À La Réunion : à cause de la précarité, les femmes ont deux fois plus de risque de perdre leur bébé que les mères de l'Hexagone

  • Publié le 7 août 2026 à 14:17
  • Actualisé le 7 août 2026 à 16:27
En Europe, près de 76.000 enfants meurent chaque année avant l'âge de 5 ans ( AFP / LOIC VENANCE )

Si les chiffres de la mortalité infantile sont connus, un nouveau rapport de l'Igas, inspection générale interministérielle du secteur social, déplore une situation "très sérieuse" et "méritant une attention particulière" dans des départements d'outre-mer. Une étude de l'Insee, publiée en avril 2025, indiquait que les femmes originaires des départements d'outre-mer ou d'un pays d'Afrique sont plus à risque de perdre leur bébé dans leur première année de vie. De 2004 à 2022, le taux de mortalité infantile est deux fois plus élevé dans les DOM avec un niveau qui atteint les 8 ‰ contre 3,5‰ en moyenne dans l'Hexagone. Sur notre île, ce taux est à 6,9 ‰ de décès pour 1.000 naissances. La précarité est l'un des éléments qui favorisent le taux de mortalité infantile (Photo d'illustration)

Les taux sont inquiétants mais la situation est loin d'être nouvelle. La France se classe parmi les pays européens où la mortalité infantile est la plus élevée. Selon le député Perceval Gaillard, les conclusions du rapport de l'Igas sont cachées par le gouvernement, ce dernier estimant que "cette situation catastrophique n'a rien d'une fatalité, c'est un choix politique".

Dans son rapport, L'Igas recommande "qu’une action résolue soit menée en faveur de la périnatalité et en matière de lutte contre la mortalité infantile dans les territoires d’outre-mer."

Le député Perceval Gaillard dénonce un rapport que le gouvernement tenterait de passer sous silence, selon lui, les résultats sont connus depuis janvier 2026 mais publiés uniquement cette semaine. Il lance : "À la honte d'être responsable d'une telle situation, le gouvernement ajoute le scandale de vouloir cacher la réalité créée par sa politique."

Dans un communiqué, Perceval Gaillard explique : "Alors que le taux de décès d'enfants avant leur premier anniversaire a grimpé à 4,1 pour 1.000 naissances en 2024, soit 2.709 enfants (ndlr dans l'hexagone), plaçant ainsi la France au 23ème rang sur 27 des pays de l'Union européenne, la presse nationale révèle qu'un rapport de 304 pages de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) a été littéralement enterré par la ministre de la Santé depuis janvier 2026".

Sur un total de 661.822 naissances dans l'ensemble du pays, 2.709 enfants sont morts avant leur premier anniversaire. Il s'agit ici principalement des décès de bébés au cours de leurs 27 premiers jours de vie. 

"En France métropolitaine, tous les départements ont un taux de mortalité infantile inférieur ou égal à 5 ‰ et toutes les régions un taux inférieur à 4 ‰" pouvait-on déjà lire dans le rapport de l'INSEE sur la mortalité infantile publié en avril 2025. À La Réunion, la situation est bien plus tendue.

Si la Guyane est le département d'outre-mer avec le plus fort taux à quasiment 10 ‰, les mères réunionnaises sont elles aussi particulièrement à risque. 

À La Réunion, l'Agence régionale de santé, estime que cette situation est multifactorielle et ne peut être expliquée par une seule cause. Interrogée par Imaz Press, l'ARS explique : "Les facteurs sociaux, les vulnérabilités économiques, certaines pathologies maternelles, les naissances prématurées, ainsi que l'accès aux soins et à la prévention constituent autant de déterminants susceptibles d'influencer ces résultats".

- Kaz' des 1.000 premiers jours, Unité Mère-Bébé du CHU Sud : l'offre de soin autour de la périnatalité se structure lentement à La Réunion - 

"À La Réunion, plusieurs initiatives structurantes sont déjà engagées" assure l'ARS.

À titre d'exemple : "La Kaz' 1.000 premiers jours à la clinique des Orchidées, première Maison des 1.000 premiers jours labellisée de l'île. Cette structure vise à accompagner les futurs parents et les jeunes familles en proposant un accompagnement global autour de la grossesse, de la parentalité et du développement de l'enfant".

"Nous pouvons aussi nous réjouir de l'ouverture prochaine de l'Unité Mère-Bébé du CHU Sud, dans le cadre du projet HOPE. Cette structure renforcera significativement les capacités d'accompagnement des situations complexes associant santé mentale périnatale, soutien à la parentalité et prise en charge précoce du nourrisson" assure l'ARS.

L'Agence Régionale de Santé a également pour mission fondamentale de soutenir la coordination des acteurs de terrain, de consolider les structures sanitaires existantes et de favoriser le développement d'un parcours périnatal cohérent et accessible à tous sur l'ensemble du territoire.

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- Précarité, santé des futures mamans et fermetures de maternités augmentent les taux de mortalité infantile  - 

Selon le rapport de l'Igas, tout comme les études de l'Insee, la mortalité infantile est liée à la précarité de la mère, à son niveau de richesse. D'autres analyses suggèrent que les difficultés d'accès aux soins impactent également sur la santé de la mère et de l'enfant.

"Les femmes les plus vulnérables font l'objet d'un accompagnement spécifique mobilisant les maternités, les sage-femmes libérales, la PMI, les établissements de santé, les travailleurs sociaux et les associations. L'enjeu est de notamment repérer le plus précocement possible les situations à risque afin de proposer un accompagnement renforcé tout au long de la grossesse et dans les premiers mois de vie de l'enfant" insiste l'ARS de La Réunion. 

Perceval Gaillard, estime lui que la France a un problème structurel : "Les politiques menées depuis 20 ans, en particulier les fermetures massives de maternités, sont en cause. D’autre part le document note que la France présente d’immenses défauts dans l’accompagnement des mères touchées par la pauvreté."

Il regrette aussi les "défaillances de notre système de prévention. En France, du fait de leurs difficultés budgétaires, les centres de protection maternelle et infantile (PMI) ont vu le nombre de mères et d’enfants suivis être divisé par deux depuis 1995."

La mission menée par Aquilino Morelle, l'ancien conseiller politique de François Hollande, ne conclut pas cela et estime qu'il faut "relativiser l’influence de l’organisation de l’offre de maternités sur l’évolution de la mortalité infantile et, en particulier, à conclure que les restructurations de l’offre de soins ne semblent pas avoir eu d’effet notable sur les évolutions de la mortalité infantile (néonatale) depuis 2011".

À caractéristiques égales (sexe de l’enfant, âge du père, catégorie sociale, lieu de naissance et de résidence de la mère), le risque de perdre son bébé avant son premier anniversaire demeure plus élevé pour les mères très jeunes ou très âgées.

"Chez les plus jeunes, un moins bon suivi des grossesses peut contribuer à augmenter ce risque. Quant aux mères plus âgées, elles sont plus souvent confrontées à des pathologies préexistantes ou des complications au cours de la grossesse, ainsi qu’à des grossesses multiples ou des anomalies congénitales" détaille le rapport. 

Une dégradation sanitaire préoccupante, remontant à quinze ans et qui place désormais la France dans une position internationale défavorable. Pourtant, aucune mesure concrète n'est annoncée sur ce dossier. 

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- Réarmement démographique et relance de la natalité -  

En 2024, le président Emmanuel Macron rêvait d’un réarmement démographique afin de lutter contre le manque de naissances dans le pays. "Notre France sera aussi plus forte par la relance de sa natalité" disait-il alors aux Françaises et aux Français. Ou l'art, de demander aux femmes de faire des bébés et de prendre le risque de les voir mourir quelques jours après leur naissance.  

Les principales causes de mortalité recensées par le rapport de l’Igas sont la prématurité et ses complications, représentant 50 % des causes de décès, les malformations congénitales, et les complications de l’accouchement, pour 15 à 20 % des causes de décès, notamment les asphyxies du nouveau-né.

Ces données interrogent donc sur la cohérence entre les objectifs affichés de relance de la natalité et les difficultés persistantes de la prise en charge périnatale, particulièrement dans les outre-mer.

L'ARS de La Réunion affirme que le rapport de l'Inspection générale des affaires sociales sur la mortalité infantile constituera "un cadre de référence important pour identifier les leviers d'amélioration, notamment en matière de prévention, de repérage précoce des vulnérabilités, de coordination des parcours et d'accès aux soins". 

L'Agence se veut rassurante : "Notre objectif est clair : renforcer encore la prévention, améliorer l'accompagnement des femmes enceintes et des jeunes parents, réduire les inégalités sociales et territoriales de santé et offrir à chaque enfant réunionnais les meilleures chances dès le début de sa vie". 

Malheureusement, sur notre île, quand ce ne sont pas les nouveaux-nés qui meurent, ce sont les mamans. Encore une fois, les femmes résidant dans les DROM présentent un risque de mortalité maternelle multiplié par deux par rapport à celles de l'Hexagone. 

À lire aussi : Les naissances se stabilisent à La Réunion, alors que le nombre de décès continue d’augmenter

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2 Commentaires
Nimportkwé
Nimportkwé
7 heures

Quelle précarité, on est gavé d'aides sociales en tout genre ! Arrêté baise larak pendant grossesse mounoir !

ZembroKaf
ZembroKaf
7 heures

Sinon à l'Est ... toujours rien !!!