Ignorer le désespoir des manifestants et se focaliser sur la violence des émeutiers, une faute politique lourde

  • Publié le 20 octobre 2026 à 06:02
Des policiers se tiennent face à des manifestants au milieu des gaz lacrymogènes, alors que des élèves bloquent les abords du lycée Kerichen à Brest, dans le Finistère, le 2 octobre 2026

Ne pas comprendre que les débordements du samedi 17 octobre et du dimanche 18 octobre 2026, à La Réunion comme dans l'Hexagone, sont l'expression d'une colère sociale sourde mais profonde relève d'une grossière erreur de jugement. Limiter cette séquence de protestation populaire aux exactions commises par certains, serait une confirmation que les dirigeants politiques souffrent d'une cécité coupable devant le désarroi de Français qui ne savent plus comment se faire entendre (Photo d'illustration)

Pourquoi se faire entendre ? Car le désenchantement est partout. À La Réunion, plus qu'ailleurs en France, boucler ses fins de mois est devenu particulièrement difficile.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Selon l'Insee, 36,4% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté.

Dans le même temps, le coût des aliments, et des produits de grande consommation, est bien plus élevé, 37%, que dans l'Hexagone.

Un désenchantement qui touche désormais tout le monde, ou presque. Nombreux sont les salariés pris à la gorge par le coût de la vie, qui doivent compter chaque sou et se privent régulièrement de repas pour nourrir leur famille.

C'est ce ressentiment, vite jeté aux oubliettes à cause des violences urbaines, qui s'est aussi et surtout exprimé ce samedi avec le retour des gilets jaunes.

Alors qu'aucune sortie du tunnel n'est annoncée pour la grande majorité des Français, que l'inflation progresse et que le prix des carburants explose, la réponse des dirigeants ne semble pas à la hauteur.

Lorsqu'elle n'est pas inexistante. Localement, les condamnations des violences urbaines ont été nombreuses. Mais les causes profondes de cet appel à la révolte sont globalement ignorées.

Si les parlementaires de La Réunion se font silencieux, le député Philippe Naillet sort toutefois du lot. Il n'hésite pas à rappeler que "ces violences ne doivent pas nous faire perdre de vue l'essentiel".

L'élu socialiste recentre le débat en précisant que les manifestants à Saint-Pierre étaient "des lycéens, des étudiants, qui sont inquiets pour leur avenir et qui ont raison de se mobiliser. Ce sont des salariés modestes qui ne s'en sortent plus aujourd'hui par rapport à la hausse du prix des carburants, des retraités qui sont inquiets pour leur petite pension".

- Des regards braqués sur Emmanuel Macron -

Mais, au-delà des dirigeants politiques péi, c'est surtout au sommet de l'État que le silence se fait le plus assourdissant.

Un silence aux revendications des citoyens qui ne date pas d'hier. Sans même évoquer l'absence de suivi et de réponse aux cahiers de doléances des Gilets Jaunes, on peut surtout mentionner le mépris exprimé face aux millions de Français qui ont défilé dans la rue contre la réforme des retraites en 2023.

Ce mépris participe grandement à la perte de repères et à un réel sentiment d'abattement qui traverse la société.

Alors que les perspectives s'amenuisent et s'assombrissent, notamment face à un contexte géopolitique incertain, la réponse sécuritaire semble être la seule apportée par le gouvernement et le président de la République.

Un président qui dans son allocution télévisée dimanche soir a affirmé ressentir de "la colère" et de "la honte".

Une honte qui ne l'a pourtant pas empêché de refuser la démission présentée par son ministre de l'Interieur, Laurent Nunez, incapable d'anticiper et de maîtriser les actions menées par les casseurs ce week-end.

Actions dont les premières victimes sont des commerçants et, surtout, des salariés souvent modestes. Comme les 45 Réunionnais qui ont perdu leur emploi avec l'incendie du McDonald's de La Possession le 17 octobre.

Face à ce désastre et à cette colère grondante, les regards sont braqués sur Emmanuel Macron. Le chef de l'Etat porte une responsabilité écrasante dans cette situation de gabegie.

Ces manifestations et la répression policière qui les sanctionne n'est qu'une illustration supplémentaire d'une fin de règne crépusculaire.

- Un désespoir constant face à un avenir vacillant à La Réunion et dans l'Hexagone -

Une France appauvrie, désarçonnée, tentée par l'extrême-droite… sont des legs à mettre au sombre bilan d'Emmanuel Macron à la tête du pays depuis bientôt dix ans. Un président qui est très loin d'avoir, selon son ambition initiale, réussi à amener la France vers de nouveaux et meilleurs horizons.

Bien au contraire, on peut s'interroger avec inquiétude sur les dynamiques à l'œuvre dans la mobilisation actuelle des lycéens et des classes moyennes.

Une dynamique qui se nourrit de l'observation et du vécu d'un écart grandissant entre, d'un côté, les élites et de l'autre l'écrasante majorité des Français et des Réunionnais.

Cet écart n'est pas sans conséquences et nourrit un désespoir constant face à un avenir vacillant où pointent des risques liés aux crises climatiques et à l'intelligence artificielle.

L'une des hypothèses, qui n'est pas à écarter, serait que cette colère populaire, actuellement à l'œuvre, enfle et grandisse.

Et, sans un projet de société juste, équitable et gratifiant, auquel le plus grand nombre puisse adhérer, des conflits de cette nature pourraient bien se multiplier à l'avenir.

Et aucune réponse répressive ne pourra totalement contenir ce phénomène d'insurrection de la misère qu'a connu le pays au 19ème siècle.

La balle est désormais dans le camp de l'ensemble des dirigeants politiques et, en particulier, du gouvernement.

À eux de faire l'effort de comprendre leurs électeurs pour trouver une sortie digne et efficace à cette crise. Sinon…

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