Le Port : commerces, logements, hôtel… la ville accélère sa transformation

  • Publié le 8 juillet 2026 à 02:59
Le Port

15.000 personnes viennent travailler chaque jour dans la ville du Port. La municipalité voit dans ces 15.000 salariés un important potentiel de clientèle pour les commerçants et nombreux restaurateurs du territoire. Ici, la municipalité mise sur une attractivité qui se travaille au fil du temps, avec la végétalisation du centre-ville, l'ouverture de nouveaux commerces dans l'ancien marché couvert de la ville et le lancement d'un vaste projet des portes de l'océan : création du premier hôtel du port, de logements, de locaux, ou encore d'une crèche. Objectifs affichés par la municipalité : se positionner comme une ville touristique, dynamique, où il est possible de vivre, de travailler, de faire garder ses enfants, le tout, en se déplaçant le plus possible à pied ou à vélo. (Photo : Richard Bouhet/imazpress.com)

Dans la partie basse de la rue François-de-Mahy, deux amies sont attablées à l'ombre en terrasse, elles discutent.

Au moment de quitter le restaurant qu'elles ont choisi, Stéphanie lance : "J’aime beaucoup cette rue-là. C’est animé. Le gros problème pour moi au Port, c’est le parking, le midi c’est compliqué de se garer. Le soir aussi je viens parfois avec les copines pour profiter, mais dans ma famille on me dit souvent de ne pas venir au Port car c’est un peu dangereux quand même".

"Ici, en centre-ville, dangereux ? Mais non, regarde autour de toi comme c’est calme," lui répond son amie qui découvre la ville. 

Selon une étude commandée par la ville, en 2020, 26 % des non-Portois disaient qu’ils ne venaient pas en centre-ville. Aujourd’hui ils sont 2 % et elle en faisait partie. 

C'est la première fois que Samia, qui a la cinquantaine, se balade dans les rues du Port : "Par rapport à Saint-André, c’est animé, les gens ont l’air d’être bien. Normalement, on ne vient pas ici, on passe, on traverse, mais on ne s'arrête pas. Mais je découvre, j'aime bien, y a pas autant de bruit qu’à Saint-Denis pour une rue presque piétonne comme ça, c’est rare d’avoir du calme.

- Authenticité, innovation et relations clients -  

Dans les rues du centre-ville, à 14 h, les commerces rouvrent doucement leurs portes. New Boy est un des magasins historiques du Port.

"Il a refait son magasin, a transformé sa boutique. Il continue à être un magasin de référence du centre-ville. C’est une entreprise qui s’est adaptée en faisant venir des influenceurs, en faisant un défilé, ils utilisent les nouveaux codes qui fonctionnent sur les réseaux sociaux", nous assure, Jean-Marc Séraphin, l'ancien town manager de la ville. 

Il ajoute : "L'association des commerçants pilote un grand défilé, pour montrer ce que l'on peut acheter dans le centre-ville du Port. Ils y présentent toute leur gamme de vêtements, on essaie de faire ça pour la fête des mères et pour la fin de l’année". Ces vidéos sont ensuite diffusées sur les réseaux sociaux, une façon de se faire connaître au-delà de la ville et d'attirer des nouveaux clients. 

Dans la boutique, les vendeurs échangent avec quelques clients. Selon Jonathan Nages, portois, qui travaille ici depuis 20 ans, c'est cette relation qui fait la différence : "En 20 ans, ce que je vois, c’est que l’ouverture des centres commerciaux impacte le centre-ville. Mais y a toujours des clients qui préfèrent venir en ville, ils aiment la proximité, le conseil, l’authenticité, ces choses-là on les retrouve pas en centre commercial. Là-bas, c’est du libre-service. Les jeunes, ce que je vois, c’est qu’ils portent beaucoup de contrefaçons, des habits importés en colis, qu'ils ont commandés sur internet".

Ce qui fait tenir le commerce du centre-ville, selon lui, ce sont aussi ces générations qui se succèdent et gardent les mêmes habitudes de consommation, il ajoute : "Ici on fait des vêtements à partir de 4 ans, on fait vraiment toutes les tranches d’âges, c’est ça aussi qui fait que nous avons notre clientèle."

- Un centre-ville en mutation - 

Entre adaptabilité, résilience et culture du service client : les chefs d'entreprise portois maintiennent leur activité et leur clientèle autant que possible nous explique un autre commerçant.

Au fil des années, accompagnés par les services de la ville spécialisés dans la gestion des centres-villes. Avec par exemple, le recrutement d'un town manager en 2002 dans le cadre du programme de renouvellement urbain.

Un travail qui a été mené autour de la restructuration et de la réhabilitation du centres-villes : végétalisation, rénovation des façades, accompagnement des commerçants, et des entreprises qui souhaitent s'installer.

"Deux études réalisées en 2020 puis en 2024 montrent les effets de cette politique, avec une baisse de la vacance commerciale qui passe de 21% à 12%, et même 7% sur le linéaire commercial principal" nous explique Jean-Marc Séraphin. Écoutez

Pour Olivier Hoarau, maire de la ville, le centre-ville du Port rebondit mieux que les autres centre villes de France : "C'est un des rares centres-villes qui voit son activité reprendre, redynamiser, repartir. D'abord, le taux de vacances des locaux a diminué. C'est-à-dire qu'on a des locaux qui étaient fermés hier, qui aujourd'hui réouvrent. Cette progression-là montre une vraie attractivité de notre territoire, et à la fois pour les commerçants, mais aussi pour les consommateurs". Écoutez.

- "Quand il y a de l’ambiance, il y a des clients" - 

Pour Mohammed, patron de son magasin situé plus loin dans la même rue. Les changements de mode de vie des Réunionnais rendent le commerce difficile. 

Assis dans sa boutique, il raconte : "Avant l’argent était dépensé à La Réunion, aujourd’hui, les gens voyagent et font leurs achats ailleurs, et ils dépensent pour leur billet. Ensuite, les gens, le soir quand ils sortent du travail, s’ils passent ici, à 18h on est fermé. Selon moi, il faudrait plus d’activités les samedis ou les mercredis. On a un très beau marché dans cette ville, on a l’occasion de faire quelque chose, mettre de la vie dans notre ville, pour apporter de l’activité". 

Malgré ces difficultés, il dit croire au potentiel du centre-ville. Il en est persuadé : "Nous, on est installés depuis plus de 50 ans, les grands-parents étaient là, alors on reste. Et puis, quand il y a de l’ambiance, il y a des clients. On a besoin qu’on nous ramène des clients. "

Selon lui, la concurrence avec les centres commerciaux, se joue aussi sur la facilité de stationnement : "Les gens veulent aller en grande surface pour avoir un grand parking. Si j’ai trois travailleurs, chacun se gare sur une place en ville. Il faudrait des places pour nos employés, on construit tout autour, c’est bien, mais il faut faire des places de parking."

Pour s'aligner sur ce qui est fait en centre commercial et capter des clients, il joue aussi au jeu de la négociation quand les clients demandent une remise : "Si on fait des paiements en plusieurs fois comme les grandes surfaces, on est obligé de payer la banque. On perd de l’argent, alors que déjà, le client négocie, on diminue le prix. On négocie aussi avec les banques, c’est très compliqué comme situation. On jongle tout le temps. Là si vous regardez dans les commerces, on est nombreux à être assis à attendre, il est 15 h, je ne fais aucun chiffre cet après-midi. Nous, on tient la route car on a des produits adaptés aux clients, à ce qu’ils veulent maintenant."

Pour répondre aux difficultés évoquées par les commerçants, la municipalité mise sur plusieurs projets destinés à attirer davantage d’habitants, de salariés et de visiteurs dans le centre-ville.

À lire aussi : Les Portes de l’Océan : nouvelle étape de transformation des espaces publics au Port

- Les Portes de l'Océan : réouvrir la ville sur son port, faire venir de nouveaux habitants et plus de clients pour les commerces - 

Au bout de la rue François de Mahy, les travaux ont commencé. Un chantier qui donnera naissance au premier hôtel de la ville, à 250 logements supplémentaires, à des crèches, des promenades au bord de l’eau, des restaurants et une ouverture de la petite ville portuaire sur la mer.

Ce projet, de 40.000 m2, relira la ville au front de mer. Pour les équipes en charge : "L’opération "Portes de l’Océan" constitue l’aboutissement de la réouverture de la ville sur son port."  

Selon Anne-Lise Vernichon, directrice de l’aménagement du territoire, l'hôtel, par exemple, qui a pour cible un public d'affaire, est particulièrement attendu. 

Sur ce chantier, les défis sont multiples. Anne-Lise Vernichon assure : "Le plus gros challenge, c’est de coordonner l’arrivée des promoteurs avec l'aménagement de l’espace public. Faire en sorte que tout puisse fonctionner et avoir un résultat cohérent. L'autre challenge, c’est de faire un chantier avec le moins d’impact possible sur les commerçants et professionnels du secteur. Les solutions de base : maintenir la circulation, penser au stationnement et garder au maximum les commerces ouverts."

- La ville du quart d’heure - 

La municipalité s'appuie également sur le concept de la ville du quart d'heure, qui consiste à rapprocher logements, commerces, et services afin de privilégier des modes de déplacements doux et de limiter l'usage de la voiture. 

Les services de la mairie nous expliquent que les entreprises qui cherchent à s’installer privilégient les employés portois, moins de trajets, moins de fatigue, et cela diminue aussi le risque que les employés démissionnent dès qu’ils trouveront un emploi au plus proche de chez eux expliquent les services de la ville. 

Chaque année, plus de 30.000 touristes en croisières transitent par le Port, par exemple, une clientèle que les services de la mairie souhaitent capter afin qu'ils continuent leur journée dans le centre-ville. 

Avec plus de 34.000 habitants, 29 écoles, 3.000 entreprises dont 34 créations en 2024, la ville du Port mise sur plusieurs projets pour renforcer l’attractivité du centre-ville, et se positionner en étape touristique. Entre la création de commerces, de logements, du premier hôtel de la ville, le Port accélère sa transformation : des changements attendus avec impatience par les commerçants et les habitants de la ville.

ee/www.imazpress.com/[email protected]

guest
0 Commentaires