Depuis quelques semaines, les fermetures administratives de restaurants et bars semblent se multiplier à La Réunion. Derrière cette apparente multiplication, les services de la préfecture dressent un tableau nuancé, entre la stabilité des contrôles portant sur l’hygiène et l'intensification ciblée des contre le trafic de drogues et les fraudes au code du travail. Un constat partagé par les professionnels du secteur de la restauration (Photo : Richard Bouhet / www.imazpress.com)
Le Choka, le Zinc, les Balançoires ou encore l'Uni Vert… Plusieurs établissements fortement fréquentés ont vu leurs portes fermées temporairement pour diverses raisons.
Contactée, la préfecture insiste sur la nécessité de distinguer les contrôles des fermetures administratives : les premiers relèvent d’une action régulière de vérification menée par plusieurs services, tandis que les secondes constituent des mesures exceptionnelles prises dans les situations les plus graves.
"Les contrôles constituent une action de vérification régulière menée par les services de l’État, tandis que les fermetures administratives sont des mesures prises dans les situations les plus graves, lorsqu’un manquement important à la réglementation est constaté", rappellent les autorités.
Il faut aussi différencier la nature même des fermetures. "Deux types de fermeture coexistent", rappelle la préfecture : celles liées à des motifs sanitaires et celles relevant de "raisons diverses de non-conformité", qui ne mobilisent pas les mêmes services ni les mêmes procédures.
- Pas d’augmentation des arrêts d’activité dans la restauration -
Sécurité des établissements recevant du public, hygiène alimentaire, troubles à l’ordre public ou encore infractions liées à la fraude et au narcotrafic peuvent ainsi conduire à des décisions distinctes, comme cela a été le cas avec le Zinc à Saint-Leu.
Contrairement à l’impression d’une hausse généralisée, les fermetures administratives liées à la sécurité ou à l’hygiène restent globalement stables. "Les fermetures administratives pour non-respect des règles de sécurité […] demeurent relativement peu fréquentes", souligne la préfecture.
Sur le volet sanitaire, "la DAAF ne constate pas d’augmentation des arrêts d’activité", avec 14 établissements concernés en 2025 contre 16 en 2024.
Une dynamique différente s’observe dans d’autres domaines, notamment la lutte contre la fraude et certaines infractions graves. "Cette évolution s’explique notamment par l’intensification des opérations conjointes de lutte contre les fraudes et par l’élargissement des pouvoirs de fermeture administrative", indique la préfecture, dans un contexte de renforcement législatif.
- 300 contrôles réalisés dans la restauration chaque année à La Réunion -
Sur le terrain, ces fermetures recouvrent des réalités très diverses, constate Patrick Serveaux, président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie. Pour ce dernier, ces situations ne doivent cependant pas masquer la réalité globale du secteur.
"Heureusement, la quasi-majorité des établissements sont dans les normes", insiste-t-il, tout en relativisant la perception actuelle. "L’État a souhaité communiquer, mais ce n’est pas représentatif", assure-t-il.
Les contrôles restent nombreux mais globalement stables en volume. "Plus de 300 contrôles sont réalisés chaque année à La Réunion (…) auxquels s’ajoutent plus de 500 prélèvements", indique la préfecture.
Ils s’inscrivent dans une programmation régulière, mais peuvent également être déclenchés de manière inopinée. "Les contrôles reposent principalement sur une analyse de risque", explique-t-elle, précisant que certains peuvent faire suite à des signalements ou à des informations transmises par les forces de l’ordre.
Une réalité confirmée par les professionnels. "Tous les jours, il y a des contrôles dans les établissements", souligne Patrick Serveaux. "Il s’agit de contrôles inopinés, coordonnés, avec souvent la DEETS qui vérifie les contrats de travail."
Cette intensification des opérations conjointes est d’ailleurs assumée par l’État, notamment dans le cadre du comité opérationnel départemental anti-fraude, dont l’activité a fortement augmenté ces dernières années.
- Des contrôles "gages de qualité" -
Si ces contrôles peuvent inquiéter certains professionnels, ils sont aussi présentés comme un gage de sérieux pour les clients. "Le fait qu’il y ait des contrôles doit rassurer les clients", estime Patrick Serveaux. "La plupart des restaurants n’ont pas de problème. C’est un gage de qualité", affirme-t-il.
Du côté des manquements constatés, la préfecture évoque des problématiques connues et récurrentes. Les questions de sécurité concernent notamment les issues de secours ou les installations techniques, tandis que l’hygiène alimentaire reste un point de vigilance important, notamment en matière de traçabilité ou de respect des températures. À cela s’ajoutent des infractions au droit du travail, comme le travail dissimulé.
Pour les professionnels, ces exigences s’inscrivent dans un cadre réglementaire en constante évolution. "Les normes évoluent", souligne Patrick Serveaux, qui met en avant le rôle d’accompagnement de la profession. "Avec Umih Formation, on essaie d’accompagner les entreprises dans ces évolutions", continue-t-il. Il précise que ces formations, souvent proposées par des organismes privés et financées, ne sont pas toujours obligatoires, mais "fortement recommandées".
Face à ces enjeux, l’État rappelle la rigueur du cadre légal. "Les établissements doivent respecter les règles de sécurité (…) ainsi que la formation du personnel", insiste la préfecture. En matière sociale, les obligations sont strictes : "tout salarié doit être déclaré avant son embauche", sous peine de sanctions lourdes pouvant aller jusqu’à la fermeture administrative.
Enfin, la préfecture assume une communication plus visible autour de ces décisions. "La communication de l’État sur ces sujets s’inscrit dans sa mission de protection des consommateurs et de sécurité alimentaire", souligne-t-elle.
Pour les autorités comme pour les professionnels, un point fait consensus : les contrôles, loin d’être uniquement répressifs, participent aussi à garantir la qualité et la sécurité de l’offre proposée aux Réunionnais.
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