À La Réunion, les urnes sous haute surveillance pour les municipales

  • Publié le 13 mars 2026 à 04:41
  • Actualisé le 13 mars 2026 à 04:50
Élections urne

Ce dimanche 15 mars 2026, tous les regards seront tournés vers elles : les urnes transparentes dans lesquelles tomberont vos bulletins de vote. À l’approche des élections municipales, la question de la sécurité du vote revient régulièrement dans le débat public à La Réunion. Les urnes font pourtant l’objet de procédures strictes encadrées par la loi : présence d’assesseurs choisis par les différents candidats, contrôle des listes d’émargement, procès-verbal transmis au ministère de l’Intérieur et dépouillement public (Photo Richard Bouhet / www.imazpress.com)

C’est un sujet qui passionne les Réunionnais, tant des fraudes électorales ont marqué les esprits par le passé. Les gramounes se souviennent des coupures d’électricité pendant le dépouillement pourtant public, d'annonces du nom d’un autre candidat que celui inscrit sur le bulletin sorti de l’urne. Ou encore, l'annonce du nom d’un candidat qui ne s’est pas présenté à l’élection et des bourrages d’urnes, en plein jour, dès que celles-ci se trouvent sans surveillance. 

Des pratiques qui n’ont plus cours sur l’île, nous assure-t-on, pourtant, les questions demeurent, quand des candidats eux-mêmes craignent des fraudes et remettent en question la sécurité des urnes. 

- Surveillance du déroulement du scrutin : les militants se préparent -  -

Tout se joue, entre 8 h et 18 h, période sensible que les candidats demandent à leurs militants de surveiller avec la plus grande vigilance.

Et c’est bel et bien à ce moment que les bénévoles venus "tenir" les bureaux de vote sont appelés à être omniprésents.

Cette militante nous explique avoir été formée avec d’autres volontaires, par l'équipe de son candidat : "La consigne qu’on nous a donnée, c’est de rester très concentrés la journée."

Elle lance : "Nous ne devons pas nous absenter en même temps qu'un collègue du même bureau. Nous devons aussi contrôler les listes d’émargement à leur arrivée, être sûrs qu’il n’y a pas déjà des signatures" la crainte dans ce cas là, c'est que des enveloppes soient ajoutées, discrètement, dans la journée.  

Une fois l’heure du dépouillement venue, il n’est théoriquement plus possible de tricher. 

Les assesseurs se préparent tout de même : "Nous devons bien regarder la main du président lorsqu’il sortira les bulletins, pour nous assurer qu’il ne déchire pas un bulletin à nous, par exemple. Autre chose, si jamais il y a du bruit dehors, nous ne devons pas nous laisser distraire et ne pas aller voir, car cela peut être un moyen de nous faire sortir de la salle."

"Nous avons peur qu’ils dépouillent en faisant des tas de 50, 100 enveloppes et, à la moindre inattention, qu’ils les remplacent par un autre tas déjà prêt avec uniquement le nom de leur candidat" nous dit-elle.  

- Sécurité renforcée : "le secret des deux clés" et l'envoi informatisé des procès-verbaux de dépouillement -

Du côté des services en charge de l’organisation du scrutin municipal des 15 et 22 mars prochain à La Réunion, on l’assure, les procédures sont strictes et tous veillent au bon fonctionnement de la journée de vote. 

Sur le site du gouvernement, on peut lire ceci : "La sincérité du scrutin est primordiale. Pour prévenir tout risque de fraude, chaque urne est sécurisée par un système de double verrouillage" :

Deux serrures dissemblables ferment l'urne ;

Deux clés différentes sont détenues par deux personnes distinctes (le président du bureau et un assesseur tiré au sort par l’ensemble des assesseurs)

Cette règle garantit que l'urne ne peut être ouverte qu'en présence des responsables du bureau, assurant la transparence totale du déroulement du scrutin. 

Autre mesure officielle qui vise à sécuriser le scrutin : la généralisation de l’utilisation de l'application Eirel, envoi informatisé des résultats électoraux, développé par le ministère de l’Intérieur afin de faciliter la remontée des résultats des élections.

Eirel permet aux communes de transmettre leurs résultats de manière simple et sécurisée, par l’intermédiaire d’un fichier informatique. Cette application permet de fiabiliser les transmissions des procès-verbaux et d’éviter les longs appels téléphoniques lors de la soirée électorale.

- La gestion du vote : le rôle des mairies - 

Partout sur l’île, les urnes transparentes sont transportées des mairies aux bureaux de vote, puis inversement, dans des véhicules communaux. 

Au Tampon, la ville compte 84 bureaux de vote, Marie-José Morel, Chargée des élections pour la ville, nous explique : "Tous les documents nécessaires à la préparation du bureau de vote sont préparés au niveau du bureau électoral. Nous avons une grande salle dans laquelle on dispose les 84 urnes et dans lesquelles on va, au fur et à mesure, glisser les différents documents nécessaires au déroulement du vote le dimanche : on va mettre la composition du bureau, puisque le président doit connaître qui est dans son bureau.

Elle continue : "On va mettre la pochette de la secrétaire pour les documents, les textes réglementaires, les bulletins, les enveloppes, les fournitures de bureau : crayons, gommes, tout ce qu'il faut pour le déroulé du scrutin."

La ville du Port aura besoin d'une flotte de près de 17 véhicules pour acheminer les urnes dans les 35 bureaux de vote que compte le territoire, et ce dès 6 h 45 ce dimanche matin.

Teddy Fleury, directeur de la vie civile et citoyenne, au Port, explique : "35 bureaux de vote, c'est donc 35 présidents, et 35 présidents suppléants. Comme ça, si le président doit sortir en cours de journée, pour aller voter par exemple, son suppléant sera là. Pour être président, il faut être un électeur de la ville."

- 18h début du dépouillement - 

Sur le déroulement de la journée, Teddy Fleury ajoute : "À 18 h, dans chaque bureau de vote, les membres du bureau vont compter le nombre d’émargements, le nombre de signatures qu’il y a eu dans la journée. Puis, ils vont compter le nombre d’enveloppes introduites dans l’urne, on doit trouver le même chiffre. Il peut arriver qu’un électeur oublie de signer, et dans ce cas c’est noté au procès-verbal, ce qui explique pourquoi il y a un décalage." Tant que ce décalage reste minime et de l’ordre de l’erreur humaine, ce n’est pas une fraude. 

"Puis, commence le dépouillement, ils vont dire à haute voix le nom du candidat ou si c'est un bulletin nul ou blanc."

"À la fin, ils vont ranger le matériel qui va revenir en mairie pour que l’on prépare le colis pour la préfecture, pour les émargements et les bulletins nuls et blancs. C’est l’information notée sur les procès-verbaux qui sera transmise, pour ensuite centraliser tout cela."

"Une fois que le dépouillement public a commencé, et les résultats affichés, puis que l’urne quitte son bureau de vote, il n’est plus possible de modifier les résultats." 

Pour qu'une fraude électorale puisse avoir lieu, elle devrait alors se produire dans le bureau de vote, en plein jour et avant sa clôture. Pour rappel, la fraude électorale est un délit, qui peut entraîner l’annulation du scrutin et une lourde amende. 

À Saint-Pierre, en novembre 2024, deux hommes ont été condamnés à un an de prison avec sursis dans une affaire de fraude électorale. Ils ont aussi écopé d'une peine d’inéligibilité et sont privés de droit de vote pour 5 ans.

À quelques heures du premier tour de ce scrutin, le travail continue pour les mairies, il faut mettre à jour les listes d’émargement jusqu’au samedi 14 mars, pour recueillir les dernières procurations.  

Le jour du scrutin, plusieurs services de la mairie sont mobilisés : le service de restauration scolaire pour préparer le repas des équipes présentes dans les bureaux de vote, les services techniques, administratif et de communication sont mobilisés sur une très longue journée.

Car une fois le dépouillement terminé, il faut procéder au rangement des classes utilisées comme bureaux de vote pour la rentrée scolaire du lendemain, mais aussi, préparer tous les documents à envoyer immédiatement en préfecture. 

La Réunion compte 712.763 électeurs, tous sont attendus pour le premier tour de ces élections municipales ce dimanche 15 mars. 

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