Baisse durable des contrats PEC : les communes de La Réunion s'inquiètent pour le maintien d'une éducation de qualité pour tous

  • Publié le 3 septembre 2026 à 05:19
  • Actualisé le 3 septembre 2026 à 05:20
Baisse contrats PEC

Une réduction drastique des contrats Parcours Emploi Compétences (PEC) a touché La Réunion de plein fouet à l'occasion de la rentrée scolaire d'août 2026. Depuis, les communes de l'île ont dû s'adapter pour faire face à cette baisse des moyens humains. Deux semaines après la rentrée, l'heure d'un premier bilan est arrivée alors que l'inquiétude des parents et des communes reste palpable (Photo Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

Le choc a été dur à encaisser pour les collectivités. En mai, la sentence est tombée. Le nombre de contrats PEC, soutenus financièrement par l'État afin de favoriser l'insertion professionnelle, est passé de 10.000 à 4.000 sur toute l'île. Par ailleurs, la durée de ces contrats est plus courte, de 6 mois au lieu de 10, et la part de l'État dans leur financement passe de 40 à 30 %.

Un changement d'orientation dans la politique du gouvernement, difficile à digérer pour les 24 communes de l'île, qui doivent désormais se partager 800 contrats PEC. Loin d'être anodin pour les maires et leurs administrations, dans la mesure où ces contrats aidés jouent un rôle majeur dans le domaine de l'encadrement scolaire.

Ces salariés, le plus souvent affectés à la restauration, au périscolaire et à l'entretien des écoles, sont un rouage essentiel dans le fonctionnement des écoles. Pour la rentrée du 18 août, des solutions ont dû être trouvées rapidement par les collectivités.

- Un choix dans les priorités des communes de La Réunion -

Comme l'explique Serge Hoareau, président de l'association des maires de La Réunion (AMDR), qui dresse un premier bilan mitigé de cette période de transition. "Le regard sur cette rentrée dépend du point de vue qu'on adopte. Le rectorat peut se montrer très satisfait que les maires aient pu l'organiser. Pour toutes les communes, en revanche, ce n'était pas une rentrée apaisée. On reste en mode dégradé."

Le représentant des maires estime aussi que les conséquences financières sont notables pour les communes qui ont dû faire un choix dans leurs priorités. "Pour pouvoir garantir cette rentrée, chaque collectivité a dû mettre au pot pour avoir le personnel nécessaire. Globalement, on nous a amputé de nos budgets de fonctionnement et de personnel."

Si toutes les municipalités de La Réunion ont dû compenser avec leurs propres ressources ce désengagement de l'État, des disparités apparaissent en fonction des choix et des possibilités budgétaires de chaque collectivité. À Saint-Denis, par exemple, 9 millions d'euros ont été mobilisés pour embaucher 350 professionnels. Un investissement suffisant pour garantir la poursuite des activités périscolaires et de la restauration.

- Capacité à maintenir des efforts sur la durée -

Pour d'autres villes, néanmoins, les conséquences de cette baisse de dotation se sont faites sentir plus sévèrement. Bras-Panon s'est ainsi vu retirer 93 % de ses PEC, passant de 150 à 11 contrats PEC. Un sérieux rabotage pour la collectivité qui estime devoir désormais "relever un défi majeur pour préserver la continuité du service public".

Autre commune touchée, Saint-Joseph, où les PEC sont passés de 400 à 32 contrats, soit une baisse de 90 %. Si un service comme la restauration scolaire a pu être maintenu, ce n'est pas le cas de la garderie, des centres de loisirs et du périscolaire. "Nous avions développé des services pour la population grâce aux contrats PEC. Au vu de la situation actuelle, on n'a pas pu reconduire le périscolaire. On est en train de travailler avec des associations pour qu'elles reprennent ce service mais on est inquiets", détaille David Lebon, adjoint à la vie éducative à Saint-Joseph.

Une inquiétude qui s'appuie sur la capacité financière de la ville du Sud sauvage à pouvoir pérenniser ces services sur la durée. "Nous avons dépensé 670.000 euros sur la période d'août à décembre 2026 pour embaucher 145 CDD alors que cela n'était pas budgété initialement. Mais nous ne savons pas si nous allons pouvoir maintenir cet effort en 2027 car cela nous coûterait 1,6 million d'euros. Et, avec le gouvernement actuel, je pense que nous n'avons pas d'améliorations à espérer à l'avenir."

- Les parents de La Réunion risquent de payer au prix fort la baisse des crédits -

Ce scénario autour de la baisse des effectifs dans le périscolaire laisse les parents réunionnais dans l'expectative. Ils se disent notamment préoccupés par les inégalités qui existent d'un point à l'autre de La Réunion, comme l'exprime Isabelle Poncharville, présidente de la Fédération des Parents d'élèves de La Réunion (Peep). "Nous nous sentons inquiets car, selon les municipalités, les efforts ne sont pas les mêmes. Nous savons que la décision de ce budget raboté n'est pas venue de La Réunion mais ça va être compliqué pour les parents qui travaillent."

Plus précisément, la représentante des parents d'élèves estime qu'au final, ce sont les parents qui risquent de payer au prix fort cette baisse des crédits. "Il y a un vrai risque qu'on a identifié. Celui que les coûts et la charge mentale retombent sur les parents dans les communes qui sont les moins dotées."

Pour Serge Hoareau, fataliste, ce changement d'orientation apparaît comme inéluctable et s'inscrit dans la durée. Il incite les communes de La Réunion à se "réorganiser" pour y faire face. "Ça va se reproduire l'année prochaine. Il faut qu'on se réinvente. Je pense que le projet de loi de finances de cette année sera encore plus contraignant. Il faut garder les pieds sur terre et rester conscients de la réalité à ce niveau-là."

Dès lors, les communes de La Réunion se trouvent confrontées à un dilemme. Celui de ponctionner leur budget et d'abonder le secteur de l'éducation au détriment d'autres postes d'investissement importants comme la transition écologique et les projets, par exemple, dans le domaine des transports. Ces choix contraints auront forcément des conséquences, à terme, sur l'ensemble du territoire.

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