Trafic de drogue entre La Réunion et Maurice : l'ancien directeur de cabinet du maire de Sainte-Suzanne jugé par le tribunal de Saint-Denis

  • Publié le 11 juin 2026 à 05:15
  • Actualisé le 11 juin 2026 à 08:13
Bertrand De Boisvilliers,

Ce jeudi 11 juin 2026, s'ouvre, devant le tribunal correctionnel de Saint-Denis, le procès d'un vaste trafic de zamal en direction de l'île Maurice. Parmi les douze prévenus qui s'aligneront à la barre des prévenus, Bertrand De Boisvilliers, 58 ans, ancien directeur de cabinet de Maurice Gironcel lorsqu'il était maire de Sainte-Suzanne. Les prévenus encourent jusqu'à 10 ans d'emprisonnement, à l'exception de quelqu'un en récidive qui risque jusqu'à 20 ans. Le procès est prévu pour durer deux jours. (Photo www.imazpress.com)

L'affaire démarre le 12 juillet 2023. En tout début de matinée, les services de gendarmerie reçoivent un appel pour signaler, sur le secteur de Beaufond à Sainte-Suzanne, la présence d'un speed boat d'origine mauricienne abandonné sur une plage.

- Du zamal et des médicaments -

Une patrouille se rend sur place. Ils constatent que le bateau n'a plus de moteur, mais ils découvrent plusieurs dizaines de bidons d'essence et aussi d'huile. De plus, ils mettent la main sur un sac de sport avec à l'intérieur, particulièrement bien emballé, 1,4kg de zamal et de nombreux médicaments comme du Tramadol ou de la Méthadone.

Les militaires sont persuadés qu'ils sont en présence d'un navire faisant la navette entre l'île sœur et La Réunion pour transporter de la drogue, principalement du zamal réunionnais en direction des consommateurs mauriciens. Ils prennent alors contact avec leurs collègues à Port Louis et apprennent que le bateau appartient à un vaste réseau de trafiquants sous la direction d'un certain "Maraz" qui se revendique comme le successeur de Franklin.

- Un vaste réseau de drogue entre les deux îles -

Grâce au matériel retrouvé sur place, les techniciens en identification criminelle relèvent plusieurs traces papillaires et ADN. Ils parviennent ainsi à identifier un certain Gaëtan Petitdemange. Sa compagne est elle aussi identifiée grâce à sa ligne mobile. Les investigations durent presque un an.

En mai 2024, le couple est interpellé ainsi qu'un certain Clency Marie. En garde-à-vue, Gaëtan Petitdemange livre certaines explications comme l'organigramme du réseau tout en minimisant fortement sa participation. Sa compagne, quant à elle, joue l'oie blanche ignorant tout des activités de son compagnon. Entendu à son tour, Clençy Marie reconnaît vaguement avoir simplement récupéré du zamal auprès de "producteurs" locaux.

L'exploitation des GSM met en évidence de nombreux contacts avec un certain Bertrand Deboivilliers. Une information judiciaire est ouverte. Les deux hommes sont placés en détention provisoire tandis que la jeune femme est placée sous contrôle judiciaire. L'enquête se poursuit en commission rogatoire. Plusieurs autres personnes sont identifiées, comme Fadil Domun dit "Gros Madras" ou encore un certain Guito Louise.

- Pris en flagrant délit -

En novembre 2024, les policiers mauriciens préviennent leurs collègues réunionnais de l'interpellation au large de Maurice d'un bateau avec à son bord 96 kilos de zamal en provenance de la Réunion. Cette cargaison provient d'un échange en haute mer avec un bateau venant du Port de Sainte-Marie. Les militaires français sont persuadés que le bateau appartient à Bertrand De Boisvilliers.

Alors directeur de cabinet du maire de Sainte-Suzanne, il est mis sous étroite surveillance. L'enquête va ensuite permettre d'identifier d'autres protagonistes comme Yann Hoarau ou encore Laurent Mariaye déjà connu de la justice pour des faits identiques.

Le 2 mai 2025, les militaires remarquent de nombreux allers-retours et le chargement du bateau. Ils sont certains qu'une livraison va bientôt avoir lieu. Le lendemain, de nombreux gendarmes envahissent le Port de Sainte-Marie. Bertrand De Boisvilliers et Yann Hoarau sont interpellés, à bord du bateau. Les forces de l'ordre mettent la main sur 147 kilos de zamal et 300 grammes de résine de cannabis. Dix jours plus tard, Guito Louise et Laurent Mariaye sont eux aussi arrêtés et placés en garde-à-vue.

Devant la continuité des faits, il est décidé de joindre les deux instructions en une seule. Durant l'enquête, plusieurs autres personnes sont interpellées, principalement des petites mains mais nécessaires au bon fonctionnement du réseau et du trafic. Un trafic particulièrement juteux. En effet, si le kilo de zamal se négocie entre 3.000 et 6.000 euros à La Réunion, il est revendu aux alentours de 23.000 euros à l'île Maurice.

- Le trafic a pu générer plusieurs millions d'euros -

Pour le magistrat instructeur, il s'agit d'un vaste programme d'export de stupéfiants, principalement du zamal produit à La Réunion, en direction de Maurice. À raison de plus de 100 kilos de produits par voyage, le trafic a pu générer plusieurs millions d'euros.

Il considère que l'on se trouve en présence d'au moins deux équipes mais qui peuvent se croiser.

Au final se sont 12 personnes qui sont renvoyées devant le tribunal correctionnel.

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