Un ressortissant chinois, Chen Binggui, pourrait être expulsé vers son pays d'origine dans les prochains jours. Une expulsion qui pourrait être désastreuse pour ce pratiquant du Falun Gong, et pour ses deux enfants, dans la mesure où les adeptes de ce mouvement spirituel sont pourchassés et incarcérés par le pouvoir chinois. (Photo DR)
Chen Binggui risque l'expulsion vers la Chine. Son pays natal. Un pays où il pourrait se retrouver emprisonné et torturé. Cette possibilité est bien réelle pour le ressortissant de l'Empire du milieu. Car entre 2001 et 20019, il a déjà été arrêté à quatre reprises. Et incarcéré pendant cinq ans et demi.
Incarcération qui a donné lieu à des actes de torture selon Frédéric Giacalone, président de l'association Eveil de Chine, qui parle au nom de Chen Binggui. "En 2001, il a été envoyé dans un camp de travaux forcés. Là, il a été torturé. Il avait 19 ans à cette époque." Des tortures allant des coups aux chocs électriques, en passant par la privation de sommeil. En 2019, ce dernier a aussi été détenu pendant 37 jours et aurait subi une "tentative de lavage de cerveau pour le rééduquer".
Car Chen Binggui, 44 ans désormais, appartient à un mouvement spirituel réprouvé par le pouvoir chinois : le Falun Gong. Interdit depuis 1999 par le Parti communiste chinois, le Falun Gong a vu, depuis, ses adeptes être surveillés et réprimés par le pouvoir en place. Tout comme peut l'être également la population ouïghoure, notamment dans la province du Xinjiang.
Devant cette impasse, le citoyen chinois prend la fuite. Il arrive à La Réunion, avec ses trois enfants dont sa fille aînée malade, le 30 août 2024. Il dépose dans la foulée une demande d'asile. Demande qui sera refusée malgré un dossier que Frédéric Giacalone estime "bien documenté".
- La machine administrative de l'expulsion se met en marche -
Le 7 juin 2026, sa fille est hospitalisée et décède d'une leucémie. En parallèle, alors que son esprit est déjà happé par la maladie de sa fille, le dossier d'appel en asile de Chen Binggui devant la Cour Nationale du Droit d'Appel (CNDA) est rejeté. On lui aurait indiqué qu'il manquait des documents justificatifs.
La froide machine administrative se met alors en route. Au détriment de Chen Binggui. Une Obligation de quitter le territoire français (OQTF) lui est envoyée par la poste. Ayant changé d'hébergement entre-temps, il n'a pas pu la réceptionner à sa précédente adresse. Difficile alors, pour lui, de faire appel de cette OQTF.
Le 1er septembre, il est interpellé par la police aux frontières (PAF). S'ensuit une garde à vue de 24 heures. Il est alors envoyé au centre de rétention administrative (CRA) du Chaudron.
Avec l'aide de l'association Cimade, il lance une nouvelle demande d'asile. Désormais assigné à résidence, il risque une expulsion, avec ses deux enfants, vers la Chine d'ici à quinze jours. Une procédure qui le mettrait en danger selon Frédéric Giacalone, responsable associatif et proche du mouvement Falun Gong. "Les autorités chinoises le surveillent encore. Il a été contacté à plusieurs reprises par un agent de la sécurité intérieure, reliée au bureau 610 qui traque les pratiquants de Falun Gong." La famille de Chen Binggui se ferait aussi harceler au Guangdong, province dont il est originaire.
- "Ca pourrait lui être fatal. Il n'y aura pas de condamnation, avec un vrai procès" -
Pour Frédéric Giacalone, un retour dans cette province serait désastreux pour Chen Binggui et ses enfants. "Ca pourrait lui être fatal. Il n'y aura pas de condamnation, avec un procès en bonne et due forme. Il risque tout simplement de disparaître. Un cas de figure qui s'est déjà produit sous le pouvoir autoritaire chinois."
Contacté sur ce dossier, Nicolas Hoarau, intervenant juridique au CRA du Chaudron, confirme que le destin de Chen Binggui peut basculer à tout moment. "Je l'ai accompagné et pour l'instant, il ne peut pas être expulsé tant que sa demande n'a pas été examinée par Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Ce qui prendra entre dix et vingt jours."
En évoquant le profil du ressortissant chinois, Nicolas Hoarau s'interroge sur la difficulté de l'obtention du droit d'asile. "Il a visiblement très peur de repartir en Chine. Mais on considère qu'il n'y a pas les éléments suffisants dans son dossier qui est pourtant. Pour que l'OFPRA réexamine son dossier, il faudrait quelque chose de nouveau." Un élément nouveau comme, par exemple, l'obtention de photos attestant qu'il a été incarcéré dans un centre de travaux forcés. Photos qui, pour des raisons évidentes, sont impossibles à produire.
Plus globalement, le professionnel rappelle que Chen Binggui est loin de constituer un cas isolé. "Demander l'asile en France, c'est de plus en plus compliqué. L'administration se cache derrière l'OFPRA alors que des personnes risquent la mort si elles retournent dans leur pays."
- Un geste du préfet pour empêcher l'expulsion -
Pour Chen Binggui, cette triste perspective semble de l'ordre du possible. Mais il espère encore une intervention personnelle du préfet pour lui éviter cela, comme l'indique Nicolas Hoarau. "Le préfet peut considérer personnellement ce dossier et lui octroyer une admission exceptionnelle au séjour (AES) à titre dérogatoire." Un geste qui permettrait au pratiquant de Falun Gong de rester à La Réunion. Contactée sur ce sujet, la préfecture réserve pour l'instant sa réponse.
*Mais, au-delà même de cette AES, il convient de s'interroger, plus globalement, sur le respect de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH) dans cette affaire. Un article qui indique que "*nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants". Par extension, il serait alors impossible de renvoyer des migrants pouvant être soumis à ce type de "traitements inhumains" dans leur pays d'origine.
Dans le dossier de Chen Binggui, ainsi que dans d'autres situations comparables, le respect de la dignité et de l'intégrité humaine constitue un enjeu central. Un enjeu que se doivent de respecter et soutenir les démocraties. Pour l'heure, toutefois, c'est d'un soutien plus concret dont Chen Binggui a besoin pour rester à La Réunion. Un soutien qui peut, notamment, se manifester par la signature d'une pétition en sa faveur.
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Il faut le soutenir, il a déjà perdu sa fille d'une grave maladie. Nous sommes dans un pays libres et nous avons cette chance que d'autres n'ont pas comme ce monsieur. C'est vrai que la chine est très dure, entre les tortures, les travaux, ils n'ont pas besoin de faire grand chose pour être emprisonnés et avec des traitements durs. Nous sommes pour la liberté,un pays libre. J'espère que ce père de famille va obtenir l'asile et rester avec ses enfants sur le sol de la Réunion. Nous sommes de toutes cultures. Le nom de l'île de la Réunion veut dire beaucoup. Courage à vous Monsieur.