Gratuité des transports et des effets scolaires : entre coup de communication des communes et coup de pouce aux familles de La Réunion

  • Publié le 5 août 2026 à 03:00
  • Actualisé le 5 août 2026 à 06:05
Rentrée scolaire

À La Réunion, les collectivités locales étendent la notion de gratuité à un nombre grandissant de secteurs et de thématiques. Lors de la prochaine rentrée, le 18 août 2026, des familles vont pouvoir bénéficier de la cantine scolaire, des transports mais aussi, parfois, de fournitures comme à Saint-Benoît ou à Saint-Denis (Photo d'illustration www.imazpress.com)

Pour autant, certains observateurs et acteurs de la vie publique estiment que cette gratuité n'est que de façade. Dans la mesure où il s'agit de recettes issues des rentrées fiscales financées par l'argent des citoyens eux-mêmes. "Il n'y a jamais rien de gratuit. Quand une collectivité le dit, ce n'est pas vrai. Il n'existe pas de multiplicateur de recettes dans une mairie. L'argent qui est attribué pour une action ou un projet, on doit forcément le prendre ailleurs" martèle Serge Hoareau, maire de Petite-Île.

Un argumentaire critique que prolonge l'élu en pointant les risques d'élargir ce soutien financier à de larges pans de la population sans fixer des critères de ressources préalables. "Le budget d'une collectivité n'est pas extensible et le faire croire, c'est un leurre. Habituer tous les Réunionnais à la gratuité, dans des domaines qui ne relèvent pas des prérogatives communales, comme les fournitures scolaires, c'est une gestion dangereuse."

L'idée d'universaliser ces aides à tous les ménages de l'île, comme le fait par exemple la Région avec son plan de prise en charge d'une partie du prix des bouteilles de gaz pour atténuer les effets du blocage du détroit d'Ormuz, pose question. Mais les collectivités qui se positionnent en ce sens défendent la notion de choix politiques.

- Un levier pour les politiques publiques à La Réunion -

Ericka Bareigts, la maire de Saint-Denis, revendique la priorité affichée et ancienne qu'elle attribue à l'éducation pour justifier cet arbitrage. "Nous avons décidé de flécher des crédits en faveur de la qualité éducative des élèves dionysiens. C'est presque une obsession pour nous."

Plus encore, elle voit la gratuité comme un levier pour amplifier des politiques publiques. Comme, dans le cas de Saint-Denis, la décision de permettre aux jeunes de moins de 25 ans d'emprunter gratuitement les transports en commun. "Avec cette gratuité, nous voulons changer les comportements. Pour inciter, par exemple, les Dionysiens à moins utiliser leurs voitures à l'avenir."

De manière plus prosaïque, d'autres, comme Daniel Amouny, président de la Fédération des Conseils de Parents d'Elèves, estiment surtout que la gratuité dans le domaine scolaire constitue une réponse à la crise du pouvoir d'achat actuel dans les foyers réunionnais. "C'est une bouffée d'oxygène pour les familles. C'est une manière de redistribuer de manière équitable l'argent public."

À La Réunion "on paye des impôts et il n'y a rien pour nous" 

C'est le point de vue à hauteur de citoyen qui est ici pris en compte. Une perspective qu'adopte également Ericka Bareigts pour qui l'absence de contreparties financières trouve un écho concret auprès de ses administrés. "Avec la gratuité, il y a de l'argent que les gens ne sortent pas de leur portefeuille. Souvent, les gens se disent, on paye des impôts et il n'y a rien pour nous. Là, ils peuvent voir ça comme une attention à leur égard."

La première édile concède toutefois qu'une interrogation demeure autour de la possibilité d'étendre ces avantages financiers à l'ensemble d'une population, comme c'est le cas, par exemple, pour les kits de rentrée offerts à tous les élèves de Toute petite section et Petite section du chef-lieu.

Olivier Hoarau, maire du Port, où les frais de restauration scolaire sont pris en charge, juge même une gratuité globale applicable hors critères de ressources comme étant assimilable à de la "communication politique".

- Finances des collectivités sous tension -

Une volonté de communication qui pourrait avoir des conséquences sur le moyen terme. À l'heure où le déficit public se creuse au niveau national, les finances des collectivités sont également sous tension, comme l'illustre encore récemment la baisse des aides gouvernementales pour les contrats PEC.

Et les projets de gratuité, s'ils sont mal évalués, risquent de peser sur les comptes des collectivités, comme l'indique Serge Hoareau. "En tant que maire, on doit tous faire des choix. Mais face à la situation financière actuelle, il faut rester prudent et la gratuité, ça n'existe pas." Une sentence autour de la responsabilité que pourraient, peut-être, méditer les communes réunionnaises qui souhaitent se lancer prochainement dans de nouveaux projets proposés à titre gracieux à leurs concitoyens.

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