La filière du rhum réunionnais tire la sonnette d’alarme. Dans un communiqué datant de ce mercredi 7 janvier 2026, le syndicat professionnel La Réunion des Rhums (LRR) dénonce le projet d’amendement au budget 2026 visant à instaurer une nouvelle taxe sur les alcools forts à La Réunion. Une mesure soutenue par le Département, mais jugée "destructrice" par les producteurs locaux. (Photo rb/www.imazpress.com)
Selon la filière locale du rhum, l’application de cette taxe entraînerait une explosion de la fiscalité sur le rhum réunionnais, évaluée à +1.216 %, soit une hausse de plus de 1.600 euros par hectolitre d’alcool pur. À titre de comparaison, les alcools importés verraient leur augmentation plafonnée à 200 euros.
- Une augmentation de près de 8 euros par bouteille d'alcool -
Conséquence directe : une hausse estimée à près de 8 euros par bouteille, qui pèserait à la fois sur le pouvoir d’achat des Réunionnais.es et sur la compétitivité des producteurs locaux. "Cette disposition risque de déplacer la consommation vers les alcools importés, sans aucun effet démontré sur les consommations problématiques", assure LRR.
"Contrairement à la Vignette de Sécurité Sociale (VSS), qui finance la santé publique, les recettes de cette surtaxe rejoindraient le budget du Département, qui n’est par ailleurs pas compétent en matière de santé. La VSS à La Réunion a déjà été fortement augmentée : son montant atteint aujourd’hui 609,80 euros par hectolitre d'alcool pur (+360 % en 5 ans). Si l’on additionne toutes les taxes, le degré d’alcool dans une bouteille de rhum blanc réunionnais est actuellement taxé au même niveau qu’un degré d’alcool dans une bouteille de vin vendue en métropole", déplore le syndicat.
- Environ 1.200 emplois en danger -
La Réunion des Rhums alerte aussi sur les risques économiques majeurs pour une filière composée exclusivement de TPE et PME, représentant environ 1.200 emplois directs, indirects et induits, et jusqu’à 15.000 emplois si l’on inclut l’ensemble de la filière canne-sucre-rhum-énergie.
"Cette disposition frappe de manière discriminatoire la production locale réunionnaise, alors que les Antilles et la Guyane ont été exclues de son champ d’application", dénonce le syndicat. "Cette création de taxe, décidée sans aucune concertation avec les acteurs du secteur, va fragiliser une filière essentielle de l’économie locale, porteuse d’un savoir-faire reconnu dans le monde entier. C’est pourquoi, en décembre dernier, la Région Réunion avait déjà affirmé fermement son opposition à cette disposition par la voix de sa présidente".
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Face à ces critiques, le Département de La Réunion assume son soutien à l’amendement, qu’il présente comme un levier de santé publique. Dans un communiqué publié hier, mardi 6 janvier, la collectivité rappelle la situation "particulièrement préoccupante" du territoire en matière de décès et de drames liés à l’alcool, liés notamment à la surconsommation d’alcools forts. Le Département affirme que cette majoration serait une faculté, décidée chaque année en concertation avec les acteurs concernés, et qu’elle maintiendrait un différentiel favorable au rhum local par rapport aux alcools importés.
- La filière rhum demande le retrait immédiat de l'amendement -
La filière rhum, de son côté, rejette l’idée que cette taxe aurait un effet démontré sur la réduction de l’alcoolisation problématique. Elle rappelle avoir signé, en avril 2024, une charte de prévention avec les services de l’État et appelle au retrait immédiat de l’amendement, au profit d’une véritable concertation réunissant toutes les parties prenantes. "Les acteurs de la filière demeurent pleinement disposés à collaborer avec les pouvoirs publics pour renforcer la lutte contre l’alcoolisation, notamment chez les populations vulnérables".
À l’approche des débats à l’Assemblée nationale, le bras de fer s’intensifie entre impératifs de santé publique et défense d’un pilier historique de l’économie réunionnaise.
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Pour les personnes ayant une forte dépendance à l’alcool, il est conseillé d’en parler à son médecin et d’aller consulter des professionnels spécialisés en addictologie : CSAPA (centre de soins ambulatoires en addictologie) ou services d’addictologie des établissements de santé.
La direction d'Addictions France Réunion accueille les personnes sur son centre de prévention et de formation sur les addictions, ainsi que sur ses centres de soins en addictologie repartis sur l’ensemble de l’île. Toute personne peut se faire accompagner de manière anonyme et totalement gratuite. Renseignements à la direction d’Addictions France au : 02 62 30 22 93 ou sur le site de l’association nationale : https://addictions-france.org/
Pour faire le point sur sa consommation d’alcool, s’informer ou être aidé, RDV sur le site "Alcool-info-service".
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