Entre aide d'urgence, ateliers culinaires et repas solidaires, le Centre communal d'action sociale (CCAS) du Port et des associations comme le Comité des chômeurs et mal logés du Port tissent chaque jour un filet de sécurité pour les familles fragilisées. Rencontre avec ceux qui agissent et ceux qui en bénéficient. (Photos sly/www.iamzpress.com)
Dans les locaux du Foyer des jeunes travailleurs du Port, dans une salle au 4ème étage, l’odeur de la mangue fraîche et du riz qui cuit surprend agréablement. Ce lundi matin-là, ils sont une demi-douzaine à participer à "Goni vid i tyen pa debout", un atelier animé par Audrey Bultez, diététicienne-nutritionniste.
"L’idée ici, c’est de revaloriser le colis alimentaire", explique-t-elle. "Beaucoup de bénéficiaires ne connaissent pas certains produits comme le quinoa ou le boulgour. Lors de ces séances, on apprend à les cuisiner simplement, avec plaisir, et surtout avec un petit budget". Regardez.
- Aide d'urgence et accompagnement sur le long terme -
Au Port, la précarité alimentaire touche des familles déjà fragilisées par les coûts du logement, de l’énergie ou par les aléas de la vie. "Quand une famille vient nous voir parce qu’elle n’a plus rien à manger, on enclenche l’aide alimentaire d’urgence", explique Bruno Hoarau, directeur du CCAS. Colis de denrées, chèque d’accompagnement personnalisé… chaque situation est évaluée. "Depuis le début de l’année, on est à un peu plus de 240 interventions directes à l'attention des familles". Écoutez.
Une aide immédiate, mais qui ne se limite pas à remplir un placard. "On ne se contente pas de donner un colis", insiste Bruno Hoarau. "Notre objectif, c’est d’aider les familles à sortir de la précarité. On travaille la gestion du budget, la consommation responsable, l’équilibre alimentaire".
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- "Un accident de la vie peut arriver à tout le monde" -
Pour Denise Maillot, 67 ans, ces ateliers ont été une révélation. "Moi j'ai l'habitude de cuisiner créole, à faire mes caris", raconte-t-elle en souriant. "Mais là, on a fait sauter des haricots verts avec des sardines… Ah, madame... C'était trop bon !" La Portoise explique comment un simple colis, contenant du riz, de l'huile, des conserves et des produits d’hygiène, lui a permis de souffler. "J'ai demandé de l'aide à la mairie pour régler des factures et j'ai eu droit à deux colis. Quand on est en difficulté, ça soulage".
Derrière sa bonne humeur, un récit plus dur : après le décès de sa fille, Denise plonge dans la dépression. "Je me suis laissée aller et je voyais les factures impayées s'entasser", elle se souvient. "Ce n’était pas facile. Un accident de la vie peut arriver à tout le monde. Alors j'ai demandé de l’aide. Et puis lors de ces ateliers, on rencontre des gens et ça, ça fait du bien". Écoutez l'histoire de Denise.
- Le Comité des chômeurs et mal logés, comme une deuxième famille -
À quelques rues de là, dans un autre quartier du Port, l’association Le Comité des chômeurs et mal logés s’active. Chaque matin, 45 à 50 personnes y viennent boire un café, manger un petit-déjeuner, parler. "On est un peu comme une deuxième famille", confie Marise Dache, présidente de l’association. Le midi, un repas est servi aux personnes orientées par les travailleurs sociaux. "Entre 22 et 25 personnes viennent chaque jour", précise-t-elle.
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Grâce à la Banque Alimentaire des Mascareignes, l’association récupère également des produits invendus auprès des grandes surfaces partenaires : "On trie, on prépare des colis et on redistribue". Le soutien dépasse largement l’alimentaire. Au sein de l'association, l'accès aux soins grâce aux médecins itinérants, l'aide administrative, ou encore l'écoute sont proposés aux personnes dans le besoin. "Tout ce travail évite la rupture de ressources, de soins mais aussi de lien social". Écoutez.
Le CCAS et les associations travaillent main dans la main pour accompagner aussi ceux qui n’osent pas demander de l’aide. "Ce n’est pas facile de pousser la porte d’un bureau d’aide sociale", souligne Bruno Hoarau. "On fonctionne sur le principe du non-jugement. Et si quelqu’un préfère passer par une association, on met en place une fiche-navette pour ne pas renforcer la stigmatisation". Regardez.
Au-delà des colis, des recettes partagées ou des repas servis, c’est un travail de fond qui se joue chaque jour au Port. Pour les acteurs du territoire, la précarité alimentaire n’est jamais un simple manque dans un placard : elle dit les fragilités sociales, économiques et psychologiques qui traversent les familles. Et si l’aide d’urgence reste indispensable, c’est surtout l’accompagnement au long cours, celui qui restaure la dignité autant que l’autonomie, qui fait la différence.
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