Saint-Denis : "Labkder dann la sapèl", la culture réunionnaise entre mots, images et transmission à la Villa de La Région

  • Publié le 15 août 2026 à 13:00
  • Actualisé le 15 août 2026 à 13:33
Laurent Pantaléon

Depuis le jeudi 30 juillet 2026 et jusqu'au dimanche 6 septembre 2026, une exposition alliant mémoire, patrimoine, spiritualité et héritage de La Réunion, est ouverte au public. "Labkder dann la sapèl", de Laurent Pantaléon, explore ces éléments essentiels de la richesse du patrimoine immatériel de La Réunion (Photos : Richard Bouhet / www.imazpress.com)

La porte de la villa de la Région s'ouvre sur le labkader de Laurent Pantaléon, photographe et réalisateur. Labkader est la traduction d'abécédaire, telle qu'imaginée par Laurent Pantaléon. "Sé nout bann mo ki vien de la shapèl, ki vien de langajism, ki vien de nout bann gramoun tamoul".

À chaque mot, allant de "l" à "z", le photographe y a associé un "fond ker", une poésie, et une photo qui va avec le mot. Ces photos proviennent du tournage de son court métrage "Garanti 100% kreol".

"Le "c" par éxamp nou la pwin dann nout lang kozé sé le "k"", explique Laurent Pantaléon. En effet, le réalisateur a choisi d'écrire en "KWZ", l'une des transcriptions phonologique proposée en 1983. Son labkader est donc composé de 22 lettres. Regardez

- Une caisse de résonnance de Garanti 100% kréol -

Son film, Garanti 100% kréol, est un film inspiré de "La Jetée" de Chris Marker, avec uniquement des photos. Il a commencé à écrire sur un papier ce qui lui a donné l'idée de faire cette exposition.

"Lidé sé kontini koz dann nout lang kozé. Lo Fransé li sava lékol pou aprann lo fransé. Lalman li sava lékol pou aprann lalman. La néna la klé pou aprann nout lang kozé é pou réutiliz lo mo pou rekonstrui nout kaz, pou rekonstrui nout pyé d'boi", explique Laurent Pantaléon. Regardez

- Le labkader dann la sapèl : plusieurs mains à l'ouvrage - 

Pour son projet, Laurent Pantaléon, a voulu explorer d'autres arts. Pour cela, il a choisi d'inviter deux "gayar moun", Adèle Mariamal pour peindre des tableaux sur le thème tamoul et Mamane pour sculpter des dieux.

Adèle Mariamal est réalisatrice de films d'animation 2D. "Pour l'expo Labkder dann la sapèl, j'ai peint quatre tableaux à l'acrylique et j'ai fourni aussi quelques croquis faits à l'aquarelle en amont qui servaient soit de recherche autour du sujet soit d'expérimentation pour se replonger un peu dans les souvenirs et les héritages familiaux ", explique Adèle Mariamal.

"Un soir, Laurent m'appelle en me disant "Ok Adèle, je vais exposer à la Villa de la Région, t'es chaud ? Tu me fais quatre tableaux sur la thématique des chapelles malbars et tout" Et je suis en mode "Ok, challenge !"", nous dit

"Du coup en un mois, un mois et demi, j'ai gratté, c'était super passionnant". Regardez

- Explorer l'intime - 

Cette exposition c'est aussi explorer des coutumes, des savoir-faire, des pensées mais aussi explorer une initimité.

"C'est vraiment tiré du personnel et de l'intime. Je ne m'en cache pas, mais ma plus grosse inspiration du quotidien, c'est ma mamie. Parce que c'est elle qui nous a appris toute cette culture et qui nous a transmis aussi tous les savoir-faire", nous confie Adèle Mariamal.

"Donc c'était aussi se replonger dans les propres souvenirs d'enfance, dans ce qu'on vit au quotidien. C'est très proche de la famille en fait, ces tableaux", explique-t-elle.

Au fond de la pièce, une autre entrée se dessine et dévoile une sculpture d'un dieu tamoul.

Pour Laurent Pantanéon, explorer l'intimité a été un défi et un obstacle qu'il s'est imposé à lui-même. En effet, le réalisateur et photographe nous explique sa réticence à sortir son appareil dans certains moments. Pourtant ce sont les personnes présentes dans la chapelle qui l'invitaient.

"Tré souvan kan mi té woi té konsern pa mwin mi té rest déor. Mé tré souvan sé zot té invit amwin dann dé lié ousa mi té majin mi té gingn pa tir foto", nous raconte Laurent Pantaléon. Regardez

"C'est hyper important pour moi de me dire que, pour une fois, le public réunionnais, ou même venu d'ailleurs, va pouvoir se plonger dans une partie de la culture créole réunionnaise qui n'est pas forcément connue, ou alors qui peut sembler inaccessible pour certaines personnes", confie Adèle Mariamal.

"On entend souvent parler des gens qui ont peur des malbars. En fait, ça serait de montrer quel est l'art autour de tout ça. Parce que même dans les photos, dans les sculptures, on a cette finesse, ce savoir-faire, cette artisanat qu'on va retrouver de partout. Et cette transmission, pour une fois, elle est vraiment visible publiquement", ajoute-t-elle. Regardez

- Patrimoine immateriel de La Réunion -

Derrière la chapelle, Laurent Pantanéon parle d'un abkader qui participe à la transmission. "Derièr la sapèl néna la transmisyon". Pour lui franciser les mots impacte la beauté de notre langage. "Si ou komans fransizé in moman doné nou sa perd nout vérité, nout réalité". 

Une difficulté qui se pose souvent c'est la valorisation de ce langage et de ce patrimoine immatériel de La Réunion. "Sé keksoz inpalpab é ou di aou koma eske se truk ke lé pa palpab ou gingin valorizé ? I gingin toujouz valorisé". Regardez

"Néna bonpé de mo ki vien de bann tamoul, ki vien dé person angajé, ki vien dé person esklavizé é ke la rant dann nout langaj kozé é ke nou la pèrd", nous explique le photographe. 

Rendre public le patrimoine immatériel de La Réunion "et le rendre accessible à tous, c'est aussi reconnecter avec une part de la créolité de chacun", ajoute Adèle Mariamal.

- Retranscrire les traditions sans faire de prosélytisme - 

Le challenge pour Laurent Pantaléon, pendant le tournage de son film, a été d'intégrer les céremonies et autres. "Kan ou rant dann la sapèl ou devien malbar". En effet, il a été amené à aider les personnes présentes, mais il faisait des erreurs. Il a donc commencé à apprendre les mots et les noms des divinités. 

"Le fil un petit peu compliqué, c'était de se dire, on essaye de retranscrire les traditions", explique Adèle Mariamal. "On essaye de retranscrire les traditions, les spiritualités sans faire de prosélytisme, parce que c'est pas du tout le but de ces expositions", ajoute-t-elle. Regardez

"C'était intéressant de traiter sur les corps, sur les humains, ce qu'ils ressentent et comment ils s'articulent les uns avec les autres, quelles sont les relations qui se créent dans des moments de cérémonie, quelles sont les groupes, les fonctions de chacun. Et on peut clairement les voir avec les photos aussi", dit-elle.

"Je trouve ça très important pour que les gens prennent conscience de ce qui est construit au quotidien et notre culture commune aussi", conclut Adèle Mariamal.

cs/www.imazpress.com / [email protected]

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