Le nombre de cyberattaques va en augmentant à La Réunion. Pour y faire face, des moyens existent à condition que les entreprises et les administrations soient préparées et investissent dans leur cybersécurité. Alors que l'IA fait peser un risque grandissant en matière de piratage, la transition vers une défense numérique renforcée n'est pas encore accomplie faute de moyens humains et techniques suffisants. (Photo Richard Bouhet / www.imazpress.com)
Une attaque après l'autre. La poussière retombe à peine sur la cyberattaque de grande ampleur qui a touché les finances publiques en août 2026, avec 700.000 contribuables touchés, mais, depuis, les incidents ne cessent de se multiplier localement. La commune du Tampon a été touchée par une intrusion qui a paralysé les services municipaux le 9 septembre. Le 3 septembre, le journal Le Monde a aussi révélé que 500 offices notariaux en France avaient été ciblés par une campagne de cyberattaques ayant été en mesure de détourner près de 40 millions d'euros.
Un lycéen saint-louisien, à Jean Joly, aurait aussi piraté le serveur de son établissement en septembre. Le même mois, c'est une plateforme d'expertise comptable qui a été soumise à une incursion de hackers qui lui ont dérobé des données stratégiques.
Dans l'ensemble, c'est toute La Réunion qui est sous la menace de ces cyberattaques. Selon Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), "plus de 3 600 signalements ont été traités et 1 366 cyberattaques avérées ont été recensées, soit en moyenne quatre incidents par jour". Plus spécifiquement, les vols de données seraient aussi en "forte progression" selon la préfecture. Pour Mayotte et l'océan Indien, on en compterait 37, "soit 5 % de l’activité opérationnelle nationale".
Mais ces chiffres ne représentent sans doute que la partie émergée de l'iceberg. Selon Chafik Mohamed, consultant cyber et protection des données et président de l' Observatoire de la Cybersécurité de l'Océan Indien (OCOI), "ce chiffre est probablement en dessous de la réalité, car de nombreuses organisations touchées ne signalent pas l'incident, souvent par crainte pour leur réputation".
- Des vulnérabilités spécifiques à La Réunion -
D'autant que La Réunion présente des vulnérabilités spécifiques face à ces attaques informatiques. Des vulnérabilités qui tiennent à la nature même de son tissu économique. Selon la préfecture, celui-ci est "composé d’un grand nombre de TPE et de PME, qui ne disposent pas toujours des ressources humaines, techniques ou financières nécessaires pour mettre en œuvre l’ensemble des mesures de protection".
Pour Sulliman Omarjee, avocat et fondateur du cabinet Cyberlaw, dédié au droit numérique, la vigilance est pourtant de mise. "La menace est constante, elle peut frapper à tout moment", insiste-t-il. "Le risque est le même quelle que soit la cyberattaque. Des données personnelles vont être dérobées, elles fuitent et elles vont ensuite être vendues sur le darknet".
Ces données vont par la suite être la base d'arnaques, comme du phishing, ou hameçonnage, où les victimes vont être contactées par mail ou par téléphone par un pirate se faisant passer pour une banque ou une administration de confiance. Cela, afin de "tromper leur vigilance" et de leur dérober de l'argent.
Le mécanisme est plutôt simple à démonter. Pourtant, la cybersécurité semble ne pas être en mesure actuellement de faire face à ces vagues sans fin de tentatives de hacking. "Les attaquants ont toujours un train d'avance", confirme Sulliman Omarjee, "c'est pour cela qu'il faut constamment s'actualiser et qu'il faut mettre à jour ses logiciels."
- Des recours pour les victimes des cyberattaques -
Car, le plus souvent, ces pirates informatiques profitent d'une faille venue d'une absence de mise à jour d'un logiciel. Un élément qui peut être considéré comme problématique voire préjudiciable de la part de l'entreprise ou de l'administration attaquée. "Il faut que la défense, le verrou de sécurité, soit robuste. Si ce n'est pas le cas, la police peut faire un procès-verbal et considérer ça comme une défaillance."
Une motivation supplémentaire, si besoin en est, pour que les entreprises de La Réunion améliorent leur cybersécurité. Pour les aider en ce sens, un CSIRT, centre régional de réponse aux incidents de sécurité cyber, a été créé depuis novembre 2024. Il "propose un diagnostic permettant d’évaluer le niveau de sécurité des TPE, PME et collectivités territoriales" selon la préfecture. Diagnostic qui peut être financé à 65% par des crédits européens.
Toutefois, si l'attaque a déjà eu lieu, les victimes, particuliers ou entreprises, ne restent pas sans recours. Elles peuvent se retourner vers un avocat. "Parler à un avocat permet de mesurer les risques et les responsabilités de chacun. Il a aussi le droit de demander ce qu'il s'est passé", pose Sulliman Omarjee. Suite à l'attaque massive sur les finances publiques, des collectifs s'organisent ainsi pour demander à l'administration fiscale de rendre des comptes précis sur ce qui s'est passé.
Une obligation garantie par le Règlement général sur la protection des données (RGPD) qui impose un droit d'information et un droit d'accès au bénéfice des personnes touchées par une cyberattaque. Si les données volées et compromises donnent lieu à des escroqueries, cela peut alors donner lieu à une indemnisation. "Pour que cette indemnisation ait lieu, il faut toutefois prouver le lien entre la faille de sécurité et la tentative d'arnaque." Par ailleurs, des assurances existent dorénavant pour les particuliers et, surtout, pour les entreprises, pour les aider à couvrir leurs frais suite aux conséquences de ce hacking.
- L'IA va jouer un rôle grandissant dans les cyberattaques -
Ces mesures de prévention et cette connaissance de ses droits en matière de protection des données deviennent de plus en plus essentiels. Car, les cyberattaques vont devenir plus nombreuses, plus rapides et plus perfectionnées. Cela grâce à l'aide de l'intelligence artificielle (IA) qui va permettre aux pirates d'accélérer le rythme de leurs intrusions. En septembre 2026, Anthropic, entreprise américaine d'IA, a confirmé que son IA bien connue Claude avait été utilisée de manière détournée par des cyber assaillants "pour exécuter la majorité des tâches offensives de façon quasi autonome", selon Chafik Mohamed.
Google a lui évoqué une attaque montée en moins de six heures par des agents IA alors qu'il aurait fallu plusieurs jours à une équipe humaine pour le réaliser. "Ce qui change, ce n'est pas la nature des attaques, c'est leur vitesse", confirme le consultant cyber. Il va même plus loin en indiquant que le principal risque lié aux IA vient avant tout des utilisateurs. En partageant des données sensibles ou confidentielles dans des IA qui ne sont pas régulées ou même en développant du code informatique directement avec des IA sans la supervision d'une personne qui maîtrise la cybersécurité, les conséquences ne se font pas attendre. " C'est souvent là que se créent les failles les plus simples à exploiter, avant même de parler d'attaques sophistiquées pilotées par IA", pose Chafik Mohamed.
En somme, c'est une forme de naïveté et d'innocence collective qui aide grandement les cybergangs. Pour y faire face, la réponse viendra d'une plus grande vigilance et d'une meilleure préparation de la part des entreprises et des administrations qui stockent ces données, comme l'explique l'avocat Sulliman Omarjee. "Il faut se préparer, car on sait qu'on va être frappé. Il faut aussi y mettre du budget, car on ne peut pas penser que ça n'arrive qu'aux autres et pas à nous. Les cyberattaques sont coordonnées, ce sont des collectifs, comme Anonymous, des groupes qui sont là pour soutirer de l'argent à leurs victimes."
Les faits sont là. La Réunion, comme les autres territoires dans le monde, doit désormais se protéger contre ces attaques qui vont augmenter de manière exponentielle. À défaut de mesure de défense suffisante, ces vols de données sensibles ou stratégiques pourraient avoir des conséquences désastreuses sur un plan sociétal. À commencer par la confiance qu'on accorde aux institutions, aux administrations et à des entreprises indispensables au quotidien comme les banques ou les assurances.
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