Violence scolaire, manque de moyens, insécurité : un problème fondamental de société

  • Publié le 24 février 2026 à 02:59
École

Début février, une professeure de français d'un collège de Saint-Pierre a été étranglée par un élève de 5ème. Ce lundi 23 février 2026, après-midi une enseignante du lycée professionnel de Saint-Denis a été agressée par une élève qui l'a fait chuter au sol. Ces violences – parfois à main armée –, arrivent après l'agression au couteau d'une enseignante de Sanary-sur-Mer. Manque de moyens pour l'éducation, insécurité, violence, ces phénomènes mettent en lumière un problème fondamental de société (Photo : rb/www.imazpress.com)

"Il s'agit d'une situation intolérable à laquelle on ne doit pas s'habituer", a déclaré le recteur de l'Académie de La Réunion, Rostane Medhi.

La violence à l'école n'est pas seulement un phénomène confiné aux murs des établissements scolaires. Elle "n'est que le reflet de ce qui se passe dans notre société", déclare Victor Rodrigues.

L'école n'est pas un sanctuaire, chacun arrive avec ces histoires, même si nous faisons en sorte que tout ce qui est extérieur n'influe pas sur la capacité des élèves de développer leurs apprentissages", déclare le secrétaire académique dans le second degré pour le Snes-FSU

"Il faut faire un travail sur la santé mentale des jeunes", dit-il.

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- Des violences, le triste reflet de notre société -

Derrière ces violences, il y a parfois des jeunes en souffrance, même si cela ne justifie aucunement ces passages à l'acte.

Pour Guillaume Lefèvre du Snalc, "il faut déjà s'occuper de l'éducation à la maison et revenir aux fondamentaux des règles de vie dans l'éducation des parents".

"Chez l'adolescent, l'élément déclencheur peut venir du côté familial, social, des problématiques qui étaient moins présentes", explique la psychologue, Elsa Checkouri.

Ayant pris en charge des jeunes qui ont envisagé de passer à l'acte et d'agresser d'autres jeunes, leurs professeurs ou encore leur entourage, elle explique : "c'est souvent un trop-plein. L'adolescent en constriction et ses émotions sont intenses et dans un cadre fragilisé il peut perdre ses moyens", même si elle le rappelle, "rien n'excuse ce qui a été fait".

Autre gros problème auquel sont confrontés les adolescents, "les réseaux sociaux qui font que les jeunes sont de l'expansion, l'imitation".

- Derrière ces violences, il y a parfois des jeunes en souffrance -

La psychologue déplore un manque de prévention sur la santé mentale des adolescents, "autant dans les établissements que chez les parents".

Selon Elsa Checkouri, "il faut travailler la gestion des émotions, parler car l'adolescent est comme une cocotte-minute et instaurer un climat de confiance". Et surtout "chercher pourquoi ce passage à l'acte et comprendre le problème de fond, même si ce n'est pas justifiable et en fonction, voir la sanction à imposer".

Au-delà de la réponse sécuritaire nécessaire, "il est essentiel d’affirmer que la prévention demeure le levier fondamental d’une transformation durable", souligne l'association EPA.

Les violences à l’école s’inscrivent souvent dans un contexte plus large : "banalisation des agressions verbales et physiques, exposition répétée à des contenus violents sur les réseaux sociaux, difficultés de gestion émotionnelle, perte de repères et fragilités familiales insuffisamment accompagnées".

Face à ces enjeux, EPA – Écoute Moi, Protège Moi, Aide Moi 974 plaide pour une mobilisation globale et coordonnée reposant sur : le développement des compétences psychosociales chez les enfants et les adolescents, la mise en place d’ateliers de prévention et de sensibilisation,l’organisation de défis éducatifs et de projets collectifs favorisant l’entraide, la coopération et le respect et surtout l’implication active des parents.

À La Réunion, 32 % des 15-29 ans souffrent d'un problème de santé mentale ou de dépression. Le chiffre témoigne d’un niveau plus élevé dans les outre-mer que dans l’Hexagone. Ces chiffres ne peuvent être ignorés ou minimisés : ils révèlent une détresse profonde qui trouve parfois une expression violente faute d’être prise en charge en temps utile.

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- Une réponse pénale à apporter pour ces élèves problématiques -

Face à ces violences, les syndicats réclament eux "une suite pénale pour ne pas laisser l'impunité s'engager".

Interrogé, le recteur Rostane Mehdi le dit : "il faut se poser la question de savoir si les élèves problématiques ne devraient pas être pris en charge par d'autres dispositifs".

"Je pense évidemment à l'éducation fermée et même si l'éducation doit prendre sa part de responsabilité, il faut travailler avec la protection pénale de la jeunesse et le ministère de la justice pour envisager une prise en charge différente", ajoute-t-il.

Un centre fermé "où un cadre est fixé avec l'intervention de psychologues pour évoquer ce problème, si le jeune accepte d'échanger", explique Elsa Checkouri.

- Une prévention peu active, faute de moyens dans l'Éducation nationale -

"Ces situations sont aussi le reflet d'années de déshérence éducative politique", dit Victor Rodrigues.

"On pointe du doigt notre tutelle (l'Éducation nationale – ndlr) qui nous dit de faire mieux avec moins", évoque le secrétaire académique du Snes FSU, faisant notamment référence à la suppression de postes, 86 à la rentrée 2026, au manque de Conseillers principaux d'éducation (CPE) ou d'Assistants d'éducation (AED). "Il n'y a aucun investissement dans l'Éducation", peste-t-il.

Cette agression doit conduire à une réponse collective forte. Elle souligne l’urgence de renforcer les moyens humains dans les établissements scolaires : davantage de personnels éducatifs et médico-sociaux, des équipes de vie scolaire en nombre suffisant, un accompagnement renforcé des élèves en grande difficulté, ainsi qu’un soutien réel et immédiat des personnels confrontés à des situations de violence", dit Jocelyne Latchimy, secrétaire départementale de la FSU.

"Les enseignants ne peuvent pas être laissés seuls face à des situations complexes qui dépassent le cadre pédagogique. La prévention des violences passe par la présence d’adultes formés, disponibles, reconnus, et par un travail éducatif de long terme, rendu possible uniquement par des moyens humains à la hauteur des besoins", avance-t-elle encore.

Pour le Snalc, "la violence doit être stoppée dès ses prémices, en classe, par la prise en charge des élèves concernés par des adultes et la mise en place de règles et de contrats".

Le Snalc demande que des commissions permanentes se réunissent sur le thème du plan prévention violence. Face à l’ampleur de ces phénomènes, la CFTC appelle à une mobilisation collective de l’État, des collectivités locales, des équipes éducatives et des partenaires sociaux.

- L'académie de La Réunion assure être attentive à la santé mentale des élèves -

"L'Éducation nationale fait beaucoup, essaie d'être à la hauteur de ses devoirs, mais nous n'y parviendrons pas seuls. Il est indispensable que les parents s'engagent à nos côtés. On ne peut pas laisser un enfant partir avec autre chose qu'un cahier et un stylo", dit le recteur de l'académie, Rostane Mehdi. Écoutez.

Dans une lettre à destination des parents d'élèves, le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray a appellé à un "sursaut collectif". "Nous avons besoin de vous". 

Le ministre dénonce "une forme de banalisation de la violence, extrême" et alerte sur le harcèlement dont est victime "plus d'un enfant par classe en moyenne", aux "conséquences destructrices".

"Une telle situation est inacceptable, pour nos enfants comme pour l’institution et ses personnels (...) L’École repose sur un ensemble de principes et de valeurs qui ne sont ni amendables, ni négociables", ajoute le ministre.

Dans cette lettre envoyée aux directeurs d'école et chefs d'établissements Édouard Geffray demande aux parents de "s'impliquer personnellement".

D’autres agressions d’enseignants ou de personnels d’éducation ont marqué ces dernières années, parfois tragiquement : Samuel Paty en 2020, Agnès Lassalle en février 2023, Dominique Bernard en octobre de la même année, Mélanie Grapinet en juin 2025 et enfin l’enseignante gravement blessée dans un collège de Sanary-sur-Mer (Var).

ma.m/www.imazpress.com/[email protected]

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1 Commentaires
Limites de l'école inclusive
Limites de l'école inclusive
2 heures

Les élèves qui relèvent de structures spécialisées sont tous mis en école "normale" pour des questions budgétaires.

Si vous rajoutez des parents absents, mere 12 enfants, pere 20 enfants. Des parents pas la avec sa : a la société d'éduquer leurs enfants. Et une pincée de TDC (tiers digne de confiance)

Voilà le résultat explosif.