Comme vous le révélait Imaz Press ce mercredi 25 mars 2026, trois familles de l'école privée Sainte-Marguerite à Saint-Benoît ont été radiées pour "rupture de confiance" avec la direction. Dans un message adressé jeudi sur les réseaux, le diocèse de La Réunion - qui s'était refusé tout commentaire à notre média - dit vouloir "rétablir les faits avec exactitude suite aux événements graves". Imaz Press revient pour vous sur le déroulé de cette affaire (Photo d'illustration Richard Bouhet / www.imazpress.com)
L'affaire est révélée en novembre 2025. Des parents et des élèves ont signalé des comportements jugés inappropriés d'un salarié de l'OGEC.
11 plaintes sont déposées par plusieurs familles de l'établissement privé de Saint-Benoît pour agressions sexuelles présumées sur mineurs. Le 20 novembre 2025, la procureure de la République de Saint-Denis, Véronique Denizot, avait annoncé sa "mise à pied".
Ce dernier a été entendu par les services de la gendarmerie. Selon nos informations, le salarié concerné conteste les faits qui lui sont reprochés.
- Un collectif de parents d'élèves se monte contre la reprise de poste de l'agent soupçonné -
Suspecté d'agression sexuelle sur 11 enfants, notamment des jeunes de moins de 5 ans, l'homme reprend son poste en février 2026 de jardinier après un long arrêt maladie.
À cette époque, la direction et l'Organisme de gestion de l'Enseignement catholique (OGEC) justifient leur décision par un mail envoyé aux parents, arguant la "présomption d'innocence en l'absence de décision judiciaire ou administrative".
La direction tente de rassurer les parents et précise que "l'organisation du travail de ce salarié a été strictement aménagée. Ses missions sont désormais exercées sans aucun contact avec les élèves ni les familles en dehors des heures d'ouverture de l'établissement".
Le 21 février, suite à cette décision de la direction, un collectif de parents en colère se monte. "Nous ne pouvons fermer les yeux devant des faits qualifiés de "comportements déplacés" par l'école mais qui sont, en fait, des agressions sexuelles sur mineurs", s'indigne le collectif.
"Cette personne ne devait initialement pas être en contact direct avec les enfants (s'en occuper) et pourtant, cela a bien été le cas", tient à notifier les parents.
- Rencontre entre la direction et les parents, la directrice assure chercher des solutions -
Le 25 février 2026, la directrice de l'établissement scolaire convie la presse à une rencontre pour évoquer la situation – sans les parents – concernant la sécurité des enfants.
Elle explique avoir "mis en place des mesures pour la sécurité des enfants suite à des signalements émanant de parents et de certains élèves au sujet de comportements jugés inappropriés d’un membre du personnel". Mais déplore des menaces reçues de la part de parents d'élèves.
Le 26 février 2026, la direction reçoit ensuite plusieurs parents de l'école. Lors de cette réunion, l'école a assuré chercher des solutions. Les parents, eux, ont demandé une suspension immédiate à titre conservatoire.
Compte tenu des affaires qui ont secoué l'Église, les parents avaient le droit de s'attendre à une mise à l'écart sauf que légalement "avec la présomption d'innocence on ne peut pas refuser que l'agent reprenne son poste", s'est justifiée la direction.
Lorsque la directrice évoque la présomption d'innocence, le juriste eux expliquent cela : "Juridiquement, l'établissement pourrait licencier l'agent pour causes réelles et sérieuses, en lui payant toutes les indemnités légales. Et cela même en tenant compte de la présomption d'innocence".
"S'il n'y avait eu qu'une plainte, cela aurait été plus difficile de justifier les causes réelles et sérieuses, mais avec 11 plaintes, cela se passerait beaucoup mieux si l'agent accusé devait aller aux prud'hommes. L'établissement pourrait faire jouer le principe de précaution", analysait une juriste, contactée par Imaz Press.
Un avis partagé par un autre avocat, spécialiste du droit du travail. "L'agent pourrait tout à fait être licencié pour causes réelles et sérieuses", affirme-t-il auprès de notre rédaction. "Dans ce type d'affaire, la présomption d'innocence est un mauvais prétexte", estime-t-il.
- Trois enfants radiés de l'école Sainte-Marguerite -
L'affaire ne s'arrête pas là. Le 2 mars 2026, trois familles reçoivent un courrier recommandé de la direction, leur annonçant la radiation de leur enfant au motif d'une "rupture de confiance durable".
Un courrier reçu le 2 mars, premier jour des vacances scolaires alors que le certificat de radiation a été émis le 23 février et le courrier le 26, date à laquelle les parents avaient rendez-vous avec la directrice et n'ont jamais eu vent oralement de la radiation de leur enfant.
Dans un document signé par la cheffe d'établissement, qu'Imaz Press a pu consulter, il est écrit que : "par la présente, je vous informe de ma décision de procéder à la radiation de votre enfant de notre établissement".
La direction poursuit et indique : "cette décision, que je sais sensible, repose sur le constat d'une rupture de confiance durable entre votre famille et l'équipe éducative. Or, le bon fonctionnement d'un établissement scolaire et l'accompagnement serein des élèves nécessitent une relation de confiance réciproque" […] Les conditions actuelles ne permettent malheureusement plus de garantir ce cadre indispensable".
Une annonce qui a choqué ces trois familles qui ont accepté de témoigner sur Imaz Press.
Marion, mère d'une petite fille, témoignait : "chacun a droit d'avoir son avis, moi je suis contre la réintégration de ce monsieur, mais on n'a pas le droit de faire payer des désaccords d'adultes sur des enfants, c'est inacceptable".
Les parents expliquant, "à ce jour, je n’ai fait l’objet d’aucune convocation, ni d’aucune proposition de dialogue ou de médiation de la part de l’établissement avant cette décision particulièrement lourde de conséquences pour la scolarité de mon enfant", confiait Véronique.
Contactée, la direction de l'établissement n'a jamais répondu.
- Après être resté silencieux, le diocèse prend la parole -
Contacté à plusieurs reprises, le diocèse de La Réunion nous avait répondu "ne pas donner suite afin de ne pas alimenter la polémique". Ce jeudi 26 mars 2026, il a décidé de réagir par le biais d'un communiqué posté sur ses réseaux.
Philippe Brault, directeur diocésain de l'Enseignement catholique La Réunion-Mayotte écrit : "des allégations d'agressions sexuelles sur des enfants de l'école Sainte-Marguerite à Saint-Benoît ont profondément ébranlé la communauté de l'école et ont eu un écho médiatique important. Face à ces événements graves, la cheffe d'établissement en concertation avec le président de l'OGEC, les présidentes de l'APEL de l'établissement et académique, l'autorité de tutelle et la direction diocésaine de l'Enseignement catholique, a pris des décisions fortes, dont la radiation de trois familles dont les enfants ne sont pas directement concernés par cette affaire".
"Nous publions ce communiqué pour rétablir les faits avec exactitude et apporter des éléments de clarification sur les raisons qui ont motivé ce choix", poursuit-il.
Le diocèse se fend d'avoir "face à des faits d'une gravité exceptionnelle", mis comme "priorité absolue, dès le premier instant, la protection des enfants et l'accompagnement de toutes les familles concernées".
"Les procédures légales de signalement ont été respectées et une enquête judiciaire est en cours", précise-t-il. "Nous avons eu le souci constant de maintenir l'équilibre entre le respect de la présomption d'innocence et le principe de précaution en prenant des mesures strictes concernant l'agent soupçonné et l'organisation de son travail au sein de notre établissement."
Philippe Brault poursuit : "nous souhaitons cependant apporter un éclairage sur le contexte dans lequel l'équipe éducative a travaillé ces dernières semaines. Des membres de la direction et du personnel ont été victimes de comportements agressifs de la part de certains parents : menaces, agressions verbales, actes de vandalisme, dégradation, diffusion de fausses informations, atteinte à la sécurité de l'établissement. Ce qui a conduit la cheffe d'établissement et le président de l'OGEC à déposer plainte".
Le diocèse précise : "leurs enfants (ceux des familles radiées – ndlr) ne sont pas concernés par les soupçons d'agressions sexuelles".
Depuis, nous avons appris que suite au temps d'échange avec les parents en date du 26 février 2026, le salarié concerné ne sera pas présent sur le site de l'établissement pendant la durée de l'enquête en cours.
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