Campagne de l'entre deux tours : pressions, tensions et pratiques contestĂ©es

  • PubliĂ© le 19 mars 2026 Ă  05:14
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48 heures. C’est tout ce qu’il reste aux candidats pour faire campagne. Dans cette dernière ligne droite, les listes qui peuvent se maintenir sont parfois chamboulées par les fusions, ou les abandons. De leur côté, sur le terrain, les militants multiplient les appels au vote au risque parfois d’être trop insistants : porte-à-porte, démarchage téléphonique, SMS avec un seul objectif en tête : faire élire leur candidat. Des pratiques qui ne plaisent pas toujours aux électeurs, ni à certains militants. (Photo : Richard Bouhet/imazpress.com)

Les Réunionnais le savent, entre les deux tours les candidats ont accès aux listes d’émargements. Un document dont ils se servent pour identifier les personnes qui n’ont pas voté, pour ainsi aller à leur rencontre et les inciter à se rendre aux urnes. Cette année, le porte à porte s'est transformé en véritable démarchage, une forme de propagande politique qui met la pression sur les électeurs.

Lors du premier tour de ces élections municipales, à Sainte-Marie, Céline Sitouze a récolté 33,38 % des votes, suivie par l'ancien maire Jean-Louis Lagourgue avec 25,64 % des suffrages et enfin le maire sortant, Richard Nirlo, avec 25 % des votes.

Les trois s'affronteront à nouveau ce dimanche 22 mars. Mais afin que les habitants retournent aux urnes, les militants tentent une approche un peu différente du traditionnel porte-à-porte. 

- Des appels et des sms pour demander aux électeurs de se mobiliser - 

Le téléphone sonne, au bout du fil une voix féminine déroule un message bien rodé. Elle connaît les noms et prénoms de ses interlocuteurs. Elle appelle sur leur téléphone portable et à ceux qui n’ont pas répondu, la militante laisse un message vocal de 30 secondes. 

"Dimanche prochain 22 mars, c’est le deuxième tour des municipales, c’est un événement important pour la vie de notre commune. Vous aurez le choix entre une candidate d'extrême gauche, ou notre candidat de droite, qui est en première position, monsieur Jean-Louis Lagourgue. Nous vous invitons à faire le bon choix madame et à vous exprimer pour l’avenir de notre ville, c’est un enjeu extrêmement important, on compte sur vous."

Sur les réseaux, plusieurs personnes témoignent de ces appels dans différentes villes, en se demandant comment ces candidats ont eu accès à leurs données personnelles. 

Depuis octobre 2025, le règlement européen relatif à la transparence de la publicité politique (RPP) est venu ajouter des obligations supplémentaires en matière de prospection politique. 

La Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés (CNIL) explique sur son site internet que : "Lorsqu’ils adressent des messages de communication politique, les partis et candidats aux élections doivent informer les destinataires du traitement de données personnelles. Les personnes démarchées doivent pouvoir exercer leurs droits à tout moment, notamment pour s’opposer facilement à recevoir de nouveaux messages".

Pour le moment les Réunionnais ne témoignent pas avoir eu la possibilité de limiter les messages reçus. 

- Fusion de listes : les colistiers veulent faire entendre leur voix -

À Sainte-Suzanne, ils avaient pensé que les décisions allaient être prises de façon collégiale. Mais dès le lundi 16 mars, au lendemain du premier tour,  les conversations groupées des colistiers et des militants sur les réseaux ont été supprimées. Certains colistiers ont été invités à l’officialisation de la fusion entre la liste conduite par Alain Alamélou et celle de Frédéric Maillot, et d’autres pas.

Dans un mail envoyé à la presse, Christian Picard, ancien colistier de Daniel Alamélou, dit respecter cette décision mais ne la comprend pas : "Je ne m’associe pas à la décision de Daniel Alamélou de fusionner avec une équipe dont nous avons, tout au long de la campagne, dénoncé les orientations politiques, les méthodes et l’éthique".

Il dit avoir décidé : "Par cohérence avec les valeurs que j’ai défendues et par respect envers les électeurs qui nous ont accordé leur confiance, je considère qu’il est de mon devoir de prendre mes distances avec ce choix. Je reste attaché à une pratique politique honnête, transparente et fidèle aux engagements pris devant la population".

De son côté, Vanessa Setama dénonce un manque d’empathie. 

"Ce qui m'a vraiment déplu, c'est le comportement vis-à-vis des militants", explique Vanessa Setama qui était numéro 2 sur la liste menée par Daniel Alamélou lors du premier tour.

Elle ajoute : "Il y en a qui ont pleuré devant lui, et cette froideur, et le fait qu'on n'ait pas considéré la peine. Les gens qui ont démarché, qui ont fait des porte-à-porte sous la pluie, dans le vent, dans le soleil, ils avaient espoir. Aujourd'hui, Ils sont dégoûtés".

"Autre chose aussi que j'ai trouvée indécente, c'est qu'il nous culpabilise de son score en disant qu'on est responsables de ce score. Qu’on ne s’est pas assez mobilisés. Et lui, il n’y est pour rien, mais qu’il est le seul capable de défendre le projet" c’est cette logique qui expliquerait selon Vanessa Setama qu’il parte sans l’accord unanime des militants et des anciens colistiers. 

À Saint-Pierre cette fois-ci, Émeline K/Bidi, candidate, multiplie les annonces. Elle explique que Jean-Gaël Anda Sita aurait : "Persisté à demander à être tête de liste". Une affirmation réfutée par Brigitte Hoarau et Séverine Ferrante, colistière de ce dernier, dans un communiqué commun :  

"Nous regrettons que ces échanges soient aujourd’hui présentés de manière inexacte, laissant entendre que la fusion aurait échoué pour des raisons différentes de celles qui ont réellement été évoquées lors des discussions".

Émeline K/Bidi affirme également que les colistiers et les électeurs de Jean-Gaël Anda Sita et de Ruth Dijoux l’ont déjà rejoint et demandent aux militants qui le souhaitent de venir également, alors que Jean-Gaël Anda Sita se maintient au second tour. 

- Le maire sortant qui ne souhaite plus participer au second tour - 

Il est pourtant arrivé en deuxième position, avec 22,43 % des voix à Saint-Leu. Bruno Domen se plaçait derrière Thierry Robert qui lui avait obtenu 44,04% des suffrages et Karim Juhoor 16,54%.

Dans le karié trwa lét, la bataille des municipales fait rage depuis plusieurs mois. 

Ce mardi 17 mars 2026, le maire sortant Bruno Domen a annoncé qu’il se retirait de la course aux municipales. Dès le soir du premier tour, il explique accepter le résultat des urnes qui le placent en deuxième position, en prendre acte. Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, il évoque une campagne longue et éprouvante : "Les attaques, notamment personnelles, ont été virulentes.  Je prendrai le temps de faire le point avec mes équipes pour le second tour."

À 9h36 le lendemain, il poste à nouveau. Il n’y aura pas de second tour pour lui. 

"J'ai pris la décision de ne pas me maintenir au second tour" lance t-il après quelques mots adressés à ses électeurs, une seule phrase pour les remercier de leur confiance. Il salue ses militants présents toutes ces années. Ils n’auront rien de plus. Il part. 

Derrière les 4.149 suffrages exprimés en sa faveur : des Saint-Leusiens, des militants, des employés communaux, des familles, des hommes et des femmes qui se sont mobilisés pour le faire élire. Tous, sincèrement convaincus que leur candidat allait gagner, pleinement engagés. 4.149 personnes lâchées par le maire sortant. 

Dans son communiqué, Bruno Domen assure : "Ce choix n'est ni un renoncement, ni une facilité". En tout cas, c’est loin d’être un signe de courage politique. 

Entre un maire qui quitte le navire avant le second tour, des électeurs démarchés sur leur téléphone portable : Le folklore électoral réunionnais est toujours aussi surprenant.

Une autre pratique peu commune lors de cette courte semaine de campagne d’entre-deux-tours, Joe Bédier, candidat contre les frères Virapoulé, affirme avoir le soutien d’Éric Fruteau, et lui assure, dans un communiqué, qu’il le soutiendra à son tour s'il souhaite siéger au conseil départemental. 

La propagande électorale de cette dernière ligne droite avant le second tour des municipales se joue aussi sur les réseaux où certains candidats n’hésitent pas à prétendre avoir des soutiens qu’ils n’ont pas.

Ce dimanche 22 mars, les Réunionnais se rendront une nouvelle fois dans les bureaux de vote pour élire un maire dans les 10 villes qui n’en ont pas. Encore un peu de patience, c’est bientôt la fin de cette campagne hors norme. 

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