Dans les bars de La Réunion la consommation de drogue par les salariés et les clients se banalise

  • Publié le 4 mai 2026 à 03:00
  • Actualisé le 4 mai 2026 à 06:02
soirée fete

Alors que la consommation de stupéfiants continue de progresser chaque année à La Réunion, les autorités ont décidé de lancer un plan d'action régional. Les entreprises, notamment du milieu de la restauration et du milieu de la nuit, sont appelées à se mobiliser. Entre consommation d'alcool, de stupéfiants et parfois même de trafic au sein de certains établissements, le secteur semble plus concerné que d'autres par la problématique (Photo www.imazpress.com)

Annoncé le 27 avril dernier, le plan de construction d’un plan réunionnais contre les drogues et le narcotrafic inclut de nombreux acteurs, dont l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih) de La Réunion.

"On travaille sur deux plans : faire en sorte que les stupéfiants soient diffusés le moins possible au sein des établissements de nuit, car c'est un véritable fléau, et sensibiliser, les clients comme les salariés", explique Patrick Serveaux, président de l'Umih Réunion.

L'organisation patronale est d'ores et déjà "entrain de travailler sur plan d'action", affirme-t-il. "L'alcool, qui est une drogue légale, fait déjà l'objet d'un plan en lien avec l'association SAF France. Nous réfléchissons à une application de ce plan aux stupéfiants", détaille Patrick Serveaux. 

Du côté des autorités, "une intensification des opérations conjointes de lutte contre les fraudes et par l’élargissement des pouvoirs de fermeture administrative liés à la lutte contre le narcotrafic" a été mise en place ces dernières années. 

Un renforcement nécessaire, alors que "les infractions en lien avec le narcotrafic ont été plus nombreuses ces derniers mois", nous expliquait la préfecture dès le mois de mars. Cette intensification a notamment mené à la fermeture administrative, pour quatre mois, du bar musical le "Zinc", situé à Saint-Leu.

- Une consommation qui fait "partie de la culture" -

Au-delà du trafic de stupéfiants, c'est leur consommation qui préoccupe. Que ce soit du côté des employés comme de la clientèle. 

L'étude la plus récente, en date de 2017, montrait que les salariés du secteur "présentent des niveaux de consommation de substances psychoactives supérieurs à la moyenne, qu’il s’agisse d’alcool, de cannabis ou même de cocaïne".

Plus révélateur encore, "la proportion d’hommes et de femmes (…) qui déclarent que l’alcool fait partie de la culture de leur milieu professionnel est plus élevée que la moyenne".

Si les chiffres commencent à se faire vieux, la réalité reste la même en 2026. "J'ai fini par quitter le métier, car ça devenait intenable, aussi bien physiquement que mentalement", confie Marie*, ancienne barmaid dans une boîte de nuit de l'ouest. 

"C'est un métier que j'ai adoré, le contact avec les clients, la musique, la camaraderie avec les collègues…Mais il faut tenir le rythme. J'ai commencé à consommer de la cocaïne, autour de 2023, au détour d'un service. Ce qui était occasionnel a fini par devenir une habitude au fil des mois", se rappelle-t-elle.

"Au début, on se dit qu'on a juste besoin d'un petit remontant pour tenir jusqu'à la fin du service. Et puis, quelques mois après, je me retrouve à acheter plusieurs grammes dans le mois. Entre ça, et la consommation d'alcool, en service ou après, mon corps a commencé à lâcher", raconte Marie. "Ce n'est pas forcément la réalité de tout le monde, mais ça reste fréquent, et surtout plutôt normalisé dans le secteur de la nuit", affirme-t-elle. 

"J'ai fini par réaliser que ce n'était plus tenable quand je n'arrivais plus à imaginer un service sans rien consommer. J'ai réussi à m'en détacher, mais ce n'est pas forcément aussi simple pour tout le monde, j'ai quelques connaissances qui finissent en découvert tous les mois à force de dépenser leur salaire dans leur consommation", avance l'ancienne barmaid. 

La consommation de la clientèle peut aussi poser ses propres problèmes. "Entre l'alcool et les stup', on se retrouve parfois face à des clients agressifs ou incontrôlables", se plaint Cassandre*. Serveuse dans une boîte de nuit, elle observe régulièrement "des comportements exaspérants". 

"Heureusement, il y a toujours des membres de la sécurité, mais il faut toujours s'assurer que les clients ne rentrent pas par deux dans les toilettes, ne se cachent pas dans un coin pour prendre une trace…Et au-delà des stupéfiants, l'alcool rend certaines personnes ingérables", souffle-t-elle. 

"J'aime mon métier, mais il faut parfois encaisser des comportements inacceptables, envers nous comme les autres clients."

Patrick Serveaux tient cependant à temporiser : "on sait que cela peut exister, mais je ne pense vraiment pas que ce soit quelque chose de systémique", assure-t-il. "On veut casser cette image de métier difficile, et on travaille autour de la sensibilisation auprès de nos employés", explique-t-il.

- Prise de conscience -

Le secteur commence en tout cas à évoluer. Une "véritable prise de conscience" est en cours au niveau national, assurent les organisations professionnelles.

Un partenariat entre l'Umih France et la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) a été mise en place en 2025. Les deux structures rappellent que "les conduites addictives restent souvent taboues et difficiles à prévenir" et qu’elles constituent "un enjeu majeur de santé et de sécurité" en milieu professionnel.

Un guide propose désormais des outils "pratiques et accessibles" pour aider les employeurs à agir au quotidien, notamment en intégrant la prévention dans le règlement intérieur ou dans le document unique d’évaluation des risques professionnels.

L'objectif est simple : "préserver la santé et le bien-être des salariés" en garantissant "un environnement de travail sûr et serein".

La formation et la sensibilisation sont deux piliers de ce guide. Il recommande notamment d’informer l’ensemble des équipes, avec une attention particulière pour les jeunes et les apprentis, plus exposés. Il s’agit aussi de donner aux managers les moyens de repérer les "signaux faibles" et d’intervenir sans stigmatiser, dans une logique d’accompagnement plutôt que de sanction immédiate.

Le texte met également l’accent sur le rôle de l’environnement de travail. Promouvoir des alternatives, comme les boissons sans alcool, encadrer les moments de convivialité ou encore limiter l’accès aux produits font partie des leviers identifiés. L’idée n’est pas de supprimer toute convivialité, mais de la rendre "compatible" avec la santé des salariés.

A La Réunion, une nouvelle campagne de sensibilisation devrait se déployer dans les mois à venir à travers les établissements de l'île. "Nous commençons à réfléchir à comment cela s'articulera. Nous communiquerons dessus en temps et en heure", conclut Patrick Serveaux.

Lire aussi : Trafic de stupéfiants à La Réunion : une menace "réelle qui reste sous contrôle", assure la police

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1 Commentaires
marius
marius
16 minutes

après les fins de mois sont difficiles.......