Pleins feux sur les "Sages"

Loi immigration : l'heure de la sentence constitutionnelle a sonnĂ©

  • PubliĂ© le 25 janvier 2024 Ă  13:46
  • ActualisĂ© le 25 janvier 2024 Ă  14:52
L'entrée du Conseil Constitutionnel à Paris, le 22 janvier 2024

Pleins feux sur les "Sages": le Conseil constitutionnel rend jeudi sa dĂ©cision trĂšs attendue sur la loi immigration, adoptĂ©e en dĂ©cembre au prix d'une crise politique dans le camp prĂ©sidentiel, oĂč une censure partielle du texte controversĂ© serait vue d'un bon Ɠil.

Les neuf juges rendront leur copie dans l'aprĂšs-midi, Ă  partir de 16H30 au plus tĂŽt. Elle s'annonce touffue, tant les mesures sur la sellette sont lĂ©gion dans le projet de loi, durci sous la pression de la droite et votĂ© avec l'appui de l'extrĂȘme droite.

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Restrictions du regroupement familial, de l'accÚs aux prestations sociales ou encore fin de l'automaticité du droit du sol: les dispositions qui, selon des juristes, sont menacées par le filtre constitutionnel sont aussi les plus décriées du texte.

Il s'agit principalement de celles réclamées par Les Républicains (LR) et accordées par une majorité présidentielle réticente, mais cherchant à éviter l'enlisement. Des concessions qui ont déclenché une crise interne, culminant avec l'étalage des états d'ùmes de plusieurs ministres et la démission de l'un d'eux.

Des dizaines de milliers de personnes ont encore battu le pavé dimanche contre la loi. Et des opposants - associations, collectifs, juristes, syndicats - dénonceront jeudi prÚs du Conseil à Paris un texte "portant gravement atteinte aux droits des personnes exilées".

- "J'assume totalement" -

Le vote favorable des dĂ©putĂ©s du Rassemblement national (RN), saluĂ© comme une "victoire idĂ©ologique", a laissĂ© un goĂ»t amer dans le camp prĂ©sidentiel, oĂč une censure des articles les plus corrosifs est attendue comme une Ă©chappatoire.

Jusqu'au sein de l'exécutif, qui a paradoxalement souhaité ouvertement qu'une partie d'un texte qu'il a initié soit censurée.

Pour Emmanuel Macron, faute de majoritĂ© absolue Ă  l'AssemblĂ©e, il fallait pour aboutir accepter "des choses qui parfois ne nous plaisent pas", y compris potentiellement inconstitutionnelles. "Je l'assume totalement", a-t-il lancĂ© devant les parlementaires de la majoritĂ© le 15 janvier, aprĂšs avoir lui-mĂȘme saisi le Conseil constitutionnel.

"Est-ce qu'on a dĂ©jĂ  vu un prĂ©sident de la RĂ©publique et des ministres expliquer qu'ils ne respectent pas l'État de droit? C'est trĂšs grave", a fustigĂ© jeudi sur LCI la prĂ©sidente des dĂ©putĂ©s insoumis Mathilde Panot.

L'institution, déjà sous le feu des projecteurs lors de la réforme des retraites, n'est pas "une chambre d'appel des choix du Parlement", a rappelé son président, l'ex-Premier ministre socialiste Laurent Fabius.

Les Sages retoqueront les "cavaliers législatifs", ces ajouts parlementaires qu'ils jugeraient sans lien suffisant avec l'objet de la copie initiale du gouvernement. Et ils censureront sur le fond les articles bafouant selon eux les principes et valeurs constitutionnels.

- "Une boucherie chevaline" -

Ils ont fort Ă  faire: le projet de loi est passĂ© de 27 articles Ă  86, sous l'effet surtout des ajouts de LR. "Ça va ĂȘtre la boucherie chevaline", anticipe un cadre Renaissance Ă  l'AssemblĂ©e, ironisant sur les "cavaliers gros comme des percherons" que la droite a tenu Ă  insĂ©rer dans le texte.

Le chef de file des sénateurs LR, Bruno Retailleau, en premiÚre ligne sur la rédaction du texte finalement voté, a demandé jeudi sur France Inter au Conseil constitutionnel de "s'en tenir au droit, à la Constitution" y voyant "la seule façon pour les sages du Conseil d'éviter la critique".

Plusieurs dizaines de mesures sont ciblées dans les saisines des parlementaires de gauche, dont quatre aussi citées dans celle de la présidente macroniste de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet.

Est notamment visée la durée de résidence requise pour que des non-Européens puissent bénéficier de prestations sociales comme les allocations familiales, fixée à cinq ans pour ceux ne travaillant pas et 30 mois pour les autres. Pour l'Aide personnalisée au logement (APL), ces seuils ont été fixés à 5 ans et 3 mois.

Une consécration de la "préférence nationale" chÚre au RN, se réjouit ce dernier et accuse la gauche.

Les durcissements du regroupement familial sont aussi dans le viseur, de mĂȘme que l'instauration de "quotas" fixĂ©s par le Parlement pour plafonner le nombre d'Ă©trangers admis sur le territoire, la caution demandĂ©e aux Ă©tudiants Ă©trangers, ou la fin de l'automaticitĂ© de l'obtention de la nationalitĂ© française Ă  la majoritĂ© pour les personnes nĂ©es en France de parents Ă©trangers.

Si trop de mesures étaient déclarées inconstitutionnelles, "il faudra tout simplement revenir à la proposition qui était la nÎtre" de réviser la Constitution, a prévenu mardi le président LR du Sénat Gérard Larcher.

Mais cette réforme, prévoyant de pouvoir déroger aux rÚgles de l'UE, est exclue par la majorité.

www.imazpress avec l'AFP

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