[Vidéos] Lutte contre l'alcoolisation fœtale : La Réunion sert de modèle à l’international et ouvre un nouveau centre de prévention

  • Publié le 9 septembre 2026 à 06:54
  • Actualisé le 9 septembre 2026 à 06:55
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A l'occasion de la journée mondiale de sensibilisation aux Troubles du Spectre de l'Alcoolisation Fœtale (TSAF), ce 9 septembre 2026, l'association SAF France a annoncé la création d'un centre international de prévention de ces troubles à La Réunion. Dans ce domaine, La Réunion fait figure de référence et peut servir de modèle au reste du monde. (Photo Stéphan Laï-Yu/www.imazpress.com)

La prévention autour du syndrome d'alcoolisation fœtale (SAF) ne cesse de progresser localement. Les résultats le prouvent. A La Réunion, on évalue que 7% des femmes consomment de l'alcool durant leur grossesse. Bien en deçà des 27% de la moyenne nationale.

Toutefois, pour accentuer cette tendance positive et la généraliser au reste du pays, SAF France va lancer une nouvelle structure. Un Centre international de prévention des Troubles du Spectre de l'Alcoolisation Fœtale (TSAF).

Centre à même de diffuser les bonnes pratiques et de transmettre à d'autres territoires une partie de l'expertise réunionnaise, engrangée depuis 30 ans comme l'explique le docteur Denis Lamblin, président de SAF France. "Nous avons la légitimité pour le faire. En créant ce lieu unique à La Réunion, nous voulons renforcer les dispositifs de sensibilisation actuels, mais aussi former et accueillir des délégations de professionnels venus de l'extérieur. Et puis, nous allons coopérer en servant de point d'appui à d'autres structures européennes et internationales qui veulent s'attaquer à ce fléau." Regardez

- Des séquelles de l'alcoolisation foetale qui peuvent prendre plusieurs formes -

Car l'impact du SAF est dévastateur sur les sociétés. Chaque année, 13.860 enfants naissent en étant affectés par le TSAF en France. A l'échelle de l'Europe, on parle de 130.000 naissances touchées par ces troubles. C'est tout simplement la première cause évitable de handicap dans notre pays avec environ 1.300.000 personnes qui souffrent de séquelles de cette alcoolisation prénatale.

Des séquelles qui peuvent couvrir un large éventail de cas, le plus souvent invisibles. Allant des troubles neurologiques, des retards cognitifs ou d'apprentissages, voire des troubles du comportement avec, parfois, des tendances antisociales qui se manifestent. Selon une étude de l'administration pénitentiaire du Canada datant de 2011, 10% des détenus souffriraient ainsi d'une forme de TSAF.

Parfois, dans leur forme la plus grave, ces TSAF peuvent aussi avoir des conséquences physiologiques visibles. Comme c'est le cas pour Sabrina Dijoux, âgée de 39 ans, qui se livre sur son parcours de malade. "Mes parents étaient atteints d'alcoolisme", confie-t-elle en évoquant sa naissance. "Mais les conséquences ne s'arrêtent pas avec le temps et, depuis toute petite, je vis avec une scoliose."

- Une intervention chirurgicale rendue difficile à cause de ses troubles neurologiques -

Devenue sévère depuis deux ans, cette scoliose cause à la malade, qui se déplace désormais en fauteuil roulant électrique et qui porte un corset, de nombreux désagréments. "Mon corps me trahit. Je reçois des décharges électriques et j'ai des problèmes respiratoires." 

Pour y remédier, Sabrina Dijoux doit subir une intervention chirurgicale afin de redresser et fusionner ses vertèbres. Intervention rendue difficile à cause de ses troubles neurologiques et qui doit avoir lieu dans un hôpital de la région parisienne.

La Réunionnaise ne cache pas aborder cette échéance avec appréhension. "J'ai peur mais je continuerai à avancer malgré cette peur." Toutefois, elle tient à continuer à témoigner et à sensibiliser le grand public sur les méfaits d'une alcoolisation pré-natale. Regardez

Elle rappelle ainsi que le risque posé par ce trouble n'est pas à sous-estimer. "Le SAF a de multiples facettes. Parfois ça se voit, comme chez moi, ou parfois pas. Mais, dans tous les cas, les troubles neurologiques peuvent être importants et les troubles physiques aussi. Et, ce qui est certain, c'est que le SAF n'est pas une maladie simple à vivre. Elle n'est pas bénigne et elle continue, bien au-delà de l'enfance, lorsque l'on est adulte."

- Une exposition précoce à l'alcoolisation foetale "dure à vivre" -

D'autant que les répercussions de cette alcoolisation fœtale sont "dures à vivre" pour le malade, mais aussi "pour toute la famille qui est concernée même si, dans certains cas, les parents sont partis trop tôt à cause de l'alcool." "Ca peut être lourd, ce n'est pas simple", conclut-elle dans un sourire.

Pour éviter que d'autres destins ne ressemblent pas à celui de Sabrina Dijoux, SAF France veut continuer à se mobiliser, à informer et à prévenir les comportements à risque durant les grossesses. "C'est important de continuer la prévention, car ça ne fait pas longtemps qu'on parle du SAF", insiste la Réunionnaise, "c'est un sujet encore un peu tabou".

En 2026, une étape a été franchie grâce à l'adoption d'un amendement porté par le député Perceval Gaillard dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale. Un amendement voulant élargir à l'ensemble de la France le dispositif de prévention qui existe à La Réunion.

- Une résolution internationale pour promouvoir la prévention signée en mai -

Pour concrétiser ce plan, reste désormais à obtenir le financement nécessaire de la part de l'Etat. "Notre modèle fonctionne mais il est fragile, indique le député Insoumis. Si rien n'est fait, on court le risque d'un retour en arrière dans dix ou quinze ans."

Pour éviter ce scénario, SAF France continue de se mobiliser et de surmonter les obstacles. En mai 2026, à Ennis en Irlande, des représentants institutionnels, associatifs et des soignants de quinze pays se sont retrouvés pour travailler sur les dangers du SAF. A l'issue de cette rencontre, une résolution a été votée afin d'établir les bases d'un réseau mondial à même d'appuyer les avancées législatives prévenant l'alcoolisation prénatale.

C'est pour poursuivre cette dynamique internationale, et pour faire rayonner le modèle réunionnais à l'échelle de la planète, que ce nouveau centre international de prévention est lancé. Une mission encore loin d'être accomplie.

A l'heure actuelle, 65 bébés touchés par le TSAF naissent tous les ans à La Réunion. Un chiffre lourd mais prometteur puisqu'en 2016, on comptait 280 nourrissons affectés par les effets du TSAF.

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