"Zéro Drogue La Réunion" : 60 actions pour déstabiliser les trafiquants et "protéger notre île"

  • Publié le 26 juin 2026 à 14:35
colloque zero drogues

L'État à La Réunion, a décidé de faire de la lutte contre le narcotrafic, une grande cause régionale. Face aux trafics de stupéfiants et à leur consommation, ce vendredi 26 juin 2026, le préfet, Patrice Latron, a dévoilé son plan régional. Entre prévention, répression et communication, l'objectif est d'enrayer ce fléau. Depuis le début de l'année, 35 mules ont été interpellées à l'aéroport. Plusieurs millions d'euros de bénéfices sont générés par ces trafics (Photos : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

"Il nous faut mobiliser l'ensemble de la société réunionnaise. La Réunion est face à un danger criminel et de la délinquance qui va aller avec cela, interpelle Frédéric Sautron, sous-préfet à la cohésion sociale.

Cette mobilisation est fondée sur une approche globale de prévention, de protection et de mobilisation concrétisée par 60 premières actions articulées autour de trois piliers : prévention, répression et communication.

Pour se faire entendre, un vaste plan de communication va être déployé avec la création d'une bannière régionale, d'un slogan partagé "Zéro Drogue, La Réunion dit non". 

Renforcer l'information sur les conséquences sociales, économiques et sanitaires de la consommation et du trafic de stupéfiants est primordiale. 

"Désormais nous sommes en mission, protéger La Réunion", déclare le préfet de La Réunion. Écoutez.

- L'ARS débloque un million d'euros pour développer la prévention contre les addictions dans les établissements scolaires -

"La lutte contre les addictions est en enjeu social et territorial. Nous devons agir avant que les difficultés ne s'enracinent. Donner aux jeunes, aux familles, aux professionnels, la possibilité de dialoguer et d'orienter", déclare Jean-Jacques Coiplet, directeur régional de l'Agence régionale de santé (ARS).

Pour être efficace, "la prévention doit s'inscrire dans la durée avec des programmes adaptés au public". C'est le sens du déploiement des compétences psychosociales "pour aider les jeunes à demander de l'aide, résister à la tentation du groupe" et "prévenir les conduites à risques", dit le président de l'ARS.

Dès 2026-2027, l'ARS va renforcer les associations spécialisées en prévention pour "intervenir plus largement des élèves. Objectif, toucher 10.000 élèves chaque année. Écoutez le recteur de La Réunion, Rostane Mehdi.

Mais cela ne va pas sans la formation. "Il s'agit de former les acteurs de la politique de la ville, les professionnels de santé et les acteurs du travail". 

L'ARS va déployer "Aller Vers" pour une "approche essentiel dans les quartiers, avant l'isolement et l'installation durable des conduites addictives".

- Coordination, contrôles, répression et coopération internationale pour "déstabiliser les trafiquants -

Réprimer pour neutraliser et désorganiser les réseaux criminels, cela passe par 4 axes à La Réunion : la coordination dans la lutte anti-bande "pour détecter et faire tomber les trafics", contrôler les points d'entrées à La Réunion (le port, l'aéroport) "avec de nouveaux moyens pour éviter que les stupéfiants n'arrivent sur le territoire", la répression dans l'espace public "pour déstabiliser les trafiquants" et enfin la coopération internationale "une priorité pour l'État", détaille Vincent-Bernard Lafoucrière, directeur de cabinet du préfet.

Dès demain, "les services de police et de gendarmerie vont accroître leurs actions", dit-il. 

Une charte va d'ailleurs être signée avec le Grand port maritime de La Réunion. "Une mesure forte car la police nationale va s'y installer, avec la présence du renseignement territorial, de la police judiciaire et de la sécurité publique pour l'action contre les narcotrafics", explique Laurent Chavanne, directeur de la Direction territoriale de la police nationale (DTPN).

Pour les douanes, il s'agit de protéger la "frontière aérienne, maritime et numérique", indique Nicolas Le Gall, directeur régional des douanes.

"Soyez conscients que tous les services régaliens sont là pour faire tomber les trafics et protéger notre île", souligne le directeur de cabinet du préfet.

- Des passages aux urgences plus fréquents pour addiction aux stupéfiants -

Cette évolution concerne aussi les usagers. Pour le Dr David Mété, responsable du service d'addictologie du CHU Nord, la situation a profondément changé ces dernières années. "Nous prenons en charge de plus en plus de patients pour des troubles liés à l’usage de la cocaïne, que ce soit par voie nasale ou fumée", rappelle-t-il.

Là où ces cas étaient auparavant rares, ils sont devenus quotidiens. "Nous avons en permanence des personnes hospitalisées pour cette problématique. Avant, c’était exceptionnel", déplore l'addictologue. 

Géraldine Thomas, infirmière, précise : "les urgences sont confrontées à des patients qui arrivent avec des énormes anxiétés parce qu'ils sont en descente des nouveaux produits (dont la cocaïne, les nouveaux produits de synthèse)".

La cocaïne et les autres drogues entraînent des formes d’addiction particulièrement sévères avec des effets multiples : troubles du comportement, états dépressifs, prises de risques accrues.

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- 35 mules interpellées à La Réunion depuis le début de l'année -

Ce lundi 22 juin 2026, une mule de 21 ans a été interceptée à sa descente d'avion à l'aéroport Roland Garros par les agents de la douane. L'homme transportait plus de 18 kilos de cannabis dans ses bagages après avoir transité par plusieurs pays. 

Le 26 janvier 2025, le passager d’un vol reliant l'Hexagone à La Réunion est retrouvé mort à bord. L’autopsie a révélé une overdose de cocaïne. Dans son organisme, les médecins ont découvert 77 pochons de drogue ingérés, dont certains mal conditionnés. L'homme de 40 ans, originaire de Montpellier, n’en était visiblement pas à son premier voyage. Selon l’enquête, il avait déjà effectué plusieurs trajets similaires vers La Réunion ou la Polynésie française, pour le compte d’un réseau structuré. 

En 2025, les douanes ont intercepté 58 mules, dont 44 transportaient des stupéfiants. S’agissant de l’ensemble des saisies de produits stupéfiants réalisées par les douanes, en 2025 60 kilos de cocaïne et 40 kilos de cathinone (drogue de synthèse) ont été saisis.

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- La Réunion au coeur d'un trafic international de drogue -

La Réunion est désormais pleinement intégrée aux circuits du trafic international de stupéfiants. C’est le constat dressé dans un communiqué publié ce lundi 20 avril 2026 par la procureure de Saint-Denis, Véronique Denizot, qui évoque une situation en nette évolution ces dernières années.

"Depuis 2022, il est constaté l’arrivée de produits stupéfiants nouveaux, cocaïne et drogues de synthèse, de manière désormais massive", souligne-t-elle. Avec une "recrudescence récente de transport "in corpore", pratique particulièrement dangereuse".

Elle souligne également que le territoire est désormais "un marché, et pas un lieu de transit", marqué par des profits considérables pour les organisations criminelles et une hausse continue des saisies.

Le constat partagé entre l’institution judiciaire, les services enquêteurs, l’autorité préfectorale, impose de maintenir un très haut niveau de réactivité et d’efficacité contre les trafiquants. Le phénomène à La Réunion est récent, mais il évolue vite. 

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