Alors que l’inflation persiste et que la pauvreté structurelle frappe un Réunionnais sur trois, l’île fait face à une explosion de la précarité alimentaire. CCAS, collectivités et associations renforcent à la fois l’urgence et les actions de long terme pour garantir un accès digne à une alimentation saine et locale. Acteur incontournable de cette chaîne de solidarité, la Banque Alimentaire des Mascareignes marque en 2025 ses 25 ans, dans un contexte où les demandes n’ont jamais été aussi nombreuses. (Photo sly/www.imazpress.com)
Depuis plusieurs années à La Réunion, la précarité alimentaire ne cesse d'augmenter, au rythme d’une inflation qui atteint 3,1 % en moyenne et touche de plein fouet les produits essentiels. Selon l’Insee, les prix de l’alimentation ont bondi de 7,6 % en 2023, faisant de ce poste de dépense le principal moteur de la hausse du coût de la vie. En septembre 2025, les prix de l’alimentation augmentent toujours davantage à La Réunion sur un an (+2,3 %) qu’en France (+1,7 %), mais l’écart se resserre également. "L’alimentaire pèse pour 16 % dans le budget des ménages réunionnais", précise l'Insee. Les seniors, qui consacrent 24 % de leur budget à se nourrir (contre 15 % pour l’ensemble de la population), sont particulièrement exposés.
Sur un territoire où un habitant sur trois vit sous le seuil de pauvreté, les effets sont immédiats, la hausse des prix plonge un nombre toujours plus important de Réunionnais dans une situation critique. Alors que 52% des personnes les plus précaires ont supprimé un repas par jour, 84 % des foyers les plus modestes ont cessé d’acheter des légumes, jugés trop chers.
- Des milliers de familles fragilisées -
À Saint-Denis, plus de 50.000 habitants vivent sous le seuil de pauvreté, soit un taux de 34% contre 36% pour l’ensemble du département. "Nous faisons face à une précarité qui explose, avec une part de la population encore invisible et qui ne sollicite pas les services publics, souvent par honte", alertent Pascal Alezan, DGS du CCAS de Saint-Denis et Pascal Tailamée, directeur de l’action sociale au CCAS de Saint-Denis.
Aujourd’hui, près de 750 personnes, parmi lesquelles plus d’une centaine de sans domicile fixe, sont domiciliées au CCAS. Un chiffre en hausse de 71% entre 2023 et 2025. "Il s’agit de personnes sans bail locatif. Certains vivent dans la rue ou se trouvent temporairement hébergés chez la famille ou les amis", explique Pascal Alezan.
- Les CCAS en première ligne pour répondre à l’urgence et reconstruire l’autonomie -
Pour lutter contre cette précarité, la ville de Saint-Denis met en place plusieurs actions. Chaque jour, 120 repas sont distribués aux personnes sans abri lors de maraudes quotidiennes. Une action portée par la Maison de fraternité et d’inclusion sociale (MFIS), qui propose également un accompagnement social renforcé et permet un accès au soin et au droit à ce public fragilisé.
En 2024, la commune a distribué 12.500 aides alimentaires, représentant plus de 400.000 euros via le Chèque Accompagnement Personnel (CAP). L’année dernière, environ 5.000 foyers en ont bénéficié. Cette aide de 40 euros auxquels s’ajoutent 20 euros par personne supplémentaire composant le foyer, peut être mobilisée jusqu’à trois fois par semestre. "Mais si une famille revient trop souvent, cela révèle un problème de fond. Notre rôle est d’accompagner, pas seulement d’apporter une aide d’urgence", explique le CCAS de Saint-Denis.
Au-delà de l’aide financière, plusieurs actions se déploient, toujours dans le but de lutter contre la précarité alimentaire, économique et sociale. Chaque jeudi, une caravane d’accès au droit sillonne la ville. Aussi, 400 personnes (personnes âgées, en situation de handicap, ou bénéficiant d’une prescription médicale) bénéficient du portage de repas à domicile, à tarif social. Chaque jour, près de 70 repas, non consommés, sont récupérés dans les cantines scolaires de Saint-Denis. Ces barquettes, ensuite redistribuées aux associations partenaires, permettent aux bénéficiaires de partager un déjeuner, discuter et ainsi créer du lien social.
Dans le sud de l’île, le CCAS du Tampon, se mobilise également. Sur cinq ans, 22.805 colis alimentaires ont été distribués, pour un coût de près de 1,2 million d’euros. Parmi ces aides, 4.500 dons ont été faits par des associations caritatives telles que la Croix-Rouge ou encore Sainte-Vincent de Paul et Sainte-Martin, sur orientation du CCAS. Près de 50.000 repas ont également été servis aux personnes sans domicile stable ou à des familles en très grandes difficultés lors de maraudes.
Au Port, le CCAS est directement intervenu auprès de 240 familles dans le cadre d’une aide alimentaire d’urgence. Pour la plupart des demandes de la commune, les associations et structures partenaires prennent le relais, notamment le Comité des chômeurs et mal logés du Port, association agréée pour distribuer les colis alimentaires provenant de la Banque alimentaire des Mascareignes (BAM).
- Un Projet Alimentaire Territorial piloté par le Département -
Depuis 2023, le Département de La Réunion pilote un Projet Alimentaire Territorial (PAT), baptisé "Sa ki fé ansanm pou manz péi". Ce PAT vise à garantir à chaque Réunionnais un accès durable à une alimentation saine, locale et de qualité. "L’objectif est de produire plus et mieux, et rendre cette alimentation accessible à tous, notamment aux publics fragiles", rappelle le Département. De Saint-Paul à Cilaos, en passant par Bras-Panon ou Mafate, neuf PAT communaux sont aujourd’hui actifs sur l’île et une vingtaine d’actions sont engagées pour renforcer la souveraineté alimentaire, accompagner les agriculteurs et favoriser une consommation plus durable.
Si plusieurs avancées ont été observées en deux ans (organisation des premières Assises départementales de l’alimentation, investissement dans une ferme agroécologique expérimentale, la valorisation des biodéchets), des défis persistent. Certaines actions nécessitent encore "des études de faisabilité approfondies ou des moyens complémentaires", souligne la collectivité, qui ambitionne en 2025 de renforcer la transition agroécologique et d’élargir les dispositifs de solidarité alimentaire.
En juin 2025, le conseil départemental organisait les 2e Assises départementales de l’Alimentation et de la Précarité alimentaire. Le but : "redonner toute leur place aux voix du territoire et transformer les constats en propositions opérationnelles". Une manière de rappeler que la lutte contre la précarité alimentaire ne se joue pas uniquement dans l’aide d’urgence, mais aussi dans la construction collective du modèle alimentaire réunionnais de demain.
- La Banque alimentaire des Mascareignes célèbre 25 ans de solidarité -
Créée en 2000, la BAM est devenue un acteur essentiel du territoire dans la lutte contre l’insécurité alimentaire. En 2024, elle a distribué 1.800 tonnes de denrées, soit l’équivalent de 3,6 millions de repas, via un réseau de près de 200 associations partenaires et 21 épiceries sociales. Cette année, la structure fête ses 25 ans. Pour Laurie Espérance, directrice de la BAM, l’aide alimentaire va bien au-delà du don : "Notre mission est de lutter contre la précarité alimentaire grâce aux dons, aux achats complémentaires et à la lutte contre le gaspillage alimentaire. Nous approvisionnons l’ensemble des structures partenaires, CCAS et associations de l'île. On utilise l'aide alimentaire comme créatrice de liens sociaux et on participe à l'amélioration de l'alimentation distribuée, notamment d'un point de vue nutritionnel".
Féculents, légumineuses, laitages, fruits et légumes frais ou surgelés, viandes, poissons, oeufs (VPO), petit-déjeuner, hygiène… Selon la BAM, chaque colis couvre entre 60 et 80 % des besoins mensuels d’un foyer, en fonction de sa taille.
Grande distribution, producteurs agricoles, industriels, importateurs, fonds européens, dons du public… La BAM coordonne un réseau de donateurs et met en œuvre des outils innovants à l'instar de Proxidon, une application qui permet aux commerces de proximité de proposer des paniers de denrées non vendues directement aux associations locales. "Cela évite des trajets inutiles et renforce l'approvisionnement des structures. Tout le monde y gagne", souligne Laurie Espérance.
Comme chaque année, la Banque Alimentaire des Mascareignes tiendra sa grande collecte le samedi 29 novembre 2025, dans près de 60 magasins de l’île. Un événement qui permet de récolter environ 10% de ce qui est distribué tout au long de l'année. Carrefour, Leclerc, Leader Price… les bénévoles seront mobilisés pour récupérer des produits essentiels : denrées alimentaires sèches, produits d’hygiène, protections menstruelles ou encore articles pour bébés. "Nous ne collectons pas de frais ni de surgelés pour des raisons de sécurité alimentaire", rappelle la BAM. Pour celles et ceux qui ne pourront pas se rendre en magasin, un don financier est déjà possible via la plateforme Mon Panier Solidaire, afin de soutenir directement les familles en situation de précarité.
- Un défi collectif, une urgence sociale -
Sur l’île, la lutte contre la précarité alimentaire repose aujourd’hui sur la mobilisation de centaines d’acteurs : associations, CCAS, communes, Département, agriculteurs, grandes surfaces, bénévoles. Tous s’accordent pour dire que l’urgence est réelle. Mais la solidarité l’est tout autant. « Rien n’est possible sans la force bénévole, ces gilets oranges qui donnent de leur temps pour permettre à chacun de rester digne», insiste la directrice de la BAM. Pour les acteurs de terrain, l’ambition est claire. "Notre rêve n’est pas de multiplier les aides alimentaires, mais de ne plus avoir à en distribuer", résume le CCAS de Saint-Denis.
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La pauvreté à la Réunion, la grosse blague!
La pauvreté n'existe pas ici; la véritable pauvreté se trouve près de chez nous à Madagascar ou dans des pays comme Haïti.
Même les Mauriciens sont beaucoup plus malheureux que les Réunionnais en comparaison.
Chez nous, il y a une grande majorité d'assistés qui passent leur temps à quémander toujours plus d'aides déjà très nombreuses.
Des profiteurs vivant sur le dos de ceux qui bossent, qui se plaignent continuellement de la vie chère mais qui roulent en voitures neuves, qui sont équipés du dernier modèle d'IPhone, qui changent de télé à la moindre occasion, qui font la fiesta pour un oui ou pour un non, qui vont plusieurs fois par an à Maurice (pour jouer au riche à l'hôtel en all-inclusive) qui sont toujours les premiers à acheter des mangues à 15e le kg, des letchis à 20e le kg, des tomates à 10e le kg, des bananes à 10e le kg, qui n'hésitent pas à claquer 120 balles pour un misérable kilo de bichiques (ben oui c'est juste po gouté, i fé lontan nou atende sa oté!).
Les mêmes qui, plutôt que de faire des économies en cuisinant régulièrement chez eux, mangent très souvent à l'extérieur à coups de fast food, barquettes, tacos, sandwichs,samoussas...
J'anticipe déjà les commentaires de ceux qui se sentiraient peut-être visés: NON, mesdames et messieurs, je ne suis pas un jaloux, NON je n'envie absolument pas les bénéficiaires du RSA; je préfère mon quotidien, me lever tous les matins et aller travailler pour un bon salaire.
Je ne fais que citer ce que je constate, ce que nous voyons tous régulièrement et tous les jours autour de nous.
Alors, pardonnez-moi mais la pauvreté à la Réunion, c'est un non sujet.
Bonjour, étant actuellement sans-abris, et donc sur le terrain, je me permets d'intervenir suite à la lecture de cet article. Un chiffre me choque et devrait choquer tout le monde !!! "Aujourd’hui, près de 750 personnes, parmi lesquelles plus d’une centaine de sans domicile fixe, sont domiciliées au CCAS. Un chiffre en hausse de 71% entre 2023 et 2025" !!!!!!
Le nombre de sans-abris explose et montre un système social à bout de souffle qui va finir par imploser si des mesures concrètes de désengorgement ne sont pas mises en place !
Plusieurs solutions existent et pourraient éventuellement nous permettre de retrouver un peu plus de dignité dans la traversée de nos galères à la rue. Qu'en est-il de la mise en place de restaurants sociaux aux 4 coins de l'île ????? !!!!! Ces structures permettraient de nous éviter de courir à droite à gauche à chaque fois pour pouvoir trouver où se font les distributions de repas chaque jour. Cela permettrait aussi de désengorger potentiellement les demandes de colis alimentaires. Pouvoir manger un repas équilibré assis à une table et de pouvoir rencontrer et échanger avec d'autres personnes dans le même cas est un soutien et un lien social inévitable pour la sortie de crise. Qu'en est-il également de la mise en place de beaucoup plus de structures d'accueils de jour spécialisées pour hommes, pour femmes et pour familles ainsi que plus de structures d'hébergements d'urgence sur l'île ? Ces lieux sont primordiaux pour pouvoir garder une bonne hygiène de vie même en étant à la rue! (douches, collations, vêtements propres, bagageries, dortoirs pour se reposer de la nuit difficile dehors etc...). Personne n'est à l'abri, demain cela pourrait être vous qui finissez à la rue temporairement. Avec l'extrême lenteur des attributions de logements sociaux et la crise de la vie chère, l'explosion des cas de personnes à la rue me semble inévitable. C'est pour cela que les structures d'accueils d'urgence devraient se démultiplier dans l'île aux vus de la situation catastrophique à venir.
IL faut arrêter de payer les élus cumulards , pendant que les afamilles n'ont presque que rien à manger . Faire la fête avec l'argent des contribuables et qui fait travailler toute une famille entière.Arreter de voyager gratuitement pendant que les billets d'avion augmente à grande vitesse.Bravo mesdames, messieurs les élus.!!!
Legines ?
Subventions
Pour les riches ?
Avec ou sans la vaseline.
Pauvre Reunion