(Actualisé) Depuis ce lundi soir 20 juillet 2026, une vingtaine d'arboristes-grimpeurs occupent les cimes de deux arbres remarquables menacés d'abattage aux Trois-Ravines, à Saint-Louis. À l'initiative de l'arboriste Jérôme Rivière, cette action se veut à la fois symbolique et militante. Les professionnels entendent dénoncer ce qu'ils estiment être un "massacre arboré" et demandent l'ouverture d'un dialogue avec les collectivités afin de mieux intégrer la préservation du patrimoine végétal dans les projets d'aménagement. La maire de Saint-Louis, Juliana M'Doihoma, conteste plusieurs affirmations avancées par les arboristes. (Photo DR)
Relayés tout au long de la nuit, une vingtaine d'arboristes-grimpeurs, venus dénoncer l'abattage d'arbres qu'ils jugent "injustifié", ont dormi dans des hamacs suspendus à plusieurs mètres de hauteur. "On est en position et on reste accrochés. On exploite le terrain de jeu qu'est l'arbre. On est tous diplômés, expérimentés, bien encadrés", explique Jérôme Rivière, arboriste, élagueur-grimpeur à l'origine de cette mobilisation. Saint-Louisien de naissance, il "sot la mér" pour ses études, avant de rentrer à La Réunion où il est aussi formateur.
Inspiré par l'arboriste militant Thomas Brail, il estime que la France devrait s'inspirer d'autres pays : "Certains pays, comme la Suisse, l'Allemagne ou le Canada, imposent des permis d'abattage."
- "On détruit des arbres à forte valeur patrimoniale" -
Sur place, la police municipale a été informée de la démarche. "On leur a expliqué notre action", précise-t-il. Il revendique pleinement le rôle des arboristes dans le débat. "Le but de cette opération, c'est de marquer le coup et montrer que c'est notre job, à nous les 'médecins des arbres', de monter au créneau quand ça ne va pas et de dénoncer le non-sens."
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Pour l'arboriste, cette mobilisation dépasse le simple cadre du chantier en cours. "Ban pié dbwa lé la pou nou ! On détruit des arbres à forte valeur patrimoniale. Il est temps de sortir les baudriers et les cordes de rappel. Aujourd'hui, on mène une rébellion contre le non-sens, contre la destruction du patrimoine végétal réunionnais. Pour sauver ces arbres qui nous rendent service."
Les travaux actuellement menés visent à construire un radier suspendu. "Ils rasent tous les arbres sur un large périmètre alors qu'il n'y a aucune bonne raison", il déplore. "Il existe des solutions pour construire en prenant en compte le vivant."
- Des arbres bicentenaires -
L'arboriste appelle désormais les décideurs à venir sur place. "J'aimerais que des décideurs, que les maires qui militent pour la préservation de la nature, viennent nous rencontrer. Aux Trois-Ravines, on assiste à un vrai massacre arboré. Il ne reste que deux derniers arbres."
Au-delà de leur dimension paysagère, il insiste sur la valeur écologique de ces arbres remarquables. "On est dans un Albizia saman qui fait 25 mètres de haut et 40 mètres de large. Vous vous rendez compte de la force de ces arbres, de leurs racines, pour résister aux cyclones et au temps ? Ce sont des arbres qui ont plus de 200 ans."
Pour Jérôme Rivière, ces arbres constituent également un patrimoine génétique irremplaçable. "Les vieux arbres, c'est la mémoire génétique du climat. Les gens ne se rendent pas compte qu'en 200 ans, ces arbres ont modifié leurs gènes. Les graines qu'ils produisent aujourd'hui prennent en compte cette évolution et sont plus résilientes face aux aléas qu'ils ont connus. La nature est très bien faite. Il faut arrêter d'agir contre elle. Mais ce qui est perdu est perdu."
- Ouvrir le dialogue avec la maire de Saint-Louis et le Département -
Très ému, il confie que cette action fait écho à son histoire personnelle. "J'ai toujours suivi mon grand-père dans les arbres. Ça fait remonter beaucoup de choses." Selon lui, la mobilisation bénéficie déjà d'un important soutien de la population. "In ta domoun i klaksonn a nou kan zot i pas"
Les arboristes assurent ne pas être opposés aux aménagements mais souhaitent avant tout engager une concertation. "On veut ouvrir le dialogue avec la mairie et le Département. C'est notre métier. On est les "médecins des arbres", on sait de quoi on parle et on veut trouver des solutions, ensemble, pour préserver le vivant."
Contactée par Imaz Press, la maire de Saint-Louis, Juliana M'Doihoma, conteste plusieurs affirmations avancées par les arboristes. Elle affirme notamment que "ni la mairie, ni le Département n'ont jamais été sollicités" avant cette action.
- La collectivité défend un projet de sécurité publique -
Selon elle, l'arbre occupé "n'est pas centenaire, il est trentenaire" et le chantier ne consiste pas en "un abattage massif d'arbres pour faire du béton", mais répond à un objectif de sécurité publique. Le chantier des Trois Ravines vise à remplacer trois radiers submersibles par trois ponts, sur un axe emprunté chaque jour par des milliers d'usagers. "Trois ponts seront construits et 20 arbres seront abattus. Il y a eu des études environnementales et des analyses approfondies. La transplantation étant inopérante, nous avons dû faire des choix par rapport au tracé du chantier", explique-t-elle.
L'élue précise que "le seul arbre centenaire du secteur est un manguier" et que la commune a "exigé que le tracé le contourne". Elle ajoute qu'"il n'y a aucune espèce végétale protégée" sur le site, qu'un "dispositif de suivi de la faune est mis en place" et que "20 arbres seront arrachés, mais près de 2.000 seront replantés, dont 350 arbres à haute tige".
Dans un communiqué commun avec le Département, la ville de Saint-Louis assure qu'"aucune intervention de contrainte n'a été engagée. Un périmètre de sécurité a été mis en place par la Police Municipale, en lien avec le Département, maître d'ouvrage de l'opération".
Juliana M'Doihoma rappelle également que ce projet de 25 millions d'euros, financé par la commune, le Département, la Civis et des fonds européens, est attendu "depuis des décennies" et vise à sécuriser un secteur régulièrement touché lors des épisodes cycloniques.
Enfin, si elle se dit ouverte aux échanges, elle estime que "le respect pour ce projet et pour les habitants de la ville, c'est de s'interroger avant de s'agiter". "Des réunions publiques ont eu lieu. Ces gens ne se sont pas manifestés à ce moment-là, c'est dommage. Je suis accessible, mais je ne vais pas accepter de dialoguer tant qu'il y aura une occupation. On ne s'accroche pas à un arbre sans avoir essayé d'ouvrir le dialogue avant. S'ils veulent des explications, on peut leur en apporter quand la situation retournera à la normale", conclut-elle.

La tribune de Jérôme Rivière et Patrick Marbois est à lire, dans son intégralité, ci-dessous :
Aujourd'hui, nous sommes à Trois-Rivières, à Saint-Louis. Ce que vous voyez derrière nous, ce sont des arbres remarquables en train d'être abattus dans le cadre des travaux de modification du pont permettant de franchir un bras de la rivière. Parmi eux : des Albizia saman, des tamariniers (Tamarindus indica), des Pithecellobium dulce. Certains de ces arbres ont traversé plusieurs générations. Ils offrent de l'ombre, accueillent des oiseaux, des insectes, des chauves-souris, et participent à l'identité de ce paysage.
Cette scène n'est pas isolée. Elle se répète, discrète et silencieuse, sur toute l'île, à chaque chantier, à chaque aménagement, à chaque élargissement de route. Et à chaque fois, c'est un peu de notre patrimoine vivant qui disparaît sans que personne ne s'en émeuve vraiment.
Il est temps que cela change. Il est temps de nous réveiller.
- Ce soir, deux hommes ont grimpé dans l'arbre pour le défendre -
Ce soir, Jérôme Rivière et Patrick Marbois sont montés dans l'arbre restant sur ce chantier, à la manière des écureuils de Thomas Brail, pour dénoncer ces abattages inutiles et mettre un coup de projecteur sur ce patrimoine végétal que l'on saccage et que l'on massacre au nom du progrès.
Ce geste n'est pas un coup d'éclat gratuit. C'est un acte de dernier recours, quand le dialogue et les alertes n'ont pas suffi à faire suspendre une décision qui, une fois exécutée, sera irréversible.
À l'instar du maire de Saint-Leu, nous demandons la suspension de tout abattage afin de préserver notre environnement, de dialoguer, et de construire en concertation la ville de demain.
- Rendez-vous, mardi 21 juillet 2026 -
Nous vous invitons, nombreux, à venir nous voir pour soutenir notre action, au niveau du Pont de Trois-Rivières, à Saint-Louis. Un coup de klaxon, une pensée, une attention de votre part : montrez-nous, montrez-leur, votre soutien.
- Pendant que l'Europe suffoque, nous continuons d'abattre nos climatiseurs naturels -
Nous ne sommes même pas encore au mois d'août, et l'Europe traverse déjà sa troisième canicule de l'année. Les images de villes assommées de chaleur, de récoltes grillées, de personnes âgées hospitalisées, tournent en boucle. Elles nous montrent, avec quelques années d'avance, ce qui nous attend.
Les projections du GIEC et les données du programme TRACC pour La Réunion sont sans ambiguïté : des étés plus chauds et plus longs, des périodes de sécheresse prolongées, en alternance avec des épisodes de pluie plus intenses et plus destructeurs. Notre île, comme tous les territoires insulaires, est en première ligne d'un dérèglement qu'elle n'a pas provoqué mais qu'elle subira pleinement.
La France elle-même a été condamnée par la justice pour son inaction climatique. Ce ne sont pas des militants qui le disent : ce sont des décisions de justice. Et pourtant, face à ce constat, que nous proposent nos politiques publiques ? De boire de l'eau. De fermer nos volets… Pendant que nos arbres tombent un à un.
- La solution est là, devant nous, depuis toujours -
Elle ne coûte pas des millions. Elle ne nécessite pas de nouvelle technologie. Elle pousse depuis parfois plus de cent ans dans nos cours, le long de nos routes, au bord de nos rivières.
Ce sont nos arbres.
En milieu tropical, un arbre mature n'est pas un simple élément de décor. C'est une infrastructure climatique à part entière :
● il fait de l'ombre et réduit directement la température ressentie au sol, parfois de plusieurs degrés ;
● il rafraîchit l'air par évapotranspiration, un mécanisme naturel de climatisation qu'aucune technologie ne remplace à cette échelle ;
● il stocke du carbone, contribuant à limiter le réchauffement qu'il nous aide par ailleurs à supporter ;
● il abrite tout un écosystème — oiseaux, insectes, chauves-souris, micro-faune et micro-flore — qui participe à l'équilibre du vivant ;
● ses racines, en formant un réseau dense et profond, rendent les sols plus perméables, favorisent l'infiltration et le stockage de l'eau, et limitent le ruissellement lors des fortes pluies ;
● des recherches récentes montrent même que les grands ensembles forestiers agissent comme de véritables faiseurs de pluie, influençant les cycles atmosphériques à une échelle bien plus large qu'on ne le pensait.
Mais réduire un arbre à ses seules fonctions écosystémiques serait encore incomplet. Un zarboutan, c'est aussi un partenaire. Un compagnon silencieux qui a vu grandir deux, trois, parfois quatre générations d'une même famille. Celui sous lequel on s'est marié, celui qui a vu jouer les enfants, celui qui donnera encore de l'ombre aux petits-enfants — si on lui en laisse le temps.
- Arboriste élagueur-grimpeur, un métier pour et avec le vivant -
En tant qu'élagueurs, notre métier n'est pas seulement de couper des arbres. Notre métier, c'est aussi de les comprendre, de les préserver quand c'est possible, et de trouver les solutions qui permettent de concilier sécurité, aménagement et respect du vivant.
Nous ne remettons pas en cause la nécessité d'améliorer les infrastructures. Mais nous posons une question simple, et nous demandons qu'elle soit posée systématiquement, avant chaque chantier : toutes les solutions permettant de conserver tout ou partie de ces arbres ont-elles réellement été étudiées ?
Lorsqu'un arbre centenaire disparaît, ce n'est pas seulement du bois que l'on perd. C'est un patrimoine vivant qui ne sera pas remplacé de notre vivant, ni de celui de nos enfants. Un arbre de plusieurs centaines d'années ne repousse pas en quelques décennies.

- Ce que nous demandons -
● Que chaque projet d'aménagement intègre, en amont et de manière systématique, une étude sérieuse des alternatives permettant de préserver les arbres remarquables et centenaires.
● Que les élagueurs, arboristes et experts du vivant soient consultés avant que la décision d'abattre ne soit prise, et non après.
● Que les collectivités rendent publics les critères qui justifient l'abattage d'un arbre remarquable, comme elles rendent publics leurs plans de circulation ou leurs budgets.
● Que chaque Réunionnaise et chaque Réunionnais qui aime ses pied'bois et ses zarboutans se sente légitime à s'informer, à interpeller, à participer.
- Ce que nous demandons à chacun d'entre vous -
Si cette situation vous interpelle, venez voir par vous-mêmes. Renseignez-vous. Échangez avec les responsables des projets d'aménagement près de chez vous. Posez la question, publiquement : a-t-on vraiment cherché à préserver cet arbre ?
Plus nous serons nombreux à nous intéresser à notre patrimoine naturel, plus il sera pris en compte dans les projets de demain. Ce que nous décidons aujourd'hui façonnera le paysage de La Réunion pour les générations à venir.
Nos arbres ne demandent rien. Ils donnent, depuis toujours : de l'ombre, de la fraîcheur, de l'eau, de la vie. Le moins que nous puissions faire, c'est de nous demander, avant de les abattre, s'il n'existe pas une autre solution.
Au nom de : Jérôme Rivière, arboriste élagueur-grimpeur, et Patrick Marbois ;
de tous les professionnels passionnés et respectueux du vivant ;
de tous les Réunionnais qui se soucient de la préservation de leurs pied'bois, leurs zarboutans, qui traversent les âges et les générations, et nous réservent encore leur précieux ombrage.
vg / www.imazpress.com / [email protected]


La maire y fait que la com.
Y fait pas grand chose st louis sauf grillades saucisses fraîches.
Ou sont les écologistes ?C'est vrai qu 'un écolo est un socialiste déguisé !
Merci pour cet article impartial!
Bravo à eux et MERCI
Problème toutes décisions lé pri sans consultation de la population..Les fous sont les maîtres.
Tant que des politiques gèreront tout, ils s'enrichiront avec l'argent de nos impôts et feront tout pour nous maintenir en esclavage. L'eau, les arbres, la vie seront remplacés par du béton et la mort! Couper un arbre centenaire, c'est faire du mal à la mère-nature! Des sans coeur, nos politiques qui vont s'offusquer pour un tambour malbar et ne pas gérer l'eau! Le basculement d'eau de l'Est vers l'Ouest est la pire abomination! Déséquilibrer le climat de l'île pour s'assurer que les piscines soient remplies! STOP!
Ah oui, une abberation ce basculement! Une region ou il pleut le plus et on manque d’eau........
Rappelons nous de la route qui partage de PIERREFONDS vers l'ENTRE DEUX, et aussi du TAMARIN coupé à MANAPANY, et j'en passe! Ici nous sommes en hiver, mais un hiver peu humide alors que notre ile connait une sécheresse qui risque de perdurer si il ne pleut pas suffisamment d'ici le mois de septembre! Viendra la période d'étiage et certaines communes de l'ile subissent déjà des coupures d'eau! Arrêtons de massacrer la nature protégeons la et profitons en mais avec respect!
"Quand ils auront coupé le dernier arbre, pollué le dernier ruisseau, pêché le dernier poisson, alors ils s'apercevront que l'argent ne se mange pas. " Sitting Bull.