Depuis plusieurs jours, sous couvert d'anonymat, des internautes s'adonnent librement au dénigrement d'artistes et de sportifs de La Réunion sur les réseaux sociaux. Si ces actes répréhensibles sont dénoncés par les intéressés, le cyberharcèlement fait de nombreuses victimes chaque jour et pas seulement des personnalités publiques. Entre insultes sur le physique ou attaques personnelles banalisées… les auteurs se persuadent que jamais ils ne seront rattrapés (Photo Richard Bouhet/www.imazpress.com)
Rabaisser ou insulter une personne sous couvert d'anonymat, bien caché derrière son écran semble si facile pour ces personnes qui, en face, n'auraient jamais le courage de dire ces mots.
Beaucoup n'y voit même pas le mal qu'ils font, suivant le déferlement des propos ignobles, banalisés par les réseaux sociaux.
Maître Sulliman Omarjee, fondateur du cabinet Cyberlaw, dédié au droit numérique le voit chaque jour, "cette infraction monte crescendo. Aujourd'hui nous avons une explosion des comportements de cyberharceleurs".
- Quand la critique facile vire au harcèlement sur les réseaux sociaux -
Différences physiques, orientation sexuelle, appartenance ethnique… peuvent déclencher rejet et agressivité sur les réseaux sociaux.
Dernièrement Léa Churros a été la cible de ces attaques après sa prestation à l'émission Miss Réunion.
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Attaquée sur sa coiffure, sa taille ou encore sa manière de chanter, l'artiste a rappelé à ces personnes qui critiquent derrière leur écran, qu'il est "facile de rabaisser gratuitement".
Autre personnalité gratuitement attaquée, la championne du monde de judo dans la catégorie des plus de 78 kilos, notre championne péi, Léa Fontaine.
Propulsée au rang de numéro 1 mondiale, cette consécration sportive a rapidement été éclipsée par une violente campagne de cyberharcèlement grossophobe.
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La judokate a décidé de porter plainte.
Ce qui est encore plus dérangeant, c'est que selon la Fédération française de judo, Léa Fontaine est "une habituée de ce genre d'attaques qui l'accompagnent depuis le début de sa carrière". La sportive parle "de moqueries répétées" dans un courrier rédigé avec son avocat et publié sur son compte Instagram.
Elles ont toutes deux, reçu les soutiens de plusieurs artistes, sportifs et personnalités publiques. Du côté des politiques, la sénatrice Audrey Bélim, la députée Karine Lebon ou encore la maire Éricka Bareigts ont fait part de leur indignation.
Dans un courrier publié ce lundi, la Ligue des droits de l'homme de La Réunion a exprimé sa profonde indignation face aux attaques et au cyberharcèlement.
Autres cibles connues de cyberharcèlement à La Réunion, l'animatrice Katiana Castelnau, le chanteur Benjam ou encore la chanteuse de Saodaj, Marie Lanfroy.
- Le harcèlement en ligne, une pratique bien trop banalisée -
Mais derrière ce cyberharcèlement, cette violence banalisée, se trouvent des femmes, des hommes, des adolescents, des enfants victimes.
"Le cyberharcèlement constitue une forme particulièrement préoccupante de violence, en raison de sa capacité à se diffuser rapidement et durablement. Derrière les écrans, les mots ne sont pas sans conséquences : ils peuvent atteindre profondément la dignité, l’intégrité et la vie personnelle de celles et ceux qui en sont victimes", lance la LDH.
"Le cyberharcèlement est une problématique contemporaine. S'il y a les réseaux, on oublie souvent que cela passer aussi par les appels téléphoniques ou encore les SMS", indique le commandant de la maison de protection des familles de la gendarmerie de La Réunion.
Si les récents cas de Léa Churros et de Léa Fontaine ont fait la Une des médias, c'est de par leur notoriété publique. Mais en France, chaque jour, ce sont des milliers, voire des millions d'anonymes qui en sont victime.
Selon une étude publiée par l'Insee en 2025, les mineurs sont particulièrement exposés, avec 28 % des collégiens et 23 % des lycéens victimes de violence en ligne.

Les femmes majeures déclarent davantage être victimes de cyberviolence : 3,8 %, contre 2,6 % des hommes.

Les jeunes adultes âgés de 18 à 24 ans déclarent 2,6 fois plus souvent des cyberviolences que la moyenne de la population majeure et les immigrés en déclarent près de deux fois moins souvent.
En 2024, les atteintes en ligne constituent 12 % des atteintes à la personne enregistrées par les forces de sécurité intérieure, en nombre de victimes.
Le harcèlement en ligne, l’une des formes de cyberviolence les plus courantes, représente 35 % des délits de harcèlement.
La LDH Réunion appelle l’ensemble des responsables politiques, éducatifs, sportifs, associatifs et institutionnels à condamner clairement ces pratiques et à poursuivre, collectivement, le travail de prévention et d’éducation nécessaire pour faire reculer toutes les formes de haine, de discrimination et de harcèlement.
- L'anonymat sur internet n'est qu'une façade -
Cachés derrière leur écran ou un pseudonyme les auteurs se sentent protégés.
Maître Sulliman Omarjee, fondateur du cabinet Cyberlaw, dédié au droit numérique, les met en garde. "Le cyberharcèlement est une infraction pour sanctionner ceux qui se donnent à cœur joie de pourrir des gens sur internet en croyant le faire en toute impunité".
Sur internet "on laisse des traces". "L'autorité judiciaire, le procureur, le parquet, a des pouvoirs d'enquêtes qui vont permettre de faire une réquisition aux plateformes de réseaux, les hébergeurs, pour lever l'identité de l'utilisateur derrière le compte", explique l'avocat.
Depuis la loi sur la sécurité intérieure, ces données de connexion peuvent être conservées durant un an. "C'est par ces données que l'on est capable de remonter tout le monde, peu importe qu'il y ait un VPN ou pas."
Si cela permet d'identifier les auteurs des propos, l'avocat ne cache pas que remonter le fil est un véritable parcours du combattant. "Il faut être patient car les unités manquent de moyens", dit-il.
À la gendarmerie de La Réunion, la traque du cyberharcèlement se fait par la brigade numérique "avec des techniciens sollicités dans les enquêtes pour faire des investigations numériques", explique l'adjudant-chef Nicolas Schwartzmann, commandant de la maison de protection des familles de la gendarmerie de La Réunion.
Il ajoute : "en gendarmerie, nous avons aussi des enquêteurs sous pseudonymes qui vont travailler tout en se faisant passer pour d'autres personnes sur les réseaux".
Mais pour investiguer, "il faut une saisine, une plainte et là seulement l'autorité judiciaire nous demandera d'enquêter". Écoutez.
Maître Sulliman Omarjee le dit, "cela prend une demi-seconde pour créer du contenu toxique mais des mois de procédure pour lancer l'enquête et obtenir une condamnation de la personne".
Selon lui, "le temps de la riposte pénale est trop long par rapport à la vague subie".
- La gendarmerie de La Réunion sensibilise la jeunesse au cyberharcèlement -
Pour tenter d'enrayer la machine, les gendarmes passent de classes en classes faire de la prévention. Premièrement," nous allons faire un rappel à la loi et ensuite on va leur parler des infractions qui existent comme le harcèlement et donc, le cyberharcèlement", explique l'adjudant-chef Nicolas Schwartzmann.
Sur le cyberharcèlement, "on parle de l'auteur, du complice, du co-auteur, des témoins (qui peut devenir co-auteur ou complice) et surtout de la victimes", dit-il.
"À ce moment-là, on leur fait comprendre qu'en tant que témoin ils doivent agir vu qu'une personne victime de harcèlement peut aller jusqu'au suicide et que l'on se doit d'agir pour éviter les dangers pour cette victime", explique le commandant. Écoutez.
- Le cyberharcèlement, un délit punissable jusqu'à 2 ans de prison -
L'infraction de cyberharcèlement relève de l'article l’article 222-33-2-2 du code pénal. Cet article sanctionne "le harcèlement constitué de propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet de dégrader les conditions de vie d’une personne et d’altérer sa santé physique ou mentale".
Mais comment différencier la simple mauvaise réaction du cyberharcèlement ? "Il ne faut pas que cela soit un commentaire isolé. Le cyberharcèlement ça peut être une personne ou un leader qui dit "on va se liguer contre la personne pour mettre des commentaires coordonnés pour la détruire en ligne", ou cela peut être dans le cadre d'un fil de discussion ou plusieurs personnes vont réagir avec un même objectif pourrir une personne", explique l'avocat. Dans ce cas, "la répétition sera caractérisée".
Il précise "chacun peut être solidairement responsable à hauteur de son propos".
S'ajoute à cela "le fait de taguer une personne, l'identifier sur les réseaux sociaux. La victime obtient la notification d'alerte une fois, deux fois et ainsi de suite et cela va être un comportement incriminé par l'infraction puisque cela va nuire à sa tranquillité".
Ce que conseille l'avocat en droit numérique s'est de "multiplier les plaintes" et "d'aller voir un médecin pour obtenir un certificat concernant l'impact subi".
Le cyberharcèlement est un délit puni par l'article 222-33-2-2 du Code pénal.
Pour un auteur majeur, les peines vont jusqu'à 2 ou 3 ans de prison et 45.000 euros d'amende (notamment si la victime a moins de 15 ans ou en présence de circonstances aggravantes).
Si vous êtes victime de cyberharcèlement, vous pouvez contacter le 3018, le numéro vert national et gratuit dédié aux victimes de violences numériques.
- Conserver les preuves : faire des captures d'écran des messages avec les dates et les URL.
- Signaler les faits : utiliser la plateforme officielle Pharos ou contacter le 3018 (numéro vert gratuit pour les jeunes et les familles).
- Porter plainte : aller dans un commissariat ou une gendarmerie.
Il existe également la plateforme E-Enfance qui a la possibilité de faire des signalements et qui met à disposition des jeunes un tchat pour évoquer leurs problèmes, sans forcément devoir en parler oralement.
ma.m/www.imazpress.com/[email protected]

