Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen, Rachida Dati, François Fillon, tous ont en commun de clamer haut et fort leur innocence même quand la justice prouve le contraire. Qu’ils écopent d’amende financière, de peine d’inéligibilité, ou de prison ferme : dans les affaires qui les concernent, les hommes et femmes politiques français s’arrangent pour réintégrer la vie politique du pays. Sourir aux lèvres et têtes hautes, rien ne semble les arrêter. Littéralement, même pas les lois qu'ils contribuent à voter et qui sont imposées à l'ensemble des Français (Photomontage Ludovic Brasier/www.imazpress.com)
Vous avez probablement déjà reçu des lettres de relance, ou d’huissiers lorsqu’un paiement est en retard, ou que des factures s’accumulent.
Les Réunionnais s’appliquent à rembourser leur dette, ils n’ont pas le choix, s’ils ne le font pas, ils peuvent voir leur compte en banque saisi, ou les sommes retenues directement sur leurs prochains versements lorsqu’il s’agit de la caisse d’allocations familiales et de prestations sociales, par exemple.
Si le français "lambda" s’applique à payer ses dettes sans attendre une condamnation, au plus haut sommet de l’État, il n’en est rien. Ceux et celles qui occupent des fonctions politiques, peut-être un peu trop "habités par leur mission", semblent incapables de se remettre en question !
Ils le jurent, le crient sur les plateaux télé, le pleureraient presque : ils refusent de payer leur dette puisqu'ils sont tout simplement innocents...
Et ce, même lorsque la justice est passée, qu’elle reconnaît un homme ou une femme politique coupable, ces derniers s’organisent pour éviter la sanction, ne pas avoir à payer leurs dettes et pour revenir, le plus vite possible, aux responsabilités.
– Avant la honte : le toupet politique –
C’est une entrée en prison qui a occupé des heures d’antenne sur les chaînes d’information en continu, Nicolas Sarkozy tenait fermement la main de sa femme Carla Bruni. Il devait alors faire : 20 petits jours de prison.
Ses soutiens l’affirmaient à l’époque : c’est inadmissible de voir un ancien président de la République aller en prison.
Lui écrira sur le réseau social X : "Ce n'est pas un ancien président qui entre en prison, c'est un innocent."
20 jours : Un temps qui n’a pas été entièrement perdu, puisque Nicolas Sarkozy a écrit un livre, garanti celui-ci sans intelligence artificielle : "Le journal d'un prisonnier", publié en décembre de la même année.
Dans l’affaire du financement libyen de sa campagne électorale de 2007, Nicolas Sarkozy a été reconnu coupable en septembre 2025 par le tribunal correctionnel de Paris d'association de malfaiteurs et est condamné à 5 ans de prison avec mandat de dépôt différé.
Il a été relaxé des faits de corruption passive, de détournement de fonds publics (libyens) et de financement illicite de campagne électorale. Claude Guéant, son directeur de campagne, a été lui aussi reconnu coupable de trafic d’influence, de faux et de corruption passive.
Cette semaine, Nicolas Sarkozy était l’invité de Pascal Praud sur CNews. Le présentateur, regard langoureux, buvait les paroles de l’ancien chef d’État lorsque ce dernier s’est mis à parler de sa foi et de son rêve de rencontrer Jésus.
Nicolas Sarkozy multiplie les apparitions et signe son ouvrage écrit pendant son incarcération.
– Rachida Dati : lobbyiste présumée, élue, candidate : un mélange des genres qui ne plaît pas au parquet national financier -
Rachida Dati, ancienne proche de Nicolas Sarkozy, fait généralement parler d’elle pour ses prises de parole sans langue de bois. Elle s’est illustrée dernièrement dans un festival de mise en scène lors de sa campagne des élections municipales en mars 2026 lorsqu'elle tentait d’accéder à la tête de la mairie de Paris.
Une campagne menée tambours battants alors qu’elle se savait accusée de corruption et de trafic d'influence. Depuis le début de la procédure en 2019, Rachida Dati nie mordicus et soutient n'avoir fait qu'un travail d'avocate pour le constructeur automobile, activité qui était légalement compatible avec sa fonction d'élue.
Eurodéputée à l'époque, l'ex-garde des Sceaux est soupçonnée d'avoir noué un pacte de corruption avec l'ex-PDG de Renault et illégalement fait du lobbying au Parlement européen pour le compte du constructeur automobile entre octobre 2009 et février 2013, en échange du versement de 900.000 euros. Lobbyiste, élue, candidate : un mélange des genres qui ne plaît pas au parquet national financier.
Dans son réquisitoire, le parquet national financier (PNF) a demandé une peine de quatre ans de prison, dont deux ans ferme sous bracelet électronique, contre Rachida Dati. Ajoutant, par ailleurs, cinq ans d’inéligibilité et d’interdiction de la fonction publique sont requis contre l’ancienne ministre, avec exécution provisoire.
- Bardella - Le Pen : le duo que rien ne semble faire vaciller -
"Je considère que nous sommes innocents des faits qui nous sont reprochés" insistait Marine Le Pen tout en annonçant sa candidature à l'élection présidentielle de 2027.
Alors condamnée dans l'affaire de détournement de fonds européens, la tête de liste du Rassemblement National se "sait" innocente, fait fi de ce que dit la justice, et se lance dans la campagne.
La cour d'appel de Paris l'a pourtant reconnue coupable et l'a condamnée à trois ans de prison dont un an ferme sous bracelet électronique, 45 mois d’inéligibilité dont 15 mois ferme et à 100.000 euros d’amende.
"Nous avons offert aux Français un binôme complémentaire, équilibré, cohérent, solide… C'est ensemble que nous irons convaincre les Français que ce qu’ils vivent n’est pas une fatalité" expliquait Marine Le Pen sur le plateau du journal télévisé de TF1 il y a deux mois.
Nous sommes en septembre 2026, Jordan Bardella est lui accusé d'avoir tenu des propos antisémites, accusations dont il se défend fermement. Le parti se dit en guerre contre Médiapart, à l'origine des révélations sur l'antisémitisme présumé de Jordan Bardella, et décide de faire bloc derrière son président candidat.
"N'oublions jamais qu'ils ont tous adhéré à un parti fondé par des antisémites fanatiques et des racistes revendiqués", a rappelé le candidat à la primaire social-démocrate Raphaël Glucksmann. "C'est le fond qui remonte", a abondé François Ruffin, tandis que Jean-François Copé (LR) appelait à ce que "les masques tombent".
Mais Marine Le Pen, elle-même aux prises avec une condamnation pénale en suspens, pourra-t-elle assumer une telle crise ?
François Fillon, lui, pensait manifestement que "ça pouvait passer" quand il s'est présenté à l'élection présidentielle en 2017 alors impliqué dans une affaire.
En février 2026, l'ex-Premier ministre François Fillon s'est désisté de son pourvoi dans le dossier des emplois fictifs de son épouse Penelope, rendant sa peine définitive, sa culpabilité l'étant déjà.
Preuve que parfois, certains élus savent accepter le verdict de la justice, non sans avoir au préalables, tenter par tous les moyens de rester sur le devant de la scène.
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