[Vidéo] Fournitures scolaires : quand les professeurs des écoles mettent la main à la poche pour bien enseigner

  • Publié le 10 août 2026 à 03:00
fournitures scolaires

Selon une étude nationale publiée en 2024, plus de 92 % des professeurs des écoles déclarent financer eux-mêmes du matériel ou des ressources pédagogiques pour leurs élèves. À La Réunion, des enseignant.e.s dressent le même constat. Jeux éducatifs, livres, mobilier, matériel Montessori ou encore ressources numériques : chaque année, certains dépensent plusieurs centaines d'euros sur leurs fonds personnels pour améliorer les conditions d'apprentissage. Si les communes rappellent qu'elles consacrent des budgets importants aux écoles, les enseignant.e.s dénoncent des moyens parfois insuffisants et des inégalités selon les territoires (Photo www.imazpress.com)

Acheter un meuble de rangement, un tapis pour le coin lecture, des puzzles, des livres ou encore du matériel de manipulation... Pour de nombreux professeurs des écoles, ces dépenses font désormais partie du quotidien.

Selon le Baromètre 2024 sur les moyens des enseignants du primaire, réalisé par Tralalère auprès de près de 1.800 enseignants, 92,2 % des professeurs des écoles déclarent dépenser de l'argent de leur poche pour financer des ressources pédagogiques ou des fournitures complémentaires. La dépense moyenne atteint 297 euros par an, tandis que 17 % des répondants indiquent dépenser 500 euros ou davantage chaque année.

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À La Réunion, les témoignages recueillis par Imaz Press Réunion confirment cette réalité. Enseignante en maternelle dans une commune du nord, Cassandra* estime avoir déboursé près de 400 euros cette année. "Cette année encore, j'ai acheté du matériel avec mon argent personnel. Cela comprend des ressources pédagogiques pour préparer les séances, mais aussi du matériel directement destiné aux enfants : boîtes à histoires, puzzles, jeux de tangram ou encore mobilier de rangement", elle explique.

La commune met bien à disposition un budget pour les fournitures scolaires, mais celui-ci ne permet pas toujours de couvrir l'ensemble des besoins. "Un meuble de rangement peut coûter près de 300 euros, une boîte de jeux autour de 70 euros", détaille Cassandra*. "Le matériel s'use, se perd, doit être renouvelé, surtout en maternelle où il est beaucoup manipulé. Il arrive forcément un moment où l'on se demande jusqu'où il est normal de financer soi-même les besoins de sa classe". L'enseignante aimerait notamment développer davantage de supports inspirés de la pédagogie Montessori. "C'est très intéressant pour les élèves, mais le matériel est particulièrement coûteux".

- Jusqu'à 500 euros dépensés chaque année -

Même constat pour Clara, professeure des écoles dans le nord de l'île, qui estime dépenser environ 500 euros chaque année. "Avant la rentrée, j'achète sur mes fonds propres des fournitures pour moi-même, comme des classeurs ou des cahiers, mais aussi de quoi décorer et aménager la classe. Tout au long de l'année, j'achète également des ressources pédagogiques en fonction de mes projets ou des difficultés rencontrées par certains élèves".

Pour elle, cette situation est devenue presque normale. "On essaie de se restreindre parce que ce n'est pas à nous de financer notre matériel de travail. Dans d'autres métiers, tout est fourni. Nous, nous devons acheter au quotidien. C'est frustrant et on ne se sent pas pleinement reconnus dans nos besoins".

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Malgré ces efforts, chaque année, certains projets doivent être abandonnés : "Faute de moyens pour rémunérer des intervenants, financer un transport en bus ou acquérir du matériel adapté, cela limite forcément nos ambitions", déplore Clara. "On se recentre sur l'essentiel, au détriment d'activités qui pourraient pourtant nourrir la curiosité et les progrès des élèves".

- Des achats "de bon cœur" -

Directrice et enseignante en maternelle, Célia* dépense entre 150 et 200 euros par an. "On achète souvent du matériel pour les enfants, de l'aménagement pour les classes, des tapis, des livres... Quand on fait des projets, tout le matériel nécessaire, on l'achète souvent de notre propre poche". Contrairement à d'autres collègues, elle affirme vivre cette situation avec davantage de recul. "Ça ne me dérange pas, c'est pour mes élèves. J'achète de bon cœur. Mais normalement, ce ne devrait pas être à nous d'acheter ce matériel".

Elle raconte notamment avoir dû renoncer à une sortie scolaire au volcan après avoir construit toute une séquence pédagogique autour des éruptions : "Nous avions réalisé des maquettes, fait des expériences scientifiques... Je voulais terminer par une sortie au volcan, mais faute de budget, cela n'a pas été possible".

- Des moyens très variables selon les territoires -

Au-delà des dépenses personnelles, les enseignants interrogés pointent surtout des différences importantes entre les communes ou les secteurs. "Certaines investissent davantage dans les sorties, les interventions ou le matériel. Cela peut créer de réels écarts entre les élèves, simplement selon la commune dans laquelle ils sont scolarisés", estime Cassandra*.

"Il existe des disparités de moyens entre les écoles et les communes", confirme Clara. "Pour ma part, je n'ai pas forcément à me plaindre, car ma commune est plutôt mieux dotée, mais cela reste insuffisant". Pour Célia, "ce n'est pas uniquement une question de commune. Cela dépend aussi du niveau de vie des familles et des ressources de la coopérative scolaire. Dans les secteurs les plus précaires, les parents participent moins financièrement, ce qui réduit aussi les possibilités des écoles".

L'étude nationale aboutit au même constat. Les auteurs soulignent que les enseignants décrivent des écarts parfois très importants entre deux communes voisines, ce qui interroge directement "la notion même d'égalité des chances".

- Des dispositifs engagés dans les collectivités de La Réunion -

Interrogées par Imaz Press Réunion, plusieurs communes de l'île détaillent leurs dispositifs :

• À Saint-Denis, la maire, Ericka Bareigts, rappelle que la Ville consacre chaque année 650.000 euros à la Caisse des écoles afin de financer du matériel pédagogique et soutenir les projets des établissements. "Les enseignants disposent d'une dotation qu'ils utilisent librement en fonction des besoins de leur classe". Écoutez.

• Au Tampon, la Caisse des écoles attribue notamment 25 euros par élève pour les livres et le matériel éducatif, ainsi qu'un bon de 200 euros par classe pour les fournitures scolaires. La commune finance également des projets pédagogiques, des classes découvertes, le déploiement d'écrans numériques interactifs ou encore des équipements informatiques pour les enseignants.

• Au Port, environ 150.000 euros sont consacrés chaque année aux fournitures et au matériel pédagogique, auxquels s'ajoutent près de 195.000 euros pour les transports scolaires, ainsi que des financements dédiés aux parcours culturels, sportifs et aux projets de la Cité éducative.

• À Saint-Benoît, la commune prévoit notamment 22 euros par élève pour le petit matériel pédagogique et les livres scolaires, des aides pour les sorties, les classes transplantées ainsi qu'un programme de déploiement d'équipements numériques dans les écoles.

- Le rectorat rappelle le cadre légal -

De son côté, le rectorat rappelle que les communes sont légalement responsables de l'équipement et du fonctionnement des écoles publiques, conformément au Code de l'éducation. L'État assure la rémunération des enseignants mais finance également certaines actions pédagogiques, notamment au travers de crédits destinés aux projets éducatifs, aux établissements en éducation prioritaire ou aux actions culturelles.

Le rectorat précise également qu'un enseignant "choisissant les frais réels dans sa déclaration d'impôts peut déduire jusqu'à 500 euros par an pour le matériel utilisé dans le cadre de son activité professionnelle".

Malgré ces dispositifs, une grande majorité d'enseignants continue de considérer que les besoins pédagogiques dépassent les budgets disponibles. Et lorsque la question leur est posée, beaucoup répondent qu'ils continueront, malgré tout, à acheter du matériel. Parce qu'au bout du compte, ce sont avant tout leurs élèves qui en bénéficient.

vg / www.imazpress.com / [email protected]

(* prénom d'emprunt)

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