Baisse des contrats PEC : les élus appellent à la mobilisation contre la décision de l'Etat "déconnectée des réalités de La Réunion"

  • Publié le 6 mai 2026 à 03:00
  • Actualisé le 6 mai 2026 à 06:12
emploi PEC LAV

Le couperet est tombé ce mardi 5 mai 2026 à la préfecture. La baisse drastique des contrats Parcours emploi compétences (PEC) pour 2026, à hauteur de 4.000 contrats contre 10.000 en 2025 a été annoncé aux maires par le préfet. Sans surprise, la levée de bouclier des élus, de tous bords politiques confondus, a été immédiate. Les maires appellent à une mobilisation massive contre la décision de l'Etat jugée "injuste et déconnectée des réalités de La Réunion" (Photo Stéphan Laï-Yu / www.imazpress.com)

Imaz Press a révélé l'information alors que la réunion entre les maires et le préfet était encore en cous ce mardi matin.

Pour l'ensemble du territoire réunionnais, l'enveloppe 2026 va être ramenée de 10.000 contrats en 2025 à 4.000 en 2026, avec une prise en charge de l'État qui passe de 50 % du SMIC horaire brut sur 10 mois à 40 % sur 6 mois seulement.

La réunion a ensuite tourné court, des maires ayant décidé de refuser une photo de groupe, de manquer le déjeuner proposé par la préfecture, et de ne pas assister à la rencontre prévue plus tard dans la journée. 

Lire aussi - La préfecture annonce une baisse drastique des PEC, 4.000 contrats prévus pour 2026

"On dit que les maires sont en colère, mais c'est faux : nous sommes responsables et inquiets", poursuit Emmanuel Séraphin, dénonçant "un pacte social rompu de façon unilatérale".

L'annonce de la baisse a été faite alors que la réunion avc les maires élus ou réélus en mars avait pour objet de présenter les service de l'Etat et de son accompagnement des communes... 

"Au moment où la Deets (Direction départementale de l'emploi, du travail et des solidarités - ndlr) .présente les PEC, on nous annonce qu’on aura un quota de 800 PEC pour les communes, 4.000 au total, avec nouvelles modalités. Pour l’ensemble des maires ça a été quelque chose d’irréaliste et d’irréel", résume Emmanuel Séraphin, maire de Saint-Paul.  

"Le préfet a expliqué, qu’en gros, c’est comme ça et il n’y a pas de solution", lance-t-il, à peine sortie de la réunion. Un choix qui a "été décidé par le ministère des Finances, sans l'avis des élus de l'île".

"On dit que les maires sont en colère, mais c'est faux : nous sommes responsables et inquiets", poursuit Emmanuel Séraphin, dénonçant "un pacte social rompu de façon unilatérale".

- L’école, épicentre de la crise -

S’il est un domaine où la décision prend une dimension presque explosive, c’est bien celui de l’éducation Dans les écoles, les PEC sont un maillon essentiel de la chaîne. ATSEM, agents d’accompagnement, personnels de soutien sont employés à travers les écoles de l'île.

"On va faire une grande blessure à l’éducation et aux familles", assure Ericka Bareigts, maire de Saint-Denis. Elle rappelle une réalité souvent ignorée : "ici, les communes compensent déjà les manques".  "Enlever les ATSEM c’est réinterroger l’école de la République", dit-elle.

- "On court vers une grave catastrophe" -

Pour Olivier Hoarau, maire du Port, la conséquence est simple. "On court vers une grave catastrophe", alerte-t-il.  Dans une commune marquée par les difficultés sociales, la réduction des contrats sonne comme une double peine. "L’État retire quelque chose à une population qui est déjà en grand besoin", dit-il.

Même inquiétude du côté de La Possession. Erick Fontaine parle d’un "choc". "On parle de 70 millions en moins dans l’économie réunionnaise", calcule-t-il. "On parle d’hommes et de femmes qui vont perdre leur revenu."

À Sainte-Marie, Céline Sitouze souligne que "130 familles vont être impactées." Et de rappeler : "les familles demandent des PEC car elles ne trouvent pas d’autres solutions". La maire nouvellement élue dénonce un "véritable coup de poignard" de la part du gouvernement. 

"Le modèle réunionnais que nous avons construit est menacé" -

Pour les mairies, la décision de l’État ressemble à un piège. Les budgets de l'année ont déjà été votés. "Si on veut tout remplacer, c’est un million d’euros", avance Patrick Lebreton, maire de Saint-Joseph. 

Même constat au Tampon, où Alexis Chaussalet alerte : "Leur suppression revient à dire qu’on va perdre 50% de nos effectifs.". "C'est la qualité du service qui est dégradée, c’est irresponsable", lance-t-il.

Tous les maires interrogés alertent : "c'est le modèle réunionnais que nous avons construit qui est menacé".

"On tue tout un système qui a été bâti avec difficulté", résume Ericka Bareigts. "Quand on doit trouver le budget, c’est de l’investissement en moins", rappelle-t-elle. Moins de projets, moins de commandes publiques, moins d’activité. 

"Le logement et les PEC sont deux piliers où l’État puise", regrette Emmanuel Séraphin. "Ce sont les plus pauvres qui paient pour les choix du gouvernement."

- "Une contrainte insupportable sur la continuité du service public local" -

"On ne peut pas demander aux communes d'être en première ligne face aux urgences sociales, scolaires et territoriales, puis leur retirer brutalement les moyens d'agir. Cette méthode est inacceptable. Elle place les maires devant le fait accompli et les communes dans une impasse budgétaire et humaine" s'indigne Karim, Juhoor, maire de Saint-Leu.

"Cette décision intervient à moins de cinq mois de la rentrée scolaire 2026. Les budgets communaux ont été préparés et votés sans connaissance de cette réduction. Elle remet en cause les équilibres financiers construits par les collectivités et fait peser une contrainte insupportable sur la continuité du service public local", alerte-t-il.

- La Région et le Département inquiets -

Pour la Région comme pour le Département, cette annonce fait l'effet d'une douche froide. "La communication de ces chiffres est l’illustration éclatante du décalage entre les décisions budgétaires prises par le Gouvernement et la réalité sociale", dénonce Huguette Bello. "C’est bien une catastrophe sociale, économique et environnementale qui se dessine pour La Réunion", alerte la présidente de Région.

"Jamais le niveau des contrats aidés, depuis près de vingt ans, n’était tombé aussi bas. C’est un coup direct porté au service public, à la préservation de l’environnement et à la prévention sanitaire", s'inquiète-t-elle. "C’est aussi une atteinte à la cohésion sociale avec des centaines de jeunes, de pères et de mères de familles qui vont être projetés au chômage."

Huguette Bello pointe "la sous-estimation de la gravité et de l’urgence sociale de la situation réunionnaise par le gouvernement et la totale inadaptation des mesures prises nationalement".

Pour Cyrille Melchior, il est "inconcevable qu'il ne reste que 800 contrats PEC pour les 24 communes et les cinq intercommunalités de La Réunion". "De surcroît, la précarité de ces contrats de six mois est aggravée par un désengagement flagrant de l'État, qui n'en assure plus le financement qu'à hauteur de 40 %", note-t-il.

Nouvel R', le mouvement politique du président du Département, "dénonce une décision prise sans aucune concertation avec les maires, qui sont pourtant les premiers acteurs de proximité".

"Imposée dans un contexte budgétaire national très contraint, cette coupe drastique place nos communes, dont les budgets ont déjà été validés, face au mur", dit-il. 

Il appelle "à la responsabilité de l'État" et exige "une réévaluation immédiate de ces quotas par le biais d'un véritable dialogue avec les exécutifs locaux". 

- Mobilisation contre une décision injuste et déconnectée des réalités de La Réunion -

Face à ce qu’ils considèrent comme une décision injuste et déconnectée des réalités locales, les élus entendent se mobiliser.

 "On lance une mobilisation pour le 20 mai", annonce Emmanuel Séraphin, avec l’ambition de fédérer au-delà des seuls élus. "Ce combat dépasse les mairies, il concerne les familles, les enseignants, les agents, et plus largement toute une société", affirment les maires.

"Il ne s’agit pas uniquement d’un poste de maire", insiste Olivier Hoarau, "c’est toute La Réunion qui est impactée."

En 2025, les élus avaient fait reculer l'Etat sur la baisse des moyens. "Mais cela a uniquement été possible car les crédits ont été pris sur le budget du ministère des Outre-mer. Cela a été l'action de Manuel Valls, pas celle d'Emmanuel Macron", rappelle Ericka Bareigts. 

Reste à savoir si ce cri d’alerte sera entendu. La préfecture, de son côté, tient à rappeler que "le nombre de contrats Parcours Emploi Compétence enregistre une baisse au plan national". "Pour autant, La Réunion, au regard de ses caractéristiques, conserve une part significative de l’enveloppe nationale, avec 25 % des crédits de l’enveloppe nationale allouée au territoire", insiste-t-elle.

Le préfet Patrice Latron note "que d’autres leviers d’insertion restent pleinement mobilisables, notamment l’insertion par l’activité économique et les clauses sociales de la commande publique".

"Conscient des impacts que peut avoir cette trajectoire pour les collectivités réunionnaises, et notamment les communes, le préfet se tient à la disposition des maires pour trouver les solutions les plus adaptées, dans le cadre d’une coopération respectueuse, et soucieuse des personnes accompagnées dans ces parcours", affirme-t-il cependant. 

Il n'est pas certain que ces quelques lignes arrivent à calmer les esprits. 

- Le préfet a vu sur les réseaux sociaux "beaucoup de gens sont contre ces contrats aidés" -

Pour rappel, selon nos informations, au cour de la réunion de mardi matin, le préfet a semblé surpris et agacé par la position des maires. "Nous ne sommes pas là pour faire le procès de l'Etat", a-t-il.

Ensuite, alors que plusieurs maires lui faisaient remarquer que les contrats aidés sont aussi une manière d’aider les plus défavorisés en apportant un peu de mieux-être aux familles, le préfet a affirmé : “beaucoup de gens sont contre ces contrats aidés, ils s’en plaignent beaucoup, ils disent que c’est de l’assistanat“.

Surpris, des élus ont demandé au préfet d’où il tenait ces informations. Le représentant de l’État a répondu : “Je le vois tous les jours sur les réseaux sociaux.”

as/www.imazpress.com / [email protected]

guest
1 Commentaires
Harry
Harry
2 heures

La douche froide pour ces carriéristes qui en ont fait à la réunion une vie professionnelle de la politique,qui ne devra pas l' être. Pour y parvenir ils en ont embauché des partisans sans aucune limite,des personnels en surnombre maintenant le couperet tombe et rejette tous sur la faute de l' état l état qui devrait enquêter sur la nécessité d embaucher autant de personnes afin de faire fonctionner les services des collectivités,ces élus en tirent profits comment dire a ces gens que cela n est plus possible,ceux la même qui les ont porté au pouvoir ,c est devenu pour eux un dilemme,,qu ils arrêtent de faire miroiter a leurs administrés ,que les administrés sentent enfin qu ils ont étés floues et que ses emplois c est un moyen detourne pour de se maintenir au pouvoir a vie et en faire une carrière inespérée,il faut un jour ou l autre faire face a la réalité ,espérons ce jour soit venu .