Que se passe-t-il à La Réunion ? Depuis plusieurs jours, les appels à témoins pour disparitions inquiétantes se multiplient. Mineurs, père de famille, gramoune, randonneurs… tous semblent se volatiliser sans laisser de traces. Départ "volontaire" ou accident, chaque cas différent. Un point pourtant les relie, la douloureuse absence pour leurs proches et la course contre la montre pour les retrouver. Dans l'île, chaque année, plus d'une centaine de personnes disparaissent. Certains sont retrouvés… d'autres jamais (Photo Emmanuel Grondin / www.imazpress.com)
Ces derniers jours, sur les réseaux sociaux, les appels à l'aide et à la vigilance de famille se multiplient.
Dernier en date ce vendredi 24 juillet. La gendarmerie de La Réunion a lancé un appel à témoins pour tenter de retrouver Jean-Baptiste Cheung-Kivan Yeun, âgé de 86 ans, disparu depuis le lundi 20 juillet 2026. Il a quitté son domicile situé à Saint-Louis le 20 juillet vers 11 heures.
Dans l'île, il y a aussi les familles de Quentin Dumontier et Casimir Paulcan qui, depuis une quinzaine de jours, arpentent les sentiers de l'ouest pour l'un et de Saint-André pour l'autre, à la recherche de leur proche porté disparu.
À Saint-André, la fille de Casimir Paulcan le dit, "on va de la Rivière du Mât les Hauts, l'embouchure, on suit la rivière, on le cherche partout". Son père est diabétique.
Plus récemment, la Police nationale de La Réunion lance un appel à témoins après la disparition inquiétante de Dominique Lizy. L'homme, âgé de 59 ans, n'a plus donné de nouvelles depuis le 19 juillet 2026.
Des appels comme cela, il y en a eu de plus en plus ces dernières semaines. Pourquoi ? La période est-elle plus propice. Selon l'Assistance et Recherche de Personnes Disparues, Association (ARPD), rien ne permet de le dire. "Est-ce car les gens partent en vacances et certains se sentent seuls ?", difficile de le dire.
- Une centaine de personnes disparaissent chaque année à La Réunion -
Selon nos informations, une centaine de disparitions ont été recensées à La Réunion depuis le début de l'année en secteur gendarmerie.
En 2025, les militaires étaient intervenus pour 227 interventions dites de disparition inquiétante.
Secteur police, en 2025, il y a eu 129 disparitions inquiétantes recensées contre 117 en 2024.
Chaque année, plus de 70.000 personnes disparaissent en France, dont 50.000 mineurs.
De la fugue traditionnelle de l'adolescent, jusqu'au souhait individuel du majeur qui souhaite disparaître, en passant par la personne qui a malheureusement mis fin à ses jours… "des personnes peuvent décider de disparaître d'elles-mêmes", nous explique une source des forces de l'ordre.
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En France, le Code civil permet en effet à quiconque d’aller et venir, comme il l’entend. Pénalement, une personne majeure a donc le droit de disparaître, du jour au lendemain.
Toutefois, en France, 10.000 cas sont considérés comme particulièrement inquiétants (concernant les mineurs, les personnes dépressives, ou encore des personnes malades) selon les chiffres du ministère de l'Intérieur.
- Les disparitions, une course contre la montre judiciaire et opérationnelle -
Lors de ces disparitions qualifiées d'inquiétantes, commence une course contre la montre judiciaire et opérationnelle.
À La Réunion, les autorités jugent suspecte une disparition lorsqu’elle concerne un mineur, un majeur sous curatelle, un individu souffrant d’instabilité psychologique ou encore de maladies, comme Alzheimer.
Selon le CADDIS - une base d'analyse sérielle des cadavres et disparus sous X - "du moment que l'on est informé d'une disparition inquiétante, on rentre l'identité de la personne dans le fichier judiciaire des disparitions", explique-t-on à Imaz Press.
"On bascule sur l'enquête pour disparition inquiétante d'une personne majeure ou mineure – selon l'article 74-1 du code de procédure pénale et là on peut avoir une enquête judiciaire en termes d'instruction avec le juge et cela peut durer des années", indique un membre de la gendarmerie, comme c'est le cas de la disparition du gendarme Mathieu Caizergues.
Porté disparu il y a neuf an, son corps n'a jamais été retrouvé. Aujourd’hui encore, une information judiciaire reste ouverte par le parquet de Saint-Denis.
- "La Réunion mange des corps" -
Outre l'absence d'indices, la particularité du relief de La Réunion, rend compliquée la tâche des secours et forces de l'ordre.
Dans ce relief escarpé, "on doit s'adapter au territoire, mettre des "équipes au sol, dans les airs, des équipes cynophiles, des drones", nous explique encore ce membre des forces de l'ordre.
Des recherches qui peuvent aller de 48 heures à 5 ou 7 jours. "La poursuite des recherches est, elle, dépendante des indices ou pas que l'on a sur le terrain."
Selon un membre des forces de l'ordre, "La Réunion mange des corps", dit-il. Entre la végétalisation, les ravines, les remparts, les crevasses… "la végétation repousse et il est difficile de retrouver les disparus".
Toutefois, ce membre des forces de l'ordre tient à préciser que "quand on dit que l'on cesse les recherches opérationnelles, cela ne veut pas dire que tout s'arrête".
"On arrête de chercher mais on veille, on creuse toujours." D'autant que "l'on recueille auprès des proches de l'ADN pour avoir une base et comparer si jamais il y a une découverte d'ossements."
- À La Réunion, certaines disparitions demeurent sans réponse -
À La Réunion, plusieurs affaires de disparitions n'ont jamais été élucidées.
Outre la plus célèbre, celle de la disparition du gendarme Mathieu Caizergues lors d'une randonnée à Mafate, il y a celle de Brigitte Ligney au Volcan qui n'a jamais été élucidée.
Le lundi 5 janvier 2026, Nicolas Aulezy, 47 ans, est porté disparu dans le secteur de Piton Fougère à Sainte-Marie. Depuis, il n'a jamais été retrouvé.

Autres personnes dont les corps n'ont jamais pu être retrouvés, les deux parachutistes tombés… "Nous avons vu là où ils tombent mais impossible de retrouver leurs corps", confie une source.
Ces affaires demeurent des "cold case" et pendant ce temps la famille de ces disparus doit composer avec la douleur de ne pas savoir.
- Que faire en cas de disparition inquiétante d’un mineur ou d’un adulte ? -
Pour les proches, apprendra la disparition d'un mari, d'une femme, d'un enfant, d'un ami… est toujours difficile.
Si cela vous arrive, les forces de l'ordre préconisent de leur "signaler de suite la disparition car tout le temps perdu à signaler c'est du temps perdu pour déclencher les recherches".
Forcément, toutes les disparitions, aussi inquiétantes soit-elle, n'ont pas le même degré de gravité, sauf pour les proches. "Il y a des disparitions dites inquiétantes, celles des majeurs suicidaires, de mineur, de majeurs protégé, de malade", nous explique-t-on.
"Plus on gagne du temps sur le signalement, plus on met de chances de son côté d'avoir un résultat positif."
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