Fin 2024, le calme plat au Piton de la Fournaise marquait la fin d'un cycle éruptif au Volcan (2014-2023). Cette année, si ce calme fut rompu avec deux éruptions depuis janvier 2026, seule l'analyse des prélèvements de lave réalisés par les volcanologues de l'Observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise (OVPF) pourra confirmer la reprise d'un nouveau cycle éruptif (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)
Les premiers résultats dévoilés dans le dernier bulletin mensuel de l'OVPF montrent que "le magma initial de l'éruption du 18-20 janvier 2026 - (1ère éruption de l'année) - était un magma dégazé, assez dense, relativement évolué sur le plan chimique, pauvre en cristaux et présentant une température de transition vitreuse compatible avec les magmas émis à la fin de l’éruption de juillet-août 2023".
En terme un peu moins techniques, cela que veut dire que selon l'OVPF, les laves émises lors de l'éruption de janvier 2026, étaient issus d'un magma résiduel du cycle éruptif précédant, certainement remobilisé ("poussé vers le haut") par l'arrivée d'un nouveau magma plus profond, explique Aline Peltier de l'OVPF.
- Un magma plus riche en gaz au Piton de la Fournaise -
Au début de l’éruption de février 2026, "le magma devient plus chaud et les explosions aux niveaux des bouches éruptives sont riches en pierre ponce dorée extrêmement vésiculaire (plus de 90 % de vésiculation - une vésicule étant une petite cavité créée dans des roches volcaniques), signe de l'arrivée d'un magma plus riche en gaz", indique l'Observatoire volcanologique.
"On observe alors une nette séparation au sein du dike* (*intrusion de roche magmatique localisée entre le réservoir superficiel et la surface, permettant d’alimenter l’éruption) peu profond pendant l'éruption avec les pierres ponce riches en gaz au niveau des bouches éruptives, et les laves pauvres en gaz (densité moyenne d'environ 30 à 40 %) y compris pour les laves de type cordée), qui se sont formées localement davantage en raison de variations topographiques ou de variations de contraintes", poursuit l'OVPF.
Au niveau de la composition en roche totale, "une augmentation de la teneur en magnésium est observée au cours de l’éruption de février-avril 2026, due en partie à l'arrivée de cristaux d'olivine".
À la mi-éruption (15-16 mars 2026), la proportion de nouveau magma reste faible d'après les analyses. Ce qui laisse supposé que le magma émis jusqu’au 16 mars était du magma résiduel, probablement réchauffé et remobilisé par une injection profonde.
- Un nouveau magma en surface après le 12 mars -
Les premiers signes de la présence de nouveau magma en surface apparaissent après le 12 mars 2026, même si "les variations isotopiques restent très faibles et à la limite de l’erreur analytique", indiquent les volcanologues.
Ces résultats étant préliminaires, une analyse plus détaillée sera présentée dans l’un des prochains bulletins mensuels de l'OVPF, notamment avec les résultats de l'analyse des laves du dernier mois de l'éruption pour confirmer ces premières tendances.
La fin de l'éruption du 13 février-12 avril a été marquée par deux périodes d’arrêt de l’éruption du 25 au 28 mars et du 2 au 8 avril, accompagnées d'une reprise de l’inflation de l’édifice et une augmentation de la sismicité profonde entre 8 et 10 km sous la partie ouest du sommet.
"Ces observations suggèrent de nouvelles arrivées de magma profond vers le réservoir superficiel, entraînant une remise en pression du système magmatique avant la reprise de l’éruption", explique l'OVPF.
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Bénéficiant d'un large réseau de surveillance du volcan, l'OVPF et ses partenaires scientifiques, ont pu, grâce à la localisation de la sismicité et des sources de déformation, ainsi qu'aux études géochimiques des laves, mieux comprendre l'origine des magmas et la structure de l'alimentation du volcan.
Des données "confirment l'existence de complexes magmatiques" à différentes profondeurs.
Un à environ 30km sous les plaines, un vers 12km sous les plaines et un vers 2km sous le cratère Dolomieu. Mais le magma lui est généré à plus grand profondeur et il existe certainement d'autres réservoirs plus profonds, évoque Aline Peltier, présentant les résultats de son collègue, Ivan Vlastelic, actuel directeur de l'Observatoire volcanologique et sismologique de Guadeloupe.
Un réservoir qui pourrait expliquer les différents cycles du volcan.
D'après Ivan Vlastelic, "les variations du strontium sont des indicateurs de l'activité dans le manteau terrestre, sous la plaque océanique, à plusieurs dizaines de kilomètres sous les pieds de réunionnais".
Au début du cycle éruptif - donc après une période sans éruption - "on note que le rapport isotopique du strontium est important", explique Aline Peltier.
À l’inverse, à la fin d’un cycle, le rapport baisse, ce qui est probablement un indicateur de la baisse de l’activité en profondeur.
Des données et des cycles qui - telle l'est la nature - restent variables et imprévisibles.
L'Observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise présentera ses analyses lors d'une conférence organisée le samedi 30 mai 2026 à 14h30 à la Cité du Volcan.
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