À La Réunion, la Ligne Budgétaire Unique (LBU) devrait passer de 80 à 27 millions d'euros cette année. Cette baisse drastique constitue une menace pour le logement social, l'activité économique et pour les familles réunionnaises. Face à cette menace, le Conseil départemental a, ce mercredi 15 juillet 2026, annoncé débloquer 2,4 millions d'euros pour terminer sept chantiers déjà existants. Dans l'île, plus de 50.000 foyers sont dans l'attente d'un logement (Photos : Stephan Laï-Yu / www.imazpress.reunion)
Cette enveloppe va permettre, surtout aux bailleurs, de terminer les chantiers de réhabilitation qu'ils ont déjà commencés. "Ce sont les bailleurs qui sont directement concernés. Mais quand on vient aussi réhabiliter, améliorer le logement social qui est déjà existant, c'est aussi redonner à la population, aux personnes qui vivent dans ces logements des conditions dignes pour pouvoir faire vivre leurs familles", ajoute Serge Hoareau. Regardez.
Selon le Département, le territoire doit actuellement répondre simultanément à plusieurs défis majeurs impliquant le vieillissement de la population, l'augmentation des situations de précarité, l'adaptation des logements au handicap et à la perte d'autonomie, la réhabilitation de l'habitat existant ou encore la production de nouveaux logements sociaux.
Cette baisse de la LBU, intervient donc à un moment où le territoire fait déjà face à une pression sans précédent.
- Baisse de la LBU et demandes plus fortes de logement, "une injonction contradictoire" -
La Réunion fait face à "une situation qui demande de fournir plus d'efforts, avec plus de contraintes et avec moins de moyens", souligne Serge Hoareau, président de l'association des maires de La Réunion.
"Nous avons aujourd'hui une injonction contradictoire de l'État qui demande aux communes de respecter la loi SRU (Solidarité et Renouvellement Urbain) et l'objectif de 25% de logements sociaux sur le territoire et dans le même temps l'État qui diminue la Ligne Budgétaire Unique qui sert à la construction de logements", dit-il. Regardez.
De son côté Cyrille Melchior, président Du Département de La Réunion, promet de pousser ce dossier plus haut au niveau de l'État : "Je compte rencontrer le Premier ministre à Paris, pour lui rappeler combien l'économie locale, le BTP, s'appuient sur le logement. Regardez.
Il ajoute souhaiter sanctuariser la Ligne Budgétaire Unique. "La LBU ne peut constituer une variable d'ajustement budgétaire. Elle représente un investissement essentiel pour la cohésion sociale, l'égalité des chances, la dignité des personnes et le développement économique de La Réunion".
Garantir une visibilité pluriannuelle est également une priorité. "Les politiques du logement se construisent sur le temps long. Les bailleurs sociaux, les collectivités et les entreprises ont besoin de perspectives claires pour programmer les opérations, sécuriser les financements, recruter et investir", affirme le Département.
Davantage de confiance accordée aux territoires est demandée. "Le Conseil départemental porte auprès du Gouvernement une proposition visant à permettre la délégation de la programmation et de la gestion d'une partie des crédits de la LBU relevant de ses compétences. Cette évolution permettrait une action plus réactive, plus cohérente et plus adaptée aux réalités locales."
Les moyens humains, techniques et administratifs sont en place, dit le Département. "La SPL (Société Publique Locale) Avenir Réunion doit prochainement renforcer l'ingénierie de proximité et accélérer l'accompagnement des ménages. La réduction annoncée des crédits de la LBU interviendrait précisément au moment où chaque euro investi est susceptible de produire davantage de résultats", précise la collectivité.
- La baisse de la LBU, traumatisme pour l'économie réunionnaise -
Cette baisse représente un choc pour l'économie réunionnaise. "Depuis plusieurs années, le Département a profondément modernisé sa politique d'amélioration de l'habitat", affirme le Conseil départemental. "L'année 2025 a permis de structurer les équipes, les procédures et les partenariats nécessaires à la montée en puissance du dispositif. Aujourd'hui, l'organisation est pleinement opérationnelle", explique-t-il.
Au-delà des conséquences sociales, cette baisse fragiliserait directement l'activité des entreprises du bâtiment, des artisans, des maîtres d'œuvre et de l'ensemble de la filière construction.
Le mardi 23 juin 2026 la Fédération Réunionnaise du Bâtiment et des Travaux Publics (FRBTP) a annoncé déposer une motion rédigée par les acteurs économiques de La Réunion sur la baisse annoncée de la Ligne Budgétaire Unique.
Le logement social représente plus de 30 % de la commande publique du BTP. Près de 10.000 emplois indirects dépendent de cette filière. Selon l'Armos - qui fédère les sept promoteurs sociaux de La Réunion - à défaut d’une réponse adaptée, près de 100.000 logements pourraient manquer aux familles réunionnaises dans les 25 prochaines années.
"Il faut construire 4 à 6.000 logements sociaux tous les ans mais avec la baisse drastique de la LBU, on va programmer 200 à 300 logements par an", s'inquiète le représentant de la FRBTP.
- La Réunion en manque de logement social -
La division par trois de la LBU par rapport aux années précédentes, "marque une rupture sans précédent dans le financement du logement social à La Réunion, totalement incompatible avec les besoins du territoire" souligne l'Armos qui regroupe plusieurs les bailleurs sociaux (Sedré, Semac, Semader, SIDR, SHLMR, Sodegis, Sodiac).
L'Armos indique que les bailleurs ont présenté :
- 1.832 logements neufs (55 opérations), dont 1 196 logements locatifs sociaux (LLS) et 636 logements locatifs très sociaux (LLTS), nécessitant 55 millions d’euros de LBU
- 1.162 logements à réhabiliter (12 opérations), pour un besoin de 15 millions d’euros de LBU, afin de maintenir la qualité, la sécurité et la performance du parc existant.
"Ces seules opérations représentent 70 millions d’euros de besoins de LBU déjà objectivés, soit un montant très largement supérieur à l’enveloppe envisagée pour 2026. En l’absence de moyens suffisants, ce sont donc des projets concrets, prêts à être engagés et socialement indispensables qui seraient reportés ou abandonnés" détaille l'Armos.
Plus de 53.000 demandes de logement social sont aujourd’hui enregistrées à La Réunion et les projections de l’Insee estiment les besoins à 172.500 logements à l’horizon 2050.
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