Préserver et transmettre la mémoire de Tromelin : hommage aux naufragés malgaches de L’Utile

  • Publié le 8 septembre 2026 à 14:35
  • Actualisé le 8 septembre 2026 à 16:00
L'île Tromelin

Le 12 septembre 2026, l’île Tromelin accueillera une commémoration exceptionnelle à l’occasion du 250e anniversaire du sauvetage des naufragés malgaches de L’Utile. Une délégation se rendra sur l’île pour rendre hommage aux femmes, aux hommes et à l’enfant dont l’histoire est aujourd’hui indissociable de Tromelin et de la mémoire de l’esclavage dans l’océan Indien. Nous partageons, ci-dessous, le communiqué du préfet, administrateur supérieur des Terres australes et antarctiques françaises (Photo d'illustration : Richard Bouhet/www.imazpress.com)

Dans la nuit du 31 juillet 1761, la flûte L’Utile, navire de la Compagnie française des Indes orientales, fait naufrage sur l’île de Sable, aujourd’hui Tromelin. À son bord se trouvent notamment 160 personnes réduites en esclavage, embarquées à Madagascar et destinées à être vendues à l’île de France, l’actuelle île Maurice.

Après le naufrage, une soixantaine de Malgaches survivent. L’équipage français construit une embarcation de fortune et quitte l’île le 27 septembre 1761 pour regagner Madagascar, laissant les naufragés malgaches sur place avec la promesse de revenir les chercher. Cette promesse ne sera pas tenue.

Commencent alors quinze années de survie sur cet îlot isolé, dépourvu d’arbres et soumis à des vents violents. Les naufragés se nourrissent notamment de tortues et de poissons, disposent d’eau saumâtre et utilisent le bois de charpente de l’épave pour entretenir un feu. Ils construisent également plusieurs bâtiments en pierre, dont l’agencement en hameau autour d’une cour centrale témoigne de la constitution d’une véritable communauté organisée.

Ce n’est que le 29 novembre 1776 que Jacques-Marie Lanuguy de Tromelin, commandant la corvette La Dauphine, parvient à faire accoster une chaloupe sur l’îlot. Huit survivants sont alors secourus : sept femmes et un enfant de huit mois. L’île prendra par la suite le nom de Tromelin.

En 2001, la loi dite "Taubira" reconnaît la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité.

Cinq ans plus tard, en 2006, la première mission archéologique « Esclaves oubliés », conduite par le Groupe de recherche en archéologie navale (GRAN), marque le début d’un important travail de recherche sur Tromelin visant notamment à mieux comprendre les conditions de vie et l’organisation des naufragés.

En effet, depuis plusieurs décennies, l’histoire des naufragés de L’Utile fait l’objet d’un important travail de recherche et de transmission. Des campagnes archéologiques menées notamment par le GRAN et l’INRAP ont permis de mieux comprendre les conditions de survie et l’organisation des naufragés.

Les recherches historiques et archéologiques conduites sur Tromelin ont progressivement permis de documenter la capacité des naufragés à s’organiser, à construire des abris, à récupérer et transformer les matériaux issus de l’épave et à maintenir une communauté sur cet îlot particulièrement hostile. Ces travaux ont contribué à redonner une place et une histoire à celles et ceux que les archives avaient longtemps laissés dans l'ombre.

Ces recherches ont nourri de nombreux travaux scientifiques et actions de médiation qui contribuent aujourd’hui à faire connaître l’histoire des naufragés de L’Utile auprès du grand public.

L’année 2026 réunit ainsi trois anniversaires particulièrement symboliques : les 250 ans du sauvetage des naufragés de L’Utile, les 25 ans de la loi Taubira et les 20 ans de la première mission archéologique « Esclaves oubliés ». Cette convergence donne une résonance particulière aux différentes actions de commémoration et de transmission organisées cette année autour de Tromelin.

- Une commémoration sur les lieux mêmes de cette histoire - 

Deux siècles et demi plus tard, une séquence mémorielle réunira sur Tromelin plusieurs représentants de l’État, des TAAF et des personnalités engagées dans la connaissance et la transmission de l’histoire de l’île.

La délégation sera notamment composée de Mikael Quimbert, préfet, administrateur supérieur des Terres australes et antarctiques françaises, Patrice Latron, préfet de La Réunion, Olivier Poivre d’Arvor, ambassadeur pour les pôles et les enjeux maritimes,  Rostane Mehdi, recteur de l’académie de La Réunion, Isabelle Autissier, présidente du conseil consultatif des TAAF, Julien Renzoni, directeur interrégional de Météo-France, Amélie Puccinelli, secrétaire générale de la préfecture des TAAF et cheffe de district des Eparses et Jean-François Rebeyrotte, membre de l’équipe archéologique de Tromelin  (pilotée par le GRAN et l’INRAP) de 2006 à 2013.

La cérémonie commémorative se tiendra sur les lieux mêmes où les naufragés de L’Utile ont vécu pendant près de quinze ans. Elle comprendra notamment un temps de recueillement auprès de la stèle commémorative et un hommage aux naufragés. De nouveaux panneaux didactiques consacrés aux « Oubliés de L’Utile » seront également inaugurés afin de mieux faire connaître leur histoire aux personnes amenées à séjourner sur l’île.

Cette séquence permettra de rendre hommage aux naufragés de L’Utile, tout en rappelant la place particulière de Tromelin dans l’histoire de la traite et de l’esclavage dans l’océan Indien et l’importance du travail mené pour préserver et transmettre cette mémoire.

- Préserver et transmettre la mémoire de Tromelin - 

À l’occasion de cette année commémorative, les TAAF déploient plusieurs actions destinées à faire vivre et transmettre cette mémoire.

Les 19 et 20 septembre, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, Tromelin sera également mise à l’honneur à la Maison Orré, à Saint-Pierre. Le public pourra y découvrir une exposition temporaire, assister à deux conférences, visiter virtuellement l’île et découvrir un film consacré aux naufragés de L’Utile.

Cette programmation se poursuivra en octobre au centre culturel Le Sud, à Saint-Pierre, avec une exposition temporaire consacrée à Tromelin, accompagnée de conférences.

Commémorer à travers la philatélie

Un timbre commémoratif hors-programme et un tampon à date spécialement consacrés aux 250 ans du sauvetage des naufragés de L’Utile seront inaugurés le 12 septembre.

Une vente anticipée sera organisée au siège des TAAF de Saint-Pierre à La Réunion à partir du 14 septembre, permettant au public réunionnais et aux collectionneurs de découvrir cette émission en avant-première. Le timbre sera ensuite lancé officiellement dans l’hexagone à l’occasion du Salon philatélique d’Automne de Champerret, à Paris, le 5 novembre 2026.

·         Date de sortie : 12 septembre 2026

·         Artiste : Sylvie PATTE et Tanguy BESSET

·         Format du timbre : 40 x 52 mm

·         Valeur faciale : 2,25 euros

·         Format feuille de 10 timbres : 250 x 155 mm

·         Technique : offset

·         Tirage : 16 000

·         Timbre à date : diamètre 32 mm

À travers l’ensemble de ces actions, les Terres australes et antarctiques françaises poursuivent leur mission de préservation, de connaissance et de transmission de ce patrimoine historique fort, afin que l’histoire des naufragés de L’Utile et de leurs quinze années de survie sur Tromelin continue d’être connue et transmise.

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