Conflit au Moyen-Orient : hausse des carburants, hausse des prix à la consommation… La Réunion, victime collatérale de la guerre

  • Publié le 25 mars 2026 à 08:27
carburant

(Actualisé) Alors que le conflit au Moyen-Orient dure depuis plus de 26 jours - à plusieurs milliers de kilomètres de La Réunion -, notre département pourrait faire les frais d'une guerre dans laquelle il n'est pas impliqué. Hausse des carburants à venir, hausse des produits de consommation… Le grand capital est impitoyable, ses répercussions seront "inévitables" et la population en sera la première victime... collatérale, comme vous le révélait Imaz Press ce mardi (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)

Début mars, Jérôme Vellayoudom, docteur en intelligence économique, chercheur associé au laboratoire du centre de Recherche en gestion et d'enseignement multidisciplinaire international (CEREGE) et enseignant en géopolitique, déclarait à Imaz Press, "la clef c'est le temps. Si les tensions se prolongent, le prix du baril va significativement augmenter à La Réunion aussi".

Nous sommes le 25 mars 2026, 26 jours après le début du conflit au Moyen-Orient, le conflit dure… "et n'ayant aucun élément rassurant sur cette guerre, inévitablement La Réunion va connaître des répercussions" note le chercheur.

Cela "sous réserve que les mesures d'ouverture du détroit d'Ormuz annoncée dans la nuit par Téhéran et avec elles, la perspective d'un retour à la baisse du prix du baril, n'entraîne une position de l'État, à La Réunion, pour une mesure compensatoire permettant d'absorber les effets de la hausse de ce dernier mois", poursuit Jérôme Vellayoudom. 

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- Les navires qui ravitaillent La Réunion eux aussi impactés par l'augmentation du baril de pétrole -

Le premier élément qui pourrait expliquer l'augmentation des prix, est la hausse du prix des carburants des bateaux.

"Le prix du fioul utilisé par les navires (le VLSFO) – utilisé dans les 20 plus grands ports a quasiment doublé", explique Jérôme Vellayoudom. "Il est passé de 544 dollars la tonne au 27 février à 1.053 dollars le vendredi 20 mars" dit-il encore.

Ce mardi 24 mars à 12 heures le montant du baril de brut à Singapour était de 107 dollars. Le lundi 2 février il se vendait à 67 dollars.

De plus, "on note + 10% de surcharges sur le transport routier en pré-acheminement sur les tarifs actuels concernant le fret maritime", indique Philippe-Alexandre Rebboah, président du Syndicat d'importation et du commerce de La Réunion (SICR).

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- Transport plus cher synonyme de produits plus chers à l'arrivée -

"Cette hausse va forcément se transmettre sur le coût d'expédition et in fine sur le coût des marchandises transportées", explique Jérôme Vellayoudom, à savoir les produits de consommation que l'on retrouve dans la grande distribution, les pièces automobiles, ou encore les engrais.

Une situation qui aura une incidence sur les prix, déjà en augmentation ces derniers temps. Selon les chiffres de l'Insee en date du vendredi 27 février 2026, "les prix de l’alimentation, des produits manufacturés et du tabac augmentent entre 0,3 et 0,7 %".

Cela arrive dans un contexte où à l'inverse, le pouvoir d'achat des Réunionnais n'augmente pas ou peu. À peine 1,2% en 2024, dans un contexte d'inflation pourtant lui soutenu (+2,8%). Et où le taux de pauvreté de la population est de 36%.

- Importation massive à La Réunion -

La Réunion importe l'essentiel de ce qu'elle consomme. Selon le dernier bilan des importations agricoles publié par la Direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (Daaf), la valeur douanière des produits concernés dépasse 257 millions d'euros en 2024.

Les chiffres communiqués par la Daaf illustrent cette dépendance : + 12 % d'importations de fruits frais par rapport à 2023, + 9 % pour les légumes frais - un record -, + 10 % pour le riz et une hausse également des importations de viande de bœuf, de porc et de volaille.

Dans un communiqué publié ce mardi, Christophe Estève, référent de Place Publique à La Réunion, craint "une hausse inévitable du coût du gaz, y compris celui des bouteilles utilisées quotidiennement par les Réunionnais pour cuisiner". À La Réunion, où le gaz est importé à 100 %, il demande au préfet "la mise en place d’un lissage des hausses de prix du gaz, afin d’éviter un choc brutal pour les familles, une transparence renforcée sur la formation des prix et l’étude de mesures exceptionnelles de protection du pouvoir d’achat en cas de crise énergétique majeure".

- Une forte augmentation des prix à la pompe envisagée dès le 1er avril -

Une hausse qui devrait également se répercuter sur le prix à la pompe à La Réunion. "Notre carburant vient de Singapour où il est raffiné et avec l'acheminement et le coût du transport bateau qui augmente, le prix à la pompe va augmenter", précise Jérôme Vellayoudom. "Mais il va aussi augmenter essentiellement parce que le prix déterminé mensuellement par la préfecture nous a épargné la hausse. Nous arrivons au terme du mois. On ne voit pas comment le réajustement mensuel du prix pourra ignorer les nouvelles conditions du marché", dit-il.

"Certes Singapour a trouvé une alternative compensatoire en se fournissant avec la Russie, mais cela n'équilibre pas l'affaiblissement de son approvisionnement via Ormuz. Même chose pour la Chine avec la Russie, qui a de plus la possibilité de passer par Ormuz avec la bénédiction de l'Iran, mais sans pour autant revenir au même niveau de volume", précise l'universitaire. 

Effet mécanique : plus la demande est importante, plus la concurrence est sévère et plus les prix s'envolent.

Conséquence immédiate, selon nos informations, les prévisions les plus pessimistes parlent de plusieurs dizaines de centimes d'augmentation par litre de carburant dès le 1er avril. Déjà au 1er mars, les prix du sans-plomb et du gazole enregistraient une hausse de 3 centimes par litre chacun. 

La difficulté qui se pose désormais est de savoir comment cette augmentation va être gérée par la préfecture.

L'annonce des nouveaux prix à la pompe sera faite au plus le mardi 31 mars.

Le gouvernement a annoncé lundi des mesures de soutien à la trésorerie des secteurs des transports, de la pêche et de l'agriculture, mais sans aide directe à la pompe. "Il serait incompréhensible que certaines filières se retrouvent durablement impactées et durablement affaiblies à cause de ce moment difficile que l'on traverse", indique Maud Bregeon, la porte-parole. 

Si, "d'ici à plusieurs semaines la situation se calme, le trafic peut reprendre petit à petit, dans le détroit d'Ormuz", projette Maud Bregeon qui croit "que nous sommes en capacité de passer ce cap difficile ensemble".

Comme lors du blocage du canal de Suez en 2021 ou la guerre en Ukraine en 2022, l’impact local dépendra principalement de la durée du conflit et de l’évolution des tensions dans les points stratégiques du commerce mondial.

ma.m/www.imazpress.com/[email protected]

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