Les policiers de La Réunion se sentent trahis et écœurés par "l'hypocrisie" de Gérald Darmanin leur ancien ministre

  • Publié le 11 août 2026 à 03:00
  • Actualisé le 11 août 2026 à 06:00
Le nouveau garde des Sceaux, Gérald Darmanin, au ministère de la Justice (Paris), le 24 décembre 2024. (JULIEN DE ROSA / AFP)

Dans un courrier adressé à Laurent Nunez, ministre de l'Intérieur, le 29 juillet dernier, Gérald Darmanin critique le traitement des affaires de violences sexuelles sur mineures. Dans cette affaire révélée par Le Monde, le Garde des Sceaux déplore notamment les défaillances de la police judiciaire sur ces dossiers sensibles comme celui de la petite Lyhanna qui a ému la France entière en mai dernier. Le positionnement de Gérald Darmanin a ulcéré les représentants des forces de l'ordre de La Réunion. Ils dénoncent en bloc "l'hypocrisie" de celui qui a occupé le poste de ministre de l'Intérieur de juillet 2020 à septembre 2024 (Photo AFP)

"Ses propos sur mes collègues sont scandaleux et aberrants. On ne comprend d'ailleurs pas pourquoi le ministre de la Justice se permet de faire le bilan de la police nationale", pointe Gilles Clain, secrétaire national exécutif du syndicat Unité Police.

Des propos que partage et prolonge son collègue Mickaël Hoareau, secrétaire régional de l'Unsa Police, qui s'étonne du positionnement critique de Gérald Darmanin. "Les problématiques qu'il évoque, ce n'est pas nouveau au sein de la police. Il a été le chef d'orchestre place Beauvau pendant des années. Il avait tout le temps de trouver des solutions quand il était aux commandes."

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- "À La Réunion, chaque enquêteur devrait gérer entre 200 et 400 dossiers" -

Loin de vouloir endosser la responsabilité des errements concernant les affaires de violences sexuelles sur mineurs, les policiers de La Réunion notent surtout le manque de moyens alloués dans ce domaine. "L'Office mineurs (OFMIN) à La Réunion ne compte que 11 professionnels, dont 4 dans le Sud. Nous sommes submergés par les enquêtes", insiste Gilles Clain. Chaque enquêteur devrait ainsi gérer en moyenne sur le territoire de 200 à 400 dossiers. Cela alors même que les chiffres explosent en matière d'infractions envers les mineurs, mais aussi de violences intrafamiliales ou de trafics de stupéfiants.

Autre préoccupation à laquelle doivent faire face les policiers, l'organisation de la formation obligatoire dans ce domaine sensible où ils sont amenés à côtoyer des enfants. Formation qui réduit d'autant le nombre d'enquêteurs à exercer sur le terrain. "Cette thématique est difficile. Il y a peu de volontaires et ils doivent être obligatoirement formés pour accueillir et communiquer avec un mineur. Il nous faut constituer une infraction en utilisant des termes techniques avec des mots d'enfant", explique Mickaël Hoareau.

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- Gérald Darmanin "aurait pu en changer quand il était encore aux manettes" -

Un sujet supplémentaire évoqué par le Garde des Sceaux dans son courrier crispe les forces de l'ordre. Il s'agit de la longueur des procédures judiciaires qui peinent parfois à aboutir. "Nous utilisons un logiciel obsolète qui nous complique la vie. Mais à qui la faute ? Gérald Darmanin a finalisé l'appel d'offre de ce logiciel et il aurait pu en changer quand il était encore aux manettes", s'agace le représentant de l'Unsa.

Plus globalement, c'est d'incompréhension mêlée d'indignation et de trahison qu'est agité le rang des officiers de police après cette missive. Ils expriment l'idée de servir de bouc émissaire médiatique. "L'ancien ministre utilise la police comme outil de propagande ou à des fins électoralistes, en camouflant les vrais problèmes que nous subissons. On nous demande de tout prioriser, la lutte contre les stupéfiants, les violences sur mineurs… mais la procédure judiciaire n'est pas simplifiée. On ne peut pas gérer tout ça dans ces conditions et ce sont les victimes qui sont alors oubliées", s'exaspère Gilles Clain.

- "On nous fait porter le chapeau" -

Ce projet autour de la simplification de la procédure judiciaire représente une revendication forte des forces de l'ordre. Cela leur permettrait de passer plus de temps sur le terrain en allégeant le formalisme de certains rapports et accélérerait les interactions entre police et justice en passant par des mécanismes dématérialisés.

Car, à l'heure actuelle, ces interactions ne semblent pas satisfaire les policiers réunionnais. "On nous fait porter le chapeau mais, très souvent, nous essayons de contacter le parquet par mail et par téléphone et nous n'obtenons aucune réponse." Avec ces mots, Gilles Clain rappelle que les enquêteurs travaillent sous la responsabilité d'un enquêteur et ne peuvent avancer sur une affaire que sous la supervision de ce dernier.

Alors que le torchon brûle entre Laurent Nunez et Gérald Darmanin après ce courrier incendiaire, certains dans leurs administrations respectives veulent toutefois opter pour une collaboration renforcée et améliorée, à l'avenir, entre police et justice.

"Il faut essayer de voir les choses d'un œil optimiste. Les problématiques sont connues. Il faut maintenant donner les moyens de travailler aux enquêteurs et aux procureurs. Opposer ces deux structures, comme le fait Gérald Darmanin, ce n'est pas bénéfique car nous travaillons main dans la main et dans l'intérêt des victimes" estime Mickaël Hoareau.

- Que les souffrances des victimes ne restent pas sans réponse -

Ces paroles ne pourront donner des résultats concrets qu'à condition qu'un recrutement national d'ampleur offre plus de ressources aux enquêteurs, aux magistrats, mais aussi aux éducateurs spécialisés et aux autres acteurs de la prévention en matière de délinquance.

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Le plan Investigation, lancé en mars 2026 par Laurent Nunez, constitue aussi un enjeu afin d'intégrer les nouvelles technologies dans le travail de la police judiciaire.

Reste à voir, désormais, quelles seront les prochaines mesures du gouvernement dans le domaine judiciaire afin que les souffrances des victimes ne restent pas sans réponse.

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1 Commentaires
Pierrot
Pierrot
36 minutes

Les journalistes vous avez une piste d'enquête offerte sur un.plateau. Ce policier parle d'un logiciel obsolète qu'ils sont obligés d'utiliser pour leurs procédures. Vous avez exactement la même chose aux impôts et sûrement dans dautres administrations.
Pourquoi une telle gabegie et qui en est à l'origine ? Le temps et l'énergie perdus sont monstrueux.