Piton de la Fournaise, le volcan capricieux qui n'en finit plus de s'assoupir, de se réveiller et de s'assoupir à nouveau

  • Publié le 8 avril 2026 à 07:06
  • Actualisé le 8 avril 2026 à 07:07
volcan éteint

Le Piton de la Fournaise est un volcan bien capricieux semble-t-il. En éruption, je dévale les Grandes Pentes, coupant la RN2 et fonçant droit sur l'océan. Mais au bout de plusieurs jours, plus rien... C'était mal connaitre le volcan qui, quelques jours après, est reparti de plus belle, coupant une nouvelle fois la route des Laves, avant, une fois, de s'arrêter. Est-ce un arrêt définitif ? Une pause ? Comment expliquer ce suspens. Aline Peltier, directrice de l'Observatoire volcanologique Zacharie Duputel, sismologue et directeur adjoint de l’OVPF ont répondu à Imaz Press (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)

"L'éruption du 13 février est actuellement considérée comme arrêtée car il n’y a plus d’effusion de lave en surface", indique l'OVPF à Imaz Press.

L'Observatoire observe cependant encore un trémor résiduel qui indique que du magma est proche de la surface. Cette observation "indique qu’un redémarrage de l'éruption est tout à fait envisageable, même si ce trémor montre des signes d'affaiblissement sur les dernières 24 heures".

"On observe en outre une reprise de l'inflation de l'édifice et de la sismicité profonde, indiquant dans le même temps que le système d'alimentation magmatique est en cours de repressurisation", précisent Aline Peltier et Zacharie Duputel.

L’observatoire reste donc vigilant à toute évolution de la situation.

- L'activité à remous du volcan de La Réunion -

"Ce comportement, avec une reprise puis un arrêt de l’activité, traduit vraisemblablement un régime d’alimentation magmatique instable. Autrement dit, le magma et les gaz continuent à circuler, mais le débit n’est pas suffisamment constant pour maintenir durablement l’émission en surface", expliquent les volcanologues.

Dans ce cas, "l’éruption peut effectivement repartir, s’affaiblir, puis s’interrompre de nouveau", précise Aline Peltier. 

Cela a déjà été observé au Piton de la Fournaise, notamment lors de l’éruption de août à octobre 2004 et lors de l'éruption d'août à octobre 2015.

Un exemple extrême est celui du volcan Kilauea, à Hawaï, souvent présenté comme le "volcan analogue" du Piton de la Fournaise. "L’éruption en cours y a débuté le 23 décembre 2024 et se déroule depuis sous forme d’épisodes successifs, alternant phases actives et pauses parfois longues. Début avril 2026, le Hawaiian Volcano Observatory (HVO), annonçait attendre le 44ème épisode éruptif", indiquent l'Obvservatoire.

- Un signal sismique qui s'agite et puis se calme au Piton de la Fournaise -

Concernant la chute brutale du trémor - signal sismique quasi continu associé à la circulation de fluides magmatiques et/ou gazeux dans l’édifice - "ce type d’évolution n’est pas inhabituel en fin d’éruption", indiquent les spécialistes du volcan.

"Le trémor volcanique correspond au signal sismique généré par la circulation du magma et des gaz dans les parties superficielles du volcan."précisent-ils.

Sa diminution brutale "traduit donc une baisse rapide de cette circulation, pouvant être associée à une diminution du débit de magma, à une baisse du dégazage ou à une obstruction du conduit d'alimentation du site éruptif", informent Aline Peltier et Zacharie Duputel.

Lire aussi - Volcan : l'éruption du Piton de la Fournaise s’est de nouveau arrêtée, une reprise d'activité n'est pas exclue

- Un point incandescent observé du Piton de Bert -

Ce lundi comme ce mardi soir, la présence d’un point incandescent au sommet du cône éruptif était observée au niveau de la zone de dégazage.

Ce point incandescent ne provenait pas de projections de lave. En revanche, "il est certain qu’à l’intérieur du cône, réside toujours de la matière à très haute température, voire potentiellement en fusion", indiquent les volcanologues. "En l’absence d’une analyse in situ, plusieurs hypothèses peuvent être envisagées : il pourrait s’agir d’une fracture issue d’un glissement partiel au sommet du cône récemment formé et exposant cette zone incandescente, ou bien d’une faible remontée de matière depuis le conduit éruptif".

- Près de 50 jours d'éruption depuis les premiers jets de lave -

Pour rappel, le Piton de la Fournaise était entré en éruption le vendredi matin 13 février 2026. 

Le 13 mars, un mois jour pour jour après le début de l'éruption, et pour la première fois depuis 2007 que le feu liquide expulsé par le Piton de la Fournaise, la lave traverse la RN2. À 12h35 un troisième bras de coulée a atteint la route. 

La lave a fini par plonger dans l'océan dans la nuit du dimanche 15 mars au lundi 16 mars 2026, vers 00h20. La rencontre du feu liquide et de l'eau a eu lieu alors que le front de coulée est resté figé à 150 mètres de l'océan pendant plusieurs heures. Cet événement spectaculaire arrive après la traversée de la RN2 par trois coulées de lave le 13 mars. Regardez.

Le 25 mars, le trémor volcanique, indicateur de l’activité en surface, a chuté à deux reprises avant de revenir à un niveau proche du bruit de fond, puis de disparaître progressivement en fin d’après-midi, marquant l’arrêt de l’éruption.

Le samedi 28 mars, reprise d'activité au Piton de la Fournaise. À 9h50, le jeudi 2 avril, un nouveau petit bras de coulée a traversé la RN2, la coupant intégralement en 30 min, à une vitesse de 10 m /heure. Plus tôt dans la matinée, de nouveaux petits bras de coulée avaient atteint la route.

Ce jeudi 2 avril 2026, juste avant l'arrêt de l'activité du volcan, Imaz Press a pu survoler l'éruption... peut-être pour la dernière fois de cette éruption. Regardez.

L'éruption s'est de nouveau arrêtée à 0h10 ce vendredi 3 avril.

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