Cocaïne basée, cannabinoïdes de synthèse, dou, médicaments détournés… Le paysage des drogues continue d'évoluer à La Réunion. Dans son rapport sur les tendances observées en 2025, publié ce mardi 15 septembre 2026, l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) fait état d'une diversification des substances consommées et des réseaux de trafic. L'organisme alerte également sur une précarisation rapide des usagers les plus vulnérables. (Photo d'illustration www.imazpress.com)
Le marché des drogues poursuit sa transformation à La Réunion. Dans son rapport "Substances psychoactives, usagers et marchés", l'OFDT relève que "la diversification et la diffusion des produits psychoactifs illicites demeurent une préoccupation majeure des forces de l'ordre".
Les réseaux de revente se structurent et adaptent leurs pratiques, notamment grâce aux réseaux sociaux et aux messageries, tel que Snapchat ou encore WhatsApp. Les offres "en gros" se multiplient et les trafiquants proposent une gamme de produits de plus en plus diversifiée.

(Source : coordination régionale TREND)
- Crack, dou et "chimique" davantage présents à La Réunion -
Dans les espaces de marginalité urbaine, l'alcool et le zamal restent très présents, mais l'OFDT constate surtout en 2025 une polyconsommation diversifiée, avec notamment "une progression de la cocaïne basée (crack) dans l'ensemble de l'île".
Le dou, appellation locale qui regroupe différentes cathinones de synthèse, est également bien implanté. Dans le même temps, les cannabinoïdes de synthèse, appelé tabac chimique ou chimique, connaissent "un retour remarqué, avec des effets de plus en plus puissants" ayant provoqué des complications chez certains consommateurs.
Dans sa publication, l'Observatoire rapporte les propos d'un membre des équipes du dispositif Un Chez-Soi d’Abord19, accompagnant un usager de chimique qui dit fabriquer différentes recettes de chimique :"Dans le nord, on a des consommateurs qui consomment depuis longtemps et qui cuisinent depuis long- temps aussi. Ils sont très connus des autres usagers de chimique. On a une personne qui a même hérité de la recette par son père, qui cuisinait, et maintenant il le fait lui-même".
Les médicaments détournés de leur usage thérapeutique occupent eux aussi une place importante dans les polyconsommations. L'Artane reste particulièrement recherché, tandis que le Rivotril apparaît davantage chez les jeunes âgés d'environ 16 à 20 ans. L'OFDT observe également l'émergence de la Ritaline consommée hors cadre médical. Ce médicament est un psychostimulant puissant qui permet de réguler l'hyperactivité pathologique de certains enfants.
- La cocaïne moins chère en fin d'année -
À La Réunion, les prix des drogues restent très élevés. Selon l'OFDT, le gramme de cocaïne se négociait autour de 140 euros pendant la première moitié de l'année 2025, avant de descendre à 120 euros en fin d'année, avec des prix pouvant varier de 90 à 150 euros.
Le dou affiche également un prix courant de 120 euros le gramme, pouvant grimper jusqu'à 200 euros. La résine de cannabis se vend autour de 20 euros le gramme, tandis que la skunk est entre 10 et 15 euros. Pour le zamal, produit à LA Réunion, comptez généralement 20 euros le rouleau d'environ 10 grammes.
Du côté des drogues de synthèse, un comprimé d'ecstasy coûte généralement 20 euros, tandis que la MDMA en poudre monte à environ 70 euros le gramme. L'OFDT souligne également que certains produits sont désormais proposés "en gros", notamment via les réseaux sociaux : 10 grammes de cocaïne peuvent être vendus 700 euros et 10 grammes de dou 800 euros.
- Des usagers qui basculent rapidement dans la précarité -
Cette diversification des consommations n'est pas sans conséquences. L'OFDT décrit chez les personnes les plus vulnérables une "précarisation rapide", pouvant se traduire par un "endettement massif, une perte de logement, un isolement et une augmentation des actes de violence ou de prostitution".
Les professionnels du secteur socio-sanitaire se disent par ailleurs "démunis face à la banalisation des surdoses et aux difficultés de coordination (dans l'accompagnement des consommateurs, ndlr), notamment avec la psychiatrie".
- Deux fois plus de mules interceptées en un an -
Comme la consommation, le trafic évolue. L'OFDT souligne le développement de la voie aérienne : 58 mules ont été interceptées en 2025, contre 24 en 2024. Parmi elles, 44 transportaient des stupéfiants et 14 de l'argent. Environ 500.000 euros ont été saisis. Les saisies de cocaïne transportée par des passagers ont atteint 56 kg, contre 43 kg en 2024.
"Avant, on me faisait venir la cocaïne par des colis. Mais depuis un an ou deux, c’est des personnes qui viennent avec des bagages. C’est risqué, mais pas tant que ça en fait et on en a plus", témoigne un revendeur de cocaïne, de résine de cannabis et de MDMA dans le rapport.
La voie maritime devient l'objet d'une attention particulière, face à la possibilité d'acheminer des volumes beaucoup plus importants, tandis que le fret postal reste utilisé. Un revendeur de dou raconte : "Je commande par Internet et je fais livrer soit chez des gens, soit dans des boîtes aux lettres qui n’existent plus". Pour l'OFDT, ces évolutions témoignent d'une adaptation permanente des réseaux et d'une offre de drogues toujours plus diversifiée à La Réunion.
Le rapport relève enfin deux autres phénomènes en 2025 : l'injection, qui reste "très confidentielle" mais concerne désormais davantage de substances et de profils, ainsi que la présence désormais confirmée de méthamphétamine à La Réunion. Selon les observations recueillies par l'OFDT, celle-ci serait parfois administrée à l'insu des consommateurs pour les "accrocher", renforçant la nécessité d'analyser les produits en circulation.
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En cas de besoin, pour vous ou une personne que vous connaissez , vous pouvez vous rapprocher de l’un des 5 centres d'addictologie de La Réunion : Centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPAs Addiction France) à Saint-André, Saint-Denis, Le Port, Saint-Paul, Saint-Pierre. Mais aussi dans les différents services d’addictologie du CHU de La Réunion à Saint-Denis et à Saint-Louis. Dans l'ouest, au CHOR de Saint-Paul.
• Service d’addictologie "Fleur de canne" du GHER (Saint-Benoît)
• Clinique Robert Debré (Saint-Gilles Les Hauts)
• CSAPA Kaz’Oté (Saint-Paul)
vg / www.imazpress.com / [email protected]


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