craignant une logique de sanctions et de "travail gratuit". Un an après l’entrée en vigueur complète de la réforme, le constat apparaît plus nuancé.

- Une mise en oeuvre progressive de la loi plein emploi - 

Symbole de la réforme, l’obligation de 15 à 20 heures d’activité hebdomadaire a cristallisé les craintes. Sur le terrain, elle est loin d’être généralisée. 
"Pour la grande majorité des bénéficiaires du RSA, les 15 heures sont en fait déjà réalisé dans le cadre de leur recherche d'emploi", explique le directeur régional de France Travail, Olivier Pelvoizin. Écoutez.

Cette obligation concerne principalement les nouveaux inscrits ou les personnes déjà engagées dans un accompagnement intensif.

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Surtout, ces heures ne correspondent pas à du travail gratuit : il peut s’agir de formations, d’ateliers, de démarches de santé ou de logement, ou encore de recherche d’emploi. Des dispenses sont prévues pour les personnes en situation de handicap, de santé fragile ou de parentalité isolée.

- Peu de sanctions, beaucoup d’accompagnement - 

Autre point sensible : les sanctions. Là encore, la réalité est loin des craintes initiales.
 "Sur le premier exercice de la réforme, c’est peut-être moins de dix dossiers qui auront été instruits", affirme Olivier Pelvoizin. Et lorsqu’elles existent, il s’agit le plus souvent de suspensions partielles.
"L’enjeu de la réforme, ce n’est pas de sanctionner, mais de servir", martèle-t-il. Écoutez Guillaume Lacroix et Olivier Pelvoizin.

Un discours partagé par la CAF. Son directeur général, Guillaume Lacroix, rappelle que les sanctions ne concernent que des situations très précises, comme le refus répété de participer au diagnostic.
 "Très honnêtement, c’est extrêmement rare. D’ici la fin de l’année, il n’y en aura probablement même pas une dizaine", assure-t-il.

- Des indicateurs plutôt favorables -

Sur le plan statistique, les chiffres évoluent doucement. La CAF recense 90.000 bénéficiaires du RSA à fin septembre 2025, soit une baisse de 3 % sur un an et de 12 % depuis 2020. Dans le même temps, la prime d’activité a progressé de 20 %, signe d’un retour progressif vers l’emploi. 
"On voit une évolution du RSA vers la prime d’activité, pour encourager la reprise d’une activité professionnelle", analyse Guillaume Lacroix. Écoutez.

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Côté emploi, La Réunion affiche au deuxième trimestre 2025 son taux de chômage le plus bas jamais enregistré : 15,3 %, et même 13 % dans le nord de l’île. Regardez.

Pour autant, tous les acteurs le reconnaissent : la réforme est encore en phase de déploiement.
 "Avec plus de 111.000 bénéficiaires, il nous faudra plusieurs années pour aller vers tout le monde", prévient Olivier Pelvoizin. La montée en charge se fait par paliers, avec des dispositifs comme des parcours de formation portés par la Région ou des accompagnements ciblés pour les publics les plus fragiles. Écoutez.

- 111.000 bénéficiaires du RSA -

Depuis le 1er janvier 2025, tous les bénéficiaires du RSA sont automatiquement inscrits à France Travail, sans démarche supplémentaire. Une évolution majeure selon Olivier Pelvoizin, directeur régional de France Travail à La Réunion. "L’ambition de la loi, c’est d’améliorer l’adéquation entre l’offre et la demande et de fluidifier le marché de l’emploi", explique-t-il. Écoutez Olivier Pelvoizin et Guillaume Lacroix, directeur général de la CAF Réunion.

À La Réunion, 111.000 personnes sont désormais recensées comme bénéficiaires du RSA au sens de la réforme, incluant les ayants droit et le reste du foyer. Cette inscription permet un diagnostic socio-professionnel partagé et une orientation vers le bon organisme : France Travail, Département, CAF, Mission locale ou partenaires associatifs.
"L’idée, c’est un parcours unique, avec un référent unique, jusqu’au retour à l’emploi ou à la création d’activité", insiste Olivier Pelvoizin. Écoutez.

Un an après, la réforme du RSA à La Réunion apparaît donc moins brutale que redoutée. Plus qu’un tournant, il s’agit d’un changement progressif de méthode, misant sur la coordination et l’accompagnement, dans un territoire où l’accès à l’emploi reste un défi de long terme.

vg / www.imazpress.com / [email protected]

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RSA ET VOYAGE
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