Saint-Denis : devant le tribunal de Champ Fleuri, associations, élus et familles réclament une justice plus rapide

  • Publié le 7 juillet 2026 à 05:14
  • Actualisé le 7 juillet 2026 à 07:50
EPA PARENTS SAINTE-MARGUERITE

Plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées ce lundi 6 juillet 2026 devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis à l'appel de l'association EPA et du collectif Stop VIF – Protégeons nos enfants. Associations, familles, élus et parlementaires ont dénoncé les lenteurs de la justice dans les affaires de violences sexuelles faites aux enfants et réclamé davantage de moyens, de prévention et une meilleure prise en compte de la parole des mineurs (Photos Stephan Laï-Yu / www.imazpress.com)

À l'ouverture du rassemblement, la présidente de l'association EPA, Jessy Yong Peng, a tenu à rappeler que la mobilisation ne visait pas à opposer les associations à l'institution judiciaire. "Nous ne sommes pas contre la justice. On est devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis parce qu'on les veut aussi en alliés. La protection de l'enfance, c'est une chaîne. On ne peut pas faire sans juge, on ne peut pas faire sans association, on ne peut pas faire sans médecin."

Elle a également mis en avant le travail de prévention mené par son association, notamment avec le "Gayaromètre", un outil conçu à La Réunion. "On n'est pas une association qui dénonce juste pour dénoncer. On montre aussi qu'on a des solutions. On a créé ici à La Réunion notre outil de prévention qui s'appelle le Gaillardomètre. C'est un outil pays, en français et en créole."

Mais la présidente d'EPA a surtout dénoncé les délais d'instruction qu'elle juge incompatibles avec la protection des victimes. Elle a évoqué le cas d'une mère ayant déposé une plainte pour inceste en décembre 2024 à Saint-André. "Quinze jours seulement, il y a eu une garde à vue. Vous vous rendez compte ? 2024-2026. Aujourd'hui cette personne est libre, sous contrôle judiciaire. Est-ce que vous trouvez ça normal ? C'est un pédocriminel en liberté à l'heure d'aujourd'hui."

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Selon elle, "le temps judiciaire n'est pas le temps de l'enfance" et une réforme globale est indispensable. "Nous ne lâcherons pas tant qu'on n'aura pas cette loi intégrale. Elle comprend aussi la prévention. On baissera les chiffres avec la prévention et la sensibilisation." Elle a également interpellé la Cellule de recueil des informations préoccupantes (CRIP). "Où est-elle ? Elle se doit normalement de venir sur le terrain également."

- Des parents de l'école Sainte-Marguerite présents -

Parmi les manifestants, plusieurs parents d'élèves de l'école maternelle de Sainte-Marguerite étaient présents. Onze plaintes pour des agressions sexuelles présumées sur mineurs ont été déposées contre un agent extérieur à l'établissement, situé à Saint-Benoît. Des plaintes qui ont été classées sans suite.

La mère d'une des enfants a expliqué que sa fille avait dénoncé des faits et avait été entendue rapidement par les enquêteurs, contrairement à d'autres enfants.

"D'autres enfants ont été reçus six mois après. On ne comprend pas. Il y a encore des enfants qui n'ont pas été entendus en victimologie pour des faits graves qui s'apparentent à du viol", a-t-elle confié à Imaz Press.

Elle a également fait part de son incompréhension après l'annonce du classement sans suite du dossier. "Aujourd'hui, on est en colère parce qu'on a appris par voie des médias le classement sans suite pour notre affaire. On ne prend pas en considération le témoignage des enfants. On veut qu'on écoute, qu'on protège nos enfants, et pas les pédocriminels", a-t-elle appelé. 



Référente du collectif Stop VIF – Protégeons nos enfants, Audrey Coridon a assuré que les familles poursuivraient leurs démarches. "Nous attendons des retours concrets. On dépose plainte et on obtient un classement sans suite. Nous avons des familles dont certains enfants n'ont même pas été entendus. On classe des affaires où les victimes ne sont pas entendues et où on nous dit que ce n'est pas caractérisé."

Le collectif entend continuer à interpeller les autorités. "C'est fini l'omerta. On va poser des questions, on va continuer à écrire, à revenir et à insister", a dénoncé Audrey Coridon, soulignant l'importance de la mobilisation collective. "Sans l'appui politique, ça ne marche pas. On ne peut pas tout faire seuls. Les associations, les bénévoles, les élus, chacun a sa part."

- Les élu.es mobilisé.es -

Présente au rassemblement, la députée Karine Lebon a expliqué poursuivre son combat parlementaire depuis l'affaire Lyhanna. "Depuis l'affaire Lyhanna, je ne décolère pas. Je pense à toutes ces vies qu'on n'a pas su protéger. Qu'est-ce qu'on fait pour nos enfants ? Qu'est-ce qu'on fait pour la parole des enfants ?"

La parlementaire a rappelé avoir récemment interpellé le garde des Sceaux puis participé à une réunion à Matignon avec plusieurs membres du gouvernement. Elle a défendu la proposition de loi intégrale sur la protection de l'enfance, qu'elle cosigne. "C'est une loi qui comporte 78 articles. Pour la première fois, on nous a dit que le problème était systémique et pas seulement lié à des responsabilités individuelles."

Karine Lebon a cependant contesté les arguments avancés sur les moyens déjà mobilisés. "La Réunion compte deux fois moins de magistrats du siège que l'Hexagone, qui est déjà deux fois moins pourvu que la moyenne du Conseil de l'Europe", a pointé du doigt la députée.

Elle a également dénoncé les arbitrages budgétaires de l'État. "Cette loi intégrale coûterait 2,7 milliards d'euros. Ne me dites pas qu'on peut trouver 36 milliards pour faire la guerre en loi de programmation militaire et qu'on n'est pas capable de trouver 2,7 milliards pour protéger les plus vulnérables de notre société", a-t-elle lancé.

La maire de Saint-Denis, Ericka Bareigts, a elle aussi insisté sur la nécessité de replacer la parole de l'enfant au cœur du système. "Ce qui est clairement un vrai problème aujourd'hui, c'est la considération de la parole de l'enfant. L'enfant n'est pas une personne humaine à part entière quand on suit ce qui se passe aujourd'hui. Il y a un présupposé de mensonge ou d'exagération", a-t-elle souligné.

Pour l'élue, cette défiance a des conséquences dramatiques. "La victime doit prouver qu'elle est victime, du haut de ses trois mois, de ses trois ans ou de ses six ans, dans un monde où les institutions sont impossibles à comprendre. Une société digne de ce nom doit respecter la première des humanités, c'est-à-dire les enfants", a insisté la maire. 

Ericka Bareigts a également appelé à renforcer les équipes de terrain. "Nous devons avoir des équipes de PMI partout, des travailleurs sociaux en nombre et en qualification. On ne luttera pas contre les violences faites à nos enfants avec un smartphone ou une plateforme. On luttera avec des professionnels qui accompagneront nos enfants." Elle a conclu en évoquant un "vrai choix politique". "S'il faut choisir entre certains investissements et investir sur l'humain, alors faisons le choix de l'humain."

Au-delà des revendications adressées à la justice, les différents intervenants ont insisté sur la nécessité d'un engagement durable de l'ensemble des institutions pour mieux prévenir les violences sexuelles faites aux enfants, accompagner les familles et garantir que chaque signalement soit traité rapidement. Tous ont appelé à faire de la protection de l'enfance une priorité politique et sociétale. 

- Un millier de dossiers à réexaminer -

À ce jour, 1.325 dossiers de violences sexuelles sur mineurs doivent être réexaminés par les services de la Justice. Des plaintes déposées pour 718 d'entre-elles aux services de la police nationale et 607 aux services de la gendarmerie nationale.

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En cas d'urgence, le seul numéro à composer est celui de Police Secours.

Le 119 pour les enfants en danger

Le 112, numéro d'urgence européen

Le 114 pour les personnes sourdes, malentendantes, aphasiques, dysphasiques

Vous pouvez signaler des faits de violences , directement auprès du commissariat ou de la gendarmerie la plus proche sur le www.servicepublic.fr/cmi Anonyme et gratuit, ce tchat est accessible 24h/24 et 7j/7 pour échanger avec des policiers ou des gendarmes spécialement formés aux violences sexistes et sexuelles.

www.imazpress.com / [email protected]

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