Comme Imaz Press vous le révélait ce mardi 30 juin 2029, le "classement sans suite" de 11 plaintes a été ordonné par le parquet dans l'affaire de l'école primaire privée Sainte-Marguerite à Saint-Benoît. Un agent extérieur de l'école – employé comme jardinier -, était visé par ces plaintes pour agressions sexuelles sur 11 enfants de moins de 5 ans. Pour les familles des victimes, "épuisées" d'avoir appris par voie de presse ce classement, "l'enquête a été bâclée". C'est "une seconde condamnation pour les enfants" disent les parents en n'excluant pas de se porter partie civile pour relancer la procédure (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)
Plusieurs parents victimes se sont dit "révoltés" à l'idée d'avoir appris sur Imaz Press que le "classement sans suite" avait été ordonné par le parquet de Saint-Denis.
"Je sais qu'un classement sans suite est une décision prévue par la loi et qu'il peut intervenir pour différentes raisons. Mais lorsqu'on est un parent, ce langage juridique ne console pas. Il ne répond pas aux nuits où l'on entend son enfant pleurer. Il ne répond pas aux crises d'angoisse", confie à Imaz Press, la maman d'une victime.
- Des familles de victimes qui se sentent abandonnées -
Elle ajoute : "Je ne remets pas en cause les femmes et les hommes qui servent la justice mais je m'interroge sur un système qui peut parfois laisser des familles avec le sentiment de ne plus savoir où trouver des réponses, de ne plus savoir vers qui se tourner".
"Quand un dossier se ferme, les parents, eux, ne peuvent pas fermer la porte de leur douleur. Nous continuons à accompagner un enfant qui grandit avec des blessures invisibles. Nous continuons à chercher des psychologues, des mots, de la force", dit la maman.
Elle poursuit, "les violences sexuelles sur les enfants exigent des moyens, du temps et une écoute. On ne parle pas là d’un cas isolé mais de 11 enfants".
"Nous ne voulons pas alimenter la colère mais nous refusons qu’une décision de procédure devienne une seconde condamnation pour les enfants qui trouvent le courage de parler", poursuit la mère d'une victime.
- "Une enquête bâclée" -
Une maman de victime a confié à Imaz Press avoir saisi le tribunal pour savoir où en était sa plainte. Ce à quoi on lui a répondu le 8 juin qu'elle avait été transmise au bureau des ordres pénal et que "l'affaire est toujours en cours".
Ce mardi 30 juin, Imaz Press vous révélait, après avoir interrogé par mail le parquet de Saint-Denis, avoir eu comme réponse de la part de Véronique Denizot, procureure de la République que : "le classement sans suite a été ordonné".
Selon elle, "l'enquête a été bâclée à cause des promesses de Darmanin de traiter 70.000 cas de violences sexuelles sur mineurs".
Pour rappel à La Réunion, 1.325 dossiers de violences sexuelles sur mineurs doivent être réexaminés par les services de la Justice. Des plaintes déposées pour 718 d'entre-elles aux services de la police nationale et 607 aux services de la gendarmerie nationale.
- Plusieurs enfants n'auraient pas vu le service de victimologie -
Selon la maman d'une jeune victime, "plusieurs enfants n'ont pas été vus par le service de victimologie".
Suite à cette information, le collectif Stop Vif - Protégeons nos enfants et l’association Écoute-moi, Protège-moi, Aide-moi, Aime-moi (EPAA 974) ont décidé d'adresser un courrier à Madame la Procureure de la République.
"Notre démarche ne remet pas en cause la décision de classement sans suite rendue dans cette affaire ; elle vise uniquement à transmettre cette information afin qu’elle puisse être examinée par l’autorité judiciaire", précise la présidente de EPAA, Jessy Yong-Peng.
"Au-delà de cette affaire, les familles que nous accompagnons expriment une profonde incompréhension. Beaucoup d’entre elles évoquent un sentiment d’abandon, des délais particulièrement longs, un manque d’information sur l’évolution de leur dossier et une perte progressive de confiance dans les institutions après que leurs enfants ont trouvé le courage de parler", dit-elle.
Les parents n'excluent pas de se porter partie civile afin de relancer les procédures.
- L'agent suspecté suspendu à titre conservatoire -
L'affaire est révélée en novembre 2025. Des parents et des élèves ont signalé des comportements jugés inappropriés d'un salarié de l'OGEC. 11 plaintes sont déposées par plusieurs familles de l'établissement privé de Saint-Benoît pour agressions sexuelles présumées sur mineurs.
Le 20 novembre 2025, la procureure de la République de Saint-Denis, Véronique Denizot, avait annoncé sa "mise à pied".
Selon nos informations - et alors que l'agent avait repris son poste de jardinier en février 2026 après un long arrêt maladie - l'homme suspecté d'agressions sexuelles sur des enfants de moins de 5 ans aurait été suspendu à titre conservatoire.
Lorsqu'il reprit son poste, la direction et l'Organisme de gestion de l'Enseignement catholique (OGEC) justifiait la décision par un mail envoyé aux parents, arguant la "présomption d'innocence en l'absence de décision judiciaire ou administrative".
Le 21 février, suite à cette décision de la direction, un collectif de parents en colère se monte. Face au tollé provoqué, la direction avait tenté de rassurer les parents en précisant que "l'organisation du travail de ce salarié a été strictement aménagée. Ses missions sont désormais exercées sans aucun contact avec les élèves ni les familles en dehors des heures d'ouverture de l'établissement".
- Les associations interpellent les associations -
La sénatrice Évelyne Corbière, a accepté de remettre personnellement au Garde des Sceaux, Gérald Darmanin, un courrier recensant plusieurs situations accompagnées à La Réunion et mettant en évidence des difficultés récurrentes rencontrées dans les procédures concernant des enfants victimes.
Une saisine a été réalisée pour le défenseur des droits
Parallèlement, EPAA 974 a saisi le Défenseur des droits et a transmis ces constats aux parlementaires réunionnais membres de la Commission d’enquête sur les dysfonctionnements obstruant l’accès à une justice adaptée aux besoins des justiciables ultramarins, afin que ces situations puissent contribuer aux travaux engagés au niveau national.
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