Ce vendredi 12 juin 2026, le procès d'un vaste trafic de zamal en direction de l'île Maurice entre dans sa deuxième journée d'audience. Après presque trois ans d'enquête, douze prévenus, dix hommes - dont l'ex directeur de cabinet du maire de Saint-Suzanne -, et deux femmes se retrouvaient jeudi à la barre du tribunal correctionnel pour une audience prévue sur deux jours. Les peines requises par le ministère s'échelonnent de 10 années d'emprisonnement à 3 ans, dont deux avec sursis probatoire, suivant l'implication de chacun. (Photos d'illustration : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)
Gaëtan Petitdemange était le premier à être interrogé par le président Dufour ce jeudi. Comme durant l'instruction, il précise l'organisation du réseau : "Maraz est le commanditaire. Gros Madras est le chef pour l'Est de l'île. Moi, je suis juste derrière au même niveau que le "capitaine", explique-t-il.
C'est Bertrand De Boivilliers qui est désigné comme étant le "capitaine" avant que celui-ci ne tente de créer son propre réseau. Et c'est bien ce dernier qui est le centre de ce procès. Contrairement aux autres prévenus, il possède un certain niveau d'études et de vie.
Cadre de catégorie A, il est le directeur général des services de la mairie de Sainte-Suzanne avant de devenir le directeur de cabinet du maire de l'époque. S'il reconnaît les faits, il tente de minimiser son implication : "Je n'ai fait que 5 exports et 2 qui n'ont pas réussi. Il y avait entre 8 et 10 sacs en moyenne par voyage" admet-il.
Mis en cause par deux de ses co-prévenus, il nie formellement être l'un des organisateurs du trafic. "Je ne faisais que le transport. C'est tout. J'avais des difficultés financières depuis 2022/2023 ", tente-t-il de dire pour se défausser.
"J'ai des dettes car je suis addict au jeu, mais le bateau me coûtait cher aussi. Alors, lorsque l'on m'a proposé d'exporter du zamal, j'ai dit oui", reconnaît encore le fonctionnaire communal.
- "J'ai encore succombé à l'appât du gain" -
Laurent Mariaye dédouane l'ancien directeur de cabinet : "Il ne faisait que transporter les stupéfiants avec son bateau. Il donnait les points GPS pour les transferts en mer avec les bateaux mauriciens. Il m'a dit qu'il avait des problèmes d'argent, alors je lui ai proposé les transports.
Lorsque le procureur l'interroge sur sa récidive, il répond. "Je n'ai pas réfléchi. J'ai encore succombé à l'appât du gain. Je ne comprends pas pourquoi j'ai fait cela", admet-il avant de détailler son rôle. "Moi, je devais collecter les sacs, mais je n'étais pas un organisateur contrairement à 2021. Là, j'étais le patron à La Réunion. Je faisais tout."
La tension monte d'un cran lorsque, Guito Louise, est pointé du doigt par l'instruction comme un intermédiaire entre la tête de réseau mauricien et les "responsables" à La Réunion. Il dément formellement cette accusation en chargeant Bertrand De Boisvilliers.
"Lui", affirme-t-il, "il connaît Maraz. Il l'a déjà rencontré sur l'île Maurice. Je surveillais les chargements sur les ordres de De Boisvilliers. Et c'est sur les ordres des Mauriciens que tout le monde me charge". Soutient encore Guito Louise.
Devant ces déclarations, l'ancien directeur de cabinet se défend "Je n'ai jamais rencontré Maraz. Les seuls Mauriciens que j'ai rencontrés sont ceux qui étaient sur le bateau pour transborder les sacs.
- Les prévenus minimisent leurs responsabilités -
Après l'audition de ceux que le magistrat instructeur désigne comme étant les plus impliqués, le président donne la parole à ceux que l'on pourrait qualifier de petites mains.
Tous reconnaissent les faits sans aucune difficulté, mais en minimisant leurs responsabilités.
C'est ensuite la personnalité des 12 prévenus qui est abordée par le tribunal. Globalement onze des douze prévenus, dont les femmes, ont un profil assez identique, à l'exception de Laurent Mariaye. Celui-ci, est déjà lourdement condamné pour un dossier identique, les autres prévenus ont soit un tout petit casier avec une ou deux mentions, soit un casier vierge.
Malgré un train de vie qui souvent dépasse largement leur revenu, pratiquement tous ont de petits jobs ou ne travaillent pas. Seul, Bertrand De Boisvilliers dénote.
Titulaire d'un master de droit, il occupe durant des années des postes importants au sein de la mairie de Sainte-Suzanne avec un salaire largement supérieur à ceux de ses co-prévenus. C'est aussi grâce ou à cause de lui que ce dossier a pris une telle ampleur médiatique.
Dès la fin de la coupure méridienne, Antoine Tur commence son réquisitoire : "Je reste sur ma faim. Ils reconnaissent mais aucun n'assume. Un trafic de stupéfiants, ce n'est pas l'armée. Oui, nous n'avons pas pu remonter jusqu'aux commanditaires mauriciens, mais, à la Réunion, il n'y avait personne au-dessus d'eux", attaque le magistrat.
"Ce dossier n'est pas banal. Il a été correctionnalisé par opportunité. Devant les gains possibles, le trafic de drogue a traversé toutes les couches sociales de la société. Et, il est choquant de retrouver une personne comme Bertrand De Boivilliers dans ce type de dossier", lance-t-il.
"Il faut prononcer des peines importantes pour rendre le bénéfice argent - risque défavorable. Il faut que le trafic ne devienne pas rentable. Ils ont tous une implication bien plus grande que les simples mules que l'on voit passer régulièrement en comparution immédiate", charge Antoine Tur en enchaînant sur chacun des prévenus en commençant par les plus impliqués.
"Gaëtan Petitdemange est le plus impliqué dans ce dossier. Les investigations démontrent qu'il est à un certain niveau. Dans ce dossier, il est considéré comme un co-auteur", constate-t-il en enchaînant sur le Saint-Suzannois.
- 70.000 euros d'épargne et des "explications sur ses dettes ne tiennent pas"-
Antoine Tur se tourne maintenant vers Bertrand De Boivilliers : "Lui, c'est son expertise de la navigation qui est monnayée. Il est investi dans ce trafic. Il n'a pas de problème d'argent. Il a de l'épargne, plus de 70.000 euros. Ses explications sur ses dettes ne tiennent pas. C'est même indécent. S'il est addict au jeu, il sait très bien qu'il aurait pu faire appel aux services spécialisés de l'hôpital. Il a dépassé ses devoirs, dont celui d'exemplarité qui est de respecter la loi. Et il est payé par de l'argent public. On ne peut pas lui faire confiance".
Quant à Guito Louise, son monde, c'est celui du trafic de drogue. "Ses ressources financières ne correspondent pas à son train de vie" constate Antoine Tur, finissant son réquisitoire en balayant les autres prévenus, considérés comme moins impliqués, avant de requérir les peines.
Pour les quatre plus impliqués, il demande globalement la même peine de 7 années d'emprisonnement avec des amendes allant de 20.000 à 30.000 euros En récidive légale pour une affaire similaire, Antoine Tur monte jusqu'à 10 ans d'emprisonnement et 50.000 euros d'amende. Les autres peines requises s'échelonnent entre 4 ans, dont un avec sursis probatoire, et 3 ans, dont 2 avec sursis probatoire avec plusieurs obligations.
Après les réquisitions, les avocats des "petits" ont pris la parole les uns après les autres jusqu'en fin d'après-midi. Tous affirment que les demandes du ministère public sont excessives et totalement démesurées.
Ce vendredi 12 juin 2026, dès 8 heures, les conseils plaideront pour leur client respectif, ceux pour lesquels le parquet a requis les plus lourdes sanctions.
Le délibéré devrait être prononcé dans le courant de la journée.
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